Livret A : avril 2020, collecte hors norme pour un mois atypique

Patrimoine - Au printemps 2020, les deux mois de confinement ont eu un impact direct sur l'épargne. En avril, cette collecte hors-norme a ancré un peu plus l'épargne de précaution dans les habitudes des Français. Cette tendance se fera-t-elle sentir à long terme ?

Le mois d’avril restera dans les annales de l’épargne française. Avec le confinement, les Français n’ont pas eu d’autres choix que d’épargner. La consommation a chuté de près de 40 % en raison de la fermeture de nombreux commerces, des cafés et des restaurants ainsi qu’en raison des restrictions de déplacement imposées par les pouvoirs publics. Malgré leur faible rendement, le Livret A et le LDDS sont les grands gagnants de cette période très particulière d’épargne subie.

Troisième collecte la plus élevée

La collecte nette du Livret A s’est élevée à 5,47 milliards d’euros et celle du LDDS à 1,93 milliard d’euros. Largement diffusés au sein de la population, ces deux produits, simples d’usage, sont, en outre, facilement accessibles par Internet. Depuis le début de l’année, les ménages ont mis 13,47 milliards d’euros sur leurs Livrets A — contre 9,84 milliards d’euros à la même époque en 2019. L’encours du Livret A est à son plus haut historique, avec 312 milliards d’euros.

Le Livret A n’a pas battu son record de collecte qui date du mois de janvier 2013 avec 8,21 milliards d’euros, quand le Gouvernement avait décidé de relever en deux fois le plafond du Livret A — qui est passé de 15 300 à 22 950 euros. La collecte du mois d’avril 2020 est néanmoins la troisième la plus élevée de l’histoire du Livret A. Elle aurait été certainement bien plus importante si les Français avaient pu accéder à leurs guichets de Caisses d’épargne ou bancaires.

Livret A : avril 2020, collecte hors norme pour un mois atypique
Source : Cercle de l’Epargne — données CDC

Succès de l’épargne de précaution

La collecte du mois d’avril 2020 est une collecte d’attente mais aussi de précaution. Dans un contexte plus qu’incertain, les ménages ont décidé de renforcer leur épargne liquide afin de faire face à d’éventuels problèmes de court terme. Parmi les sujets d’inquiétude figurent évidemment la santé, mais aussi le risque de perte d’emploi ou de revenus.

L’augmentation de l’épargne de précaution a été constatée lors de chaque crise depuis 1973. Lors de la crise des subprimes de 2008/2009 et lors de celle des dettes souveraines de 2011/2012, le Livret A avait enregistré de fortes collectes. En 2009, la collecte annuelle du Livret A avait atteint 16,55 milliards d’euros et en 2012, 28,16 milliards d’euros — dopés par le relèvement du plafond.

Livret A : avril 2020, collecte hors norme pour un mois atypique
Source : Cercle de l’Epargne — données CDC

Lenteur du retour à la normale

Au regard des précédentes crises, le dégonflement de l’épargne de précaution sera progressif. Il risque de ne pas être total, d’autant plus que le retour à la normale s’annonce long. Les craintes d’une longue crise économique incitent les ménages à maintenir un fort volant de liquidités. La peur du chômage est un important levier d’épargne. L’envolée de l’endettement et le risque d’un relèvement à terme des impôts jouent traditionnellement en faveur de l’épargne de précaution.

D’autres facteurs expliquent le maintien à des niveau élevés de l’épargne de précaution, qui n’est pas une spécificité française. La montée de la précarité au niveau professionnel et le vieillissement de la population avec en filigrane la peur d’une remise en cause du montant à venir des pensions de retraite contribuent à la hausse de l’effort d’épargne. Le dégonflement de l’épargne de précaution passera par la restauration de la confiance, et donc par la normalisation de la situation économique.

Philippe Crevel

Directeur du Cercle de l'Épargne

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