T’as pas deux balles ?

Patrimoine - Je me souviens. Ce n’était pas une demande. Pas de tapeurs là-dedans. C’était juste pour causer. T’as pas deux balles ? On savait qu’il les avait. Il ne les donnerait pas. Il souriait moyen. Il regardait les gars autour de lui. Evidemment, ils les avaient les deux balles.

T’as pas deux balles. Enfants, on jouait avec les pièces en nickel ou en alu, je ne sais plus trop bien. Elles étaient blanches. Il y en avait avec des trous au milieu. On pouvait les empiler. Sur certaines, des feuilles de chênes et un type à képi. On disait pas qui c’était. On disait qu’il valait pas deux balles. Un pas grand-chose et ses copains avec.

L’argent ça se perd. Ça valait et puis, un peu plus tard, ça ne valait plus. « L’inflation » on me disait. J’étais bien petit et déjà, j’avais appris qu’avec le temps on pouvait devenir plus petit encore. La pièce de deux balles, elle valait de moins en moins deux balles.

Ça énervait tout le monde que deux balles un jour, ça ne valait plus deux balles quelques temps après. Alors, on a pris une décision : les deux balles, on les multiplierait par 6,57 mais ça resterait deux balles. Malin ça.

Mais, maintenant, déjà, ces deux balles là, elles ne valent plus grand-chose. Alors, pour faire croire. Pour laisser penser que deux balles, c’est deux balles et pas moins, on a mis le Mitterrand, de profil.

Un Mitterrand à deux balles, ça vaut combien ?

Pascal Ordonneau

Banquier, polémiste, économiste, humaniste, théoriste, et volontariste.

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