ISR : 2020, une année de bascule pour l’énergie ?

Responsabilité sociale - En 2020, les investissements en faveur de la transition climatique ont dépassé pour la première fois ceux en faveur des énergies fossiles. Faut-il y lire les conséquences du ralentissement économique lié à la pandémie de Covid-19 ? Ou s'agit-il des premiers signes d'une tendance de long terme ? L'analyse de Cesare Vitali, Responsable ISR chez Ecofi.

Pour la première fois dans l’histoire, en 2020, les investissements dans les énergies vertes ont dépassé ceux de la production de pétrole et de gaz. L’an dernier, plus de 501 milliards de dollars ont été investis dans les énergies renouvelables au niveau mondial, avec un écart très significatif par rapport aux 378 milliards de dollars investis dans la production de pétrole et de gaz.

Transition énergétique

Ces données ont été publiées en février 2021 par l’Institut français du pétrole Énergies nouvelles (IFPEN), acteur majeur de la recherche et de la formation dans les secteurs de l’énergie, qui une fois par an présente le bilan énergétique mondial.

« 2020 est la première année où les montants alloués pour la transition énergétique sont supérieurs à ceux destinés au secteur du pétrole et du gaz », a déclaré le président de l’institut, Pierre-Franck Chevet, lors d’une conférence de presse le 16 février dernier.

Investissements verts

L’étude a classé dans la catégorie « investissements verts » différents types d’activités, dont les énergies renouvelables, les technologies de capture et de stockage du carbone (CCS), les transports électriques et l’hydrogène. Malgré la crise et la pandémie mondiale, les investissements verts sont passés de 459 milliards de dollars en 2019 à 501 milliards en 2020.

Parmi les différentes activités « vertes », l’IFPEN souligne le rôle de l’hydrogène, dont la production mondiale pourrait tripler d’ici à 2050, selon les prévisions de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Très importantes pour la transition énergétique aussi, les technologies de capture et de stockage du carbone pourraient contribuer pour 15 % des baisses d’émissions de CO2 au niveau mondial d’ici 2070.

Covid, le pétrole ébranlé

Parallèlement, les investissements dans l’extraction et la production d’hydrocarbures sont passés de 543 milliards de dollars en 2019 à 378 milliards en 2020, avec une baisse de – 30,3 %. Il s’agit d’une baisse constante depuis 2014, alors que les investissements dans les hydrocarbures étaient à 884 milliards de dollars à l’époque. L’étude a pris en compte les investissements effectués dans 3 marchés différents : le forage, la géophysique et la construction offshore.

Parmi les principales raisons de cette baisse il y a bien sûr le ralentissement économique global dû à la pandémie de la Covid-19, la baisse de la consommation mondiale de pétrole (- 9 % par rapport à 2019) et le cours du baril qui s’est effondré, passant de 70 dollars à moins de 30 dollars au deuxième trimestre 2020. Au niveau régional, la baisse en 2020 a été particulièrement marquée en Amérique du Nord, où les investissements ont chuté de 41 %, alors qu’en Europe le recul est de – 35 %.

Energies fossiles impactées…

Les énergies fossiles les plus impactées sont les énergies dites non conventionnelles, celles considérées comme plus risquées et le moins en ligne avec la trajectoire 2°C : le secteur du pétrole et du gaz de schiste aux États-Unis a été particulièrement touché avec une baisse de 53 %.

Les sables bitumineux canadiens ont été aussi très affectés, avec une réduction de 40 % des investissements. Il est bien-sûr trop tôt pour savoir s’il s’agit d’un phénomène temporaire lié à la pandémie mondiale ou si cette tendance est là pour durer et ainsi assister à un vrai changement du paradigme énergétique.

…le début d’un lent déclin

Selon les estimations de l’IFPEN, ce basculement ne concerne pas la demande de pétrole et de gaz, qui continueront leur croissance pendant une à deux décennies. L’organisme prévoit que le pic de la demande de pétrole sera atteint autour de 2030-2035 et celle du gaz entre 2040 et 2045. Enfin, l’IFPEN estime que les énergies fossiles pourraient encore compter pour 64 % du mix énergétique mondial en 2040 — contre 84 % en 2019.

Cesare Vitali - Ecofi Investissements

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