Guillaume de Trogoff – ACG Management : « L’assurance-vie doit financer les PME »

Private Equity - Suppression de l'ISF, attractivité de la Corse, financement des PME ou encore FCPI dans les produits d'assurance-vie... À l'occasion de sa récente nomination à la direction générale d'ACG Management, Guillaume de Trogoff livre au Courrier Financier sa vision du marché et ses ambitions de développement. Interview.

Votre nomination au poste de directeur général d’ACG Management en octobre dernier s’accompagne-t-elle d’un revirement de stratégie ou de nouvelles orientations en termes de développement ?

Nous n’avons pas vocation à changer la stratégie d’ACG Management, qui a largement fait ses preuves. Nous allons poursuivre nos deux orientations.

La première est de lever de l’argent, à travers des réseaux  de distribution, pour les investisseurs particuliers. La seconde, de lever de l’argent et d’investir pour le compte d’investisseurs institutionnels, autour de trois thématiques : des fonds d’amorçage, des fonds dans les DOM-TOM, et des fonds de LBO régionaux.

Ce qui nous caractérise, c’est d’être toujours à l’écoute de ce qui se fait sur le marché. Notre équipe de gestion réfléchit à de nouvelles thématiques d’investissement, mais nous n’avons pas besoin de changer la stratégie de fond en comble, dans la mesure où celle qui est menée depuis des années fonctionne bien.

Vous lancez un 9ème FIP dédié au financement des PME corses. Cette situation favorable de l’île, en termes de croissance, est-elle amenée à s’essouffler, selon vous ?

Il existe une vraie dynamique corse : la croissance de l’île est continue, et pendant les années de crise que l’on a traversées, c’est la seule région qui a continué à se développer en termes de PIB.

En ce qui concerne le dispositif fiscal, il faut rappeler qu’il a été créé en 2007, pour inciter les investisseurs à accompagner le développement des PME corses. En effet, depuis 2003, année de création des FIP traditionnels, aucun gérant de FIP n’avait sélectionné la région Corse comme territoire d’investissement. ACG s’est donc positionné en pionnier et est devenu un acteur historique, en termes de montants gérés.

Il y a suffisamment de sociétés en recherche de capitaux en Corse, mais on peut rendre le mécanisme encore plus efficient : en rendant éligible aux FIP les montages de transmission d’entreprise.

Ce type de deals devient encore plus compliqué depuis que les FIP (agréés depuis 2016) ne peuvent accompagner que des PME qui ont moins de sept ans, ce qui, forcément, ne qualifie plus les sociétés en phase de transmission, par nature plus mûres.

Si la Corse est trop attractive, les avantages fiscaux de l’île auront-ils vocation à s’aligner sur les FIP continentaux ?

Je ne pense pas que le nombre d’acteurs ait vocation à s’élargir. Pour pouvoir accompagner correctement le développement de la Corse, il est nécessaire de bien connaître le territoire. Il faut avoir une certaine connaissance du microcosme local. Nous sommes peu à avoir cette légitimité.

En ce qui concerne incitations fiscales  permettant de financer les PME, plusieurs candidats à la présidentielle de 2017, aussi bien à gauche qu’à droite, ont indiqué vouloir remettre en cause l’ISF,  et donc le dispositif TEPA-PME qui en découle. C’est là une manne importante du financement des PME qui serait remise en cause.

Si l’ISF est supprimé, il n’y aura pas lieu d’investir dans des PME pour diminuer son ISF. Il y aura un vrai manque à gagner de manière générale sur l’accompagnement des PME en equity ou en obligations convertibles.

Comment compenser ce manque à gagner ?

Il faudrait, et plusieurs candidats formulent cette proposition, rendre plus incitatif le dispositif fiscal au titre de l’IR pour les FIP continentaux et les FCPI. À sa création, le dispositif offrait 25 % de réduction du montant investi. Aujourd’hui, il offre 18%, là où les FIP corses offrent 38 %.

