L’investissement durable monte en puissance

Responsabilité sociale - Une stratégie à long terme peut permettre à un portefeuille d’affronter les inévitables fluctuations du marché.

L’investissement durable — qui intègre les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) au sein des portefeuilles — est l’une de ces stratégies. Nous pensons qu’il peut désormais être appliqué à la plupart des classes d’actifs sans affecter, à terme, la performance ajustée du risque.

Graphique : Termes en rapport avec l’ESG utilisés dans les conférences téléphoniques sur les résultats des entreprises américaines

Un intérêt croissant pour l’investissement ESG

L’investissement ESG suscite un intérêt de plus en plus prononcé. Notre analyse des retranscriptions montre que dans leurs conférences téléphoniques sur les résultats, les entreprises présentes dans l’indice S&P 500 mentionnent les critères ESG presque deux fois plus qu’il y a 10 ans (voir le graphique ci-dessus). Dans le même temps, la réglementation ainsi que la volonté des investisseurs de bien faire, de réduire le risque ou d’avoir accès à des opportunités sur des marchés de niche suscitent l’intérêt.

De leur côté, les indices dédiés et les nouveaux produits facilitent l’accès à l’investissement ESG dans l’ensemble des classes d’actifs et des zones géographiques. Selon Cerulli Associates, le montant des encours au sein des fonds communs de placement et des fonds indiciels cotés (ETF) qui intègrent les enjeux ESG en Europe et aux États-Unis a progressé de près de 50 % entre 2013 et 2017.

Nous avons constaté que les flux de capitaux avaient encore augmenté en 2018. Étant donné que de plus en plus d’investisseurs tiennent compte des critères ESG dans leur prise de décision en matière d’investissement, il y a de bonnes raisons de croire que le lien existant entre ces critères et la performance des actifs va encore se renforcer. Nous avons pu déterminer qu’une approche clairement basée sur l’investissement ESG pouvait être liée à une surperformance des actions au fil du temps.

Aucun sacrifice exigé

Nous sommes convaincus qu’une bonne performance des facteurs ESG peut se substituer à l’excellence opérationnelle : Les entreprises et les émetteurs qui obtiennent des scores élevés sont généralement plus efficaces en matière d’utilisation des ressources — et plus résistants aux dangers allant des fautes éthiques aux risques climatiques. Le biais en faveur de la qualité au sein de ces entités semble indiquer qu’une approche basée sur les critères ESG peut offrir une protection en période de baisse des marchés.

Nous nous sommes penchés sur les indices actions traditionnels ainsi que sur les indices dérivés de MSCI dédiés aux critères ESG. D’après notre enquête, la performance absolue annualisée des indices ESG est ressortie égale ou légèrement supérieure à celle de l’indice standard depuis 2012, à la fois dans les pays développés et émergents. Les premiers éléments indiquent qu’une approche reposant sur les critères ESG peut garantir les meilleures rémunérations sur les marchés émergents, où les questions de la protection des actionnaires, de la gestion des ressources naturelles et du droit du travail peuvent être des éléments de différenciation essentiels du point de vue de la performance.

Sur les marchés du crédit, les investisseurs doivent généralement sacrifier une part de rendement afin d’intégrer les critères ESG au sein de leurs portefeuilles, étant donné que les entreprises qui sont les moins bien notées en la matière offrent généralement les meilleurs rendements. Mais ce compromis pourrait s’avérer tronqué. Notre analyse du marché international du crédit à haut rendement montre qu’au cours des dix dernières années, les obligations offrant des rendements inférieurs et de meilleures notations ESG ont généralement servi une meilleure performance ajustée du risque.

Des portefeuilles performants

Selon nous, les portefeuilles soucieux des critères ESG sont aussi performants que les portefeuilles traditionnels au cours d’un cycle de marché complet — même s’ils doivent sacrifier une part de rendement durant les périodes les plus favorables à la prise de risque. Une nouvelle gamme d’indices représentatifs de la dette émergente et soucieux des critères ESG — lancée conjointement par JPMorgan et BlackRock — pourrait attirer progressivement plus de capitaux au sein des entreprises les mieux notées et inciter les moins bien notées à s’améliorer dans ce domaine.

Les défis existent. Les données ESG restent inégales, et ne présentent pas toutes le même degré de pertinence. S’ils veulent générer de l’alpha via les stratégies basées sur les principes ESG, les investisseurs doivent aller au-delà des notations afin de comprendre comment et pourquoi chaque composante de la note, comme les risques climatiques, les questions liées au droit du travail et les droits des actionnaires, peuvent affecter la performance. Ces composantes peuvent varier d’une région, d’un secteur ou d’une entreprise à l’autre. En synthèse, nous sommes convaincus qu’il est possible de créer des portefeuilles durables qui ne sacrifient pas les objectifs de performance, et pourraient même améliorer la performance ajustée du risque à long terme.

Isabelle Mateos y Lago

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