Le miracle français des SOFICA

Patrimoine - Contrairement à certains de ses voisins, la France a su préserver son cinéma national face à la déferlante de superproductions américaines. Cela n'aurait sans doute pas été possible sans l'appui des SOFICA, des instruments de financement créés en 1985 et vitaux pour ce secteur.

Quel est le point commun entre « L’Amant double » de François Ozon, « Rodin » de Jacques Doillon et « 120 battements par minute » de Robin Campillo ? Et bien, en plus d’appartenir à la sélection officielle de la 70e édition du Festival de Cannes, ces trois films ont été en partie financés par des SOFICA.

Qu’es-ce qu’une SOFICA ?

SOFICA est l’acronyme de « société de financement de l’industrie cinématographique et audiovisuelle ». Il désigne une société de capital-investissement destinée à collecter des fonds privés pour ensuite réinvestir dans la création d’œuvres au cinéma ou à la télévision. Sélectionnées sur de nombreux critères, on en comptait 11 en 2017. Tous les ans, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) départage les sociétés candidates. Au mois d’octobre, le CNC publie la liste officielle des SOFICA retenues.

Quels sont leurs engagements ?

Pour devenir une SOFICA, la société candidate doit impérativement avoir signé la charte du CNC. À cette occasion, plusieurs engagements en faveur du secteur sont pris : une part des investissements devra aller à des films dont le devis est inférieur à 8 millions d’euros, une autre ira à la production d’œuvres d’animation, ou encore, à la production audiovisuelle. Bref, tout est mis en place pour favoriser l’investissement dans des projets difficilement finançables par le marché « classique ». Avec une part également réservée aux premiers et deuxièmes films, ce dispositif a aussi la vertu de lancer des débutants dans le milieu très fermé du grand écran.

Qui paie ?

Tout ceci ne serait pas possible sans l’investissement de particuliers. Ils sont près de 7 000 à souscrire à une ou plusieurs SOFICA, pour un rendement très limité voir inexistant. Les films, séries et autres téléfilms sont par nature des produits risqués. Il est impossible, même pour un spécialiste, d’en prévoir le succès. La décision d’investir ou non dans un projet ne se fait qu’après simple lecture du script. Ajoutez à ça les contraintes fixées par le CNC, et vous obtenez un placement, qui la plupart du temps, est déficitaire. De plus, celui-ci est gelé pour une durée de 5 à 10 ans.

Alors, pourquoi ça marche ?

Le dispositif reste néanmoins attrayant grâce à une chose très simple : les avantages fiscaux. En effet, en plaçant son argent dans une SOFICA, un particulier peut bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu de 48 %. Cette économie demeure cependant plafonnée à hauteur de 8 640 €. Autre pilier pour les SOFICA, la possibilité pour elles de s’adosser à une société qui s’engage à racheter une partie de ses investissements, procurant ainsi une plus grande sécurité autour de leur rentabilité.

Quels résultats ?

Le cinéma français est en excellente forme. L’hexagone est l’un des plus grand producteur de films au monde. Avec plus de 200 millions d’entrées dans les salles en 2017, les Français sont aussi parmi les plus gros consommateurs de septième art. 37 % des tickets vendus l’ont été par des productions françaises. À titre de comparaison, le cinéma italien, jadis reconnu et florissant, connait de grandes difficultés : pour la même année, la vente de tickets a chuté de 44% et les recettes de 46%. Surtout, les films italiens ne représentent aujourd’hui plus qu’un cinquième des revenus du secteur de l’autre côté des Alpes. Pour tenter de pallier cette catastrophe, le ministre de la culture italien Dario Franceschini a par exemple décrété en octobre dernier la mise en place progressive de quotas minimums d’œuvres italiennes sur le petit écran. Fait assez rare pour être souligné, le ministre reconnait que la France « représente l’un des modèles les plus vertueux pour la promotion des œuvres européennes et nationales ». Peut-être finira t-il, un jour, par s’en inspirer.

Luigi Delmet

Rédacteur - Le Courrier Financier

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