Nous pouvons imaginer tendre vers un dispositif nouveau : remise en cause de l’ISF, augmentation du mécanisme incitatif au titre de l’IR pour le passer de 18% à 30% de réduction, et possibilité d’augmenter le montant d’investissement. Pour l’instant, il est de 12000 € pour un célibataire et de 24000 € pour un couple. Il faut libérer la capacité d’investissement, en s’inspirant de ce qui se fait dans les pays anglo-saxons, en Grande-Bretagne notamment.

Selon moi, ce mécanisme permettrait de continuer à drainer l’épargne des particuliers en faveur du développement des PME, mais sur une assiette beaucoup plus large. En ne se limitant pas aux ménages assujettis à l’ISF, on rend  le dispositif du FIP plus intéressant. Il faudrait toutefois conserver un avantage spécifique pour la corse, pour éviter de se retrouver dans la situation pré-2007.

Vous investissez également en région PACA et dans les DOM. Comment se répartissent vos investissement entre ces territoires et la Corse ?

Historiquement, ACG a été créée sous un autre nom : Viveris Management, filiale du groupe BPCE, et plus particulièrement de la CEPAC (Caisse d’Epargne Provence Alpes Corse). Nous avons donc vocation à être un fonds national avec différentes implantations régionales.

Pour l’instant, nous sommes présents à Marseille, à Paris, en Corse et sur l’île de la Réunion, mais il est tout à fait envisageable d’avoir des bureaux à Lille, à Bordeaux ou dans l’ouest dans le futur.

En termes de répartition, nous avons levé ou conseillé 500 millions d’euros pour le compte d’investisseurs particuliers à travers des fonds fiscaux (que ce soit des FCPI, des FIP sur l’axe Marseille-Lyon-Paris, ou des FIP Corses). Nous gérons également 300 millions d’euros pour le compte d’investisseurs institutionnels, en région PACA ou sur l’île de la Réunion.

Compte-tenu de la genèse du groupe, nous sommes très présents en PACA, en Corse et sur la vallée du Rhône : nous bénéficions d’un important deal-flow et d’un réseau d’entrepreneurs qui nous sollicitent.

Quels vont être les chantiers d’ACG Management pour 2017 ? Un dixième FIP Corse ?

Il y aura effectivement un nouveau FIP Corse pour la fin de l’année prochaine, et nous proposerons, pour l’ISF, notre FIP France Croissance constitué depuis 2016.

Il y a, à ce jour, une incertitude sur le modèle économique du dispositif fiscal d’investissement en direct pour l’ISF 2017. Le plafonnement des frais remontés par les cibles à 5% pendant toute la durée de l’investissement (que ce soit en direct ou via mandat ou holding) fragilise nettement le modèle économique pour la société de gestion qui conseille ou gère ces dispositifs, mais aussi pour rémunérer les PSI ou CIF.

Nous ne proposons quant à nous que des véhicules intermédiés (FIP France Croissance) et anticipons  une appétence plus particulière cette année pour les FIP ISF, au détriment du direct. L’avenir nous le dira !

Enfin, nous nous interrogeons sur la possibilité de lancer un dispositif FIP DOM, si ce type d’investissement devient éligible aux continentaux et non plus uniquement aux résidents Domiens et si le nouveau texte aligne aussi les secteurs éligibles à ceux des FIP Continentaux.

En dehors d’une potentielle suppression de l’ISF et d’une éventuelle réorientation des avantages fiscaux, qu’attendez-vous des élections présidentielles de 2017 ?

Nous n’avons pas d’appréhension particulière. Nous espérons que la personne élue aura à l’esprit le fait que les particuliers n’accompagneront le développement des PME que s’il y a un dispositif fiscal incitatif.

L’assurance-vie, dispositif plébiscité par les épargnants, doit devenir un vecteur du financement des PME. Pour l’instant, les initiatives restent malheureusement marginales. Pourquoi ne pas donner, là aussi, un cadre fiscal incitatif aux contrats d’assurance-vie investis en unités de compte dans le financement des PME ?

Roxane Nojac

Rédactrice en chef - Le Courrier Financier

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