Mai 2019 : le Livret A, un succès sur fond d’inquiétude

Patrimoine - Depuis le début de l'année, les ménages poursuivent leur effort d'épargne. Malgré des revenus en hausse, les Français restent méfiants vis-à-vis de la conjoncture économique. La consommation va-t-elle reprendre au second semestre ? Philippe Crevel, Directeur du Cercle de l'Epargne, partage son analyse.

Le Livret A n’en finit pas d’enregistrer des collectes importantes en cette année 2019. Pour le mois de mai, elle a atteint 1,22 milliard d’euros. C’est deux fois plus qu’un an plus tôt, en mai 2018. Avec le Livret de Développement Durable (LDD), la collecte atteint même 1,61 milliard d’euros. L’encours du Livret A bat un nouveau record au mois de mai avec 294,9 milliards d’euros. En y ajoutant le LDDS, l’encours est de 405,2 milliards d’euros.

L’épargne se maintient

Le résultat du mois de mai — même s’il est en retrait par rapport à celui d’avril — reste exceptionnel. Lors de ces dix dernières années, quatre décollectes avaient été enregistrées en mai. Le cinquième mois de l’année était jusqu’à maintenant une charnière. Avec la proximité des vacances, les ménages commençaient à la fin du printemps à ralentir leur effort d’épargne. Les années précédentes, les impôts expliquaient également par le jeu des tiers provisionnels le reflux de l’épargne à compter de mai. Ce n’est plus le cas avec l’instauration de la retenue à la source.

Depuis le début de l’année, les ménages français continuent d’arbitrer en faveur de l’épargne leurs gains de pouvoir d’achat. Les revenus sont en hausse, du fait de la mise en œuvre de plusieurs mesures de soutien annoncées au mois de décembre dernier par le Président de la République : prime exceptionnelle défiscalisée, baisse de la CSG pour les retraités, revalorisation de certaines prestations sociales. Sur l’ensemble de l’année, les gains de pouvoir d’achat sont évalués à 2,1 % soit le plus fort gain depuis 2007. Ces derniers sont également liés au repli de l’inflation, qui est revenue de 2 % à 1 % en quelques mois.

Faible confiance des ménages

Cette préférence pour l’épargne s’explique par un niveau de confiance relativement faible. Même si l’indicateur de l’INSEE qui mesure la confiance des ménages était en hausse au mois de mai, il reste depuis un an en-dessous de sa moyenne de longue période. Les ménages doutent de la réalité de l’amélioration de leur situation financière et surtout de sa durabilité. Ils anticipent une détérioration de la situation.

Les tensions entre les États-Unis et la Chine ainsi qu’avec l’Iran peuvent justifier la prudence des ménages. Par ailleurs, l’idée d’une prochaine récession a été évoquée à plusieurs reprises. L’impact des incertitudes et des annonces pessimistes peuvent aboutir à une autoréalisation de la crise. Il n’est donc pas étonnant que le taux d’épargne soit passé de 13,7 % à 15,3 % du revenu disponible brut entre le 1er trimestre 2018 et le premier trimestre 2019.

Vers une reprise de la consommation ?

Le Livret A ne pâtit pas de son faible rendement qui reste en valeur réelle, une fois l’inflation prise en compte, négatif. Compte tenu de la baisse des taux sur le marché obligataire, son rendement peut apparaître néanmoins élevé pour un placement de court terme qui bénéficie d’une garantie en capital. Le taux de l’emprunt d’État à 10 ans a été négatif pour la première fois de son histoire ce mardi 18 juin.

Avec l’amélioration de l’emploi et la persistance des gains de pouvoir d’achat, l’INSEE table sur une reprise franche de la consommation au second semestre devant amener une baisse en parallèle de l’épargne. Pour le moment, peu d’indices indiquent que les ménages soient prêts à infléchir leur comportement empreint de prudence et de méfiance, tant vis-à-vis des pouvoirs publics que de la situation économique.

Philippe Crevel

Directeur du Cercle de l'Épargne

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