Gestion de patrimoine : quel avenir pour le métier de CGP ?

Patrimoine - Transformation réglementaire, digitalisation, essor de la philanthropie... Cet été à l'occasion du Grand Forum du Patrimoine à Paris, les chambres de représentation de la profession de CGP partagent avec Le Courrier Financier leurs réflexions sur l'avenir de la profession et le développement de l'activité.

Après le choc réglementaire de 2018, le métier de conseiller en gestion de patrimoine (CGP) fait face à de nouveaux défis. Le 11 juin dernier, Le Courrier Financier s’est rendu au Grand Forum du Patrimoine (GFP) à Paris, afin de mieux cerner les enjeux de cette transformation. Les chambres de représentation s’y étaient donné rendez-vous pour aborder l’avenir de la profession. Le volet réglementaire va rythmer l’agenda de la rentrée. « Une grande question est apparue, c’est l’avenir du troisième usage, qui concerne le transfert des contrats d’un CGP ou d’un courtier vers un autre. Nous allons essayer de trouver des réponses avant la fin de l’été », nous explique David Charlet, président de l’ANACOFI.

Transformation du profil du CGP

Le secteur se dirige vers la stabilisation réglementaire. « Est-ce que la réglementation va encore évoluer dans les années qui viennent ? Je ne crois pas. Il va y avoir une stabilisation de la réglementation. Nous n’allons pas tout de suite avoir un MIF 3 ou un DDA 2, il ne faut pas exagérer non plus ! », assure Julien Séraqui, Président de la CNCGP. Les nouveaux adhérents qui rejoignent les chambres dessinent en creux le portrait-robot du CGP de demain. Plus diplômés que leurs prédécesseurs — « des Master 2 en gestion de patrimoine pour la plupart » relève Julien Séraqui — et mieux formés aux outils digitaux, les jeunes CGP débutent plus souvent leur carrière en tant que salariés de gros cabinets. La tendance au regroupement des CGP se poursuit en 2019.

Le cœur du métier évolue vers une activité plus multi-forme. « Il y a un travail de chef d’entreprise à faire également. Il ne s’agit pas juste de dire j’exerce une activité libérale comme peut le faire un médecin, et je ne m’occupe que de mon client. Maintenant, il faut passer dans une dimension entrepreneuriale », souligne Stéphane Fantuz, Président de la CNCIF. Cette transformation implique d’investir dans de nouveaux outils, de diversifier les profils lors des recrutements et surtout d’investir dans la formation. Objectif, renforcer la position du professionnel de la gestion de patrimoine. L’autonomie du CGP devient ainsi un véritable de fil d’Ariane. « Le chef d’entreprise par nature dirige sa stratégie et prend le cap qui lui semble le plus pertinent », nous répond paisiblement Stéphane Fantuz.

Le nouvel essor de la philanthropie

La nouveauté de l’année au GFP, c’était la première édition du Grand Prix de la Philanthropie parrainé par Alexandre Mars, entrepreneur et philanthrope engagé fondateur d’Epic. « Il y a de très grands philanthropes chez les CGP, chez les sociétés de gestion. Souvent c’est discret, parce qu’on ne se vante pas de l’argent que l’on donne », relève Guy Cohen, Vice-Président de l’ANACOFI et chargé de constituer le jury du Grand Prix. Au-delà de la démarche philanthropique en elle-même, le prix vise à mettre en valeur la « communication intelligente et la collaboration » entre les fondations et les sociétés financières qui leur servent de mécènes. Cette année, le Grand Prix a été remporté par Euryale Asset Management en partenariat avec l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM).

En 2013, ces deux partenaires ont fondé la SCPI à capital variable Pierval Santé. Ce fonds propose aux particuliers d’investir à horizon 10 ans dans les actifs immobiliers de santé, à savoir établissements d’accueil pour les patients atteints de maladies neurodégénératives, EPHAD, murs de cliniques, etc. Pierval Santé investit majoritairement en France, mais également en Allemagne et ailleurs en Europe. Cette première édition a renforcé la conviction des créateurs du prix, pour qui la philanthropie ne peut que se développer chez les CGP dans les années à venir. « Je pense que c’est un phénomène qui va continuer. Pour exister, il va falloir être ISR ou ESG de grande qualité, et philanthrope ! », conclut Guy Cohen.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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