Vincent Auriac – Axylia : performances ESG des SGP, « le Clean Score utilise des critères simples »

Patrimoine - La finance durable intègre de plus en plus de critères extra-financiers (environnementaux, sociaux et de gouvernance, ou ESG). Mais quels sont les indicateurs pertinents ? Comment les CGP peuvent-ils évaluer les performances ESG des sociétés de gestion ? Pour leur faciliter le travail, Vincent Auriac (Président d'Axylia) et Anne Delaroche (Fondatrice de Delaroche Patrimoine) développent l'outil Clean Score. Plus de détails avec Vincent Auriac.

Anne Delaroche (CGP & fondatrice de Delaroche Patrimoine) et Vincent Auriac (CIF & Président d’Axylia) ont présenté ce mardi 5 octobre leur nouvel outil, le Clean Score®. Il évalue les performances environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) des sociétés de gestion de portefeuille (SGP). Il s’appuie sur trois critères : le climat (E), la mixité sociale (S) et la philanthropie (G). « L’idée n’est pas de noter des fonds à la manière des agences de notation, mais les fabricants et de suivre leur évolution dans le temps », expliquent ces deux experts en finance durable. Vincent Auriac répond en exclusivité au Courrier Financier.

Le Courrier Financier : Quel état des lieux pouvons-nous faire de la finance ESG/ISR dans notre pays en 2021 ?

Vincent Auriac - Axylia : performances ESG des SGP, « le Clean Score utilise des critères simples »
Vincent Auriac

Vincent Auriac : Les particuliers représenteraient 43 % du marché, les institutionnels 57 % (source AFG). La Covid a accéléré le développement des ETF ESG/ISR qui, de par leurs frais de gestion très réduits, forment l’ossature des contrats d’assurance vie lancés par les plus récentes fintechs. Il existe 756 fonds labellisés sur un total de 10 000 fonds français offerts au public en France. 85 % des encours ne le sont donc pas, alors qu’ils sont exposés au même risque climatique notamment.

La réglementation impose une avance à marche forcée avec récemment la sortie du règlement SFDR demandant aux sociétés de gestion de classer leurs fonds en article 6 (pas d’ESG) , 8 (« vert clair » ; 30,3 % des encours en Europe, source Morningstar) ou 9 (avec objectif ESG ; 3,7 %). En septembre 2021, pas moins de cinq études d’organismes réputés ont souligné le greenwashing ! En ce qui nous concerne, nous avions lancé l’alerte en novembre 2020.

C.F. : Climat, mixité sociale, philanthropie… Pourquoi le Clean Score se concentre-il sur ces critères-là ?

V.A. : Le Clean Score a été mis au point par des conseillers en gestion de patrimoine (CGP) sur la base de ce qu’ils pratiquent dans leurs cabinets et de ce qui leur paraît important au moment de choisir un partenaire société de gestion ; une société de gestion de portefeuille (SGP) qui n’a pas les mêmes engagements que lui ne l’incitera pas à la sélectionner. Le Clean Score utilise des critères simples, compréhensibles de tous et sur lequel les SGP « ont la main ».

Evidemment une entreprise, SGP ou pas, ne se résume pas à ces trois critères mais c’est un point de départ. La philanthropie est un critère de gouvernance, parce que c’est une décision des dirigeants qui dit beaucoup sur le partage de la valeur. Le critère de la mixité est porté par Anne Delaroche, qui l’a vécu à titre personnel. La philanthropie est pratiquée par un nombre croissant de CGP.

C.F. : Votre outil repose sur la méthodologie du Score Carbone. De quoi s’agit-il ?

V.A. : Axylia fait le constat de la complexité et de l’épuisement de la notation ESG, qui se révèle désormais inadaptée pour répondre au défi climatique. Celui-ci impose sa loi physique, qui consiste à réduire les émissions de CO2 et pas à augmenter une note ESG ! Le risque carbone s’appuie sur une méthodologie propriétaire. Les dommages associés aux émissions de CO2 ne sont pas supportés par l’entreprise.

Nous avons inventé une facture carbone qui convertit en euros — sur la base des dommages à dire d’économistes du climat — les émissions de CO2 d’une entreprise, sur l’ensemble de sa chaîne de valeur. Une méthode de calcul simple, lisible et efficace, compréhensible par les investisseurs comme par le grand public.

Nous comparons cette facture au résultat d’exploitation, ensuite matérialisé par un Score Carbone® allant de A à F. Nous avons aussi lancé l’indice Vérité40® qui n’inclut que des entreprises notées A, B ou C. Cet indice du futur donne un aperçu d’une autre réalité économique : si les 40 plus grosses entreprises françaises devaient payer leur facture carbone, la moitié afficheraient tout simplement une perte.

C.F. : Quelle différence y a-t-il entre le Clean Score et l’analyse d’une agence de notation ?

V.A. : Le Clean Score est très simple (trois critères) quand les notes ESG des agences en comprennent entre 40 et 200. Il n’y a plus de questionnaire avec 50 pages à remplir, seulement trois informations à nous communiquer. Les pondérations sont transparentes avec un poids égal pour chacun des trois critères. Il sera facile à une SGP d’améliorer fortement son Score en mettant en place une politique de philanthropie ou en nommant une femme au comité exécutif (comex).

Vous pourriez rétorquer que notre approche est superficielle. Mais je ne crois pas qu’une entreprise qui se soucie du risque climatico-financier, qui promeut les femmes — plus sensibles que les hommes au développement durable et globalement associées à de meilleures performances financières — et qui partage la valeur avec des ONG, ne soit pas engagée.

C.F. : Comment allez-vous impliquer les SGP à travers votre « Club des 100 » ?

V.A. : Le Clean Score est conçu par des CGP, pour des CGP. L’idée est d’arriver à mobiliser 100 premiers CGP pour participer au comité de pilotage et porter la bonne parole du Score auprès des sociétés de gestion. Les SGP pourront adhérer au Club. Nous allons communiquer régulièrement sur le Clean Score grâce aux médias. Nous allons contacter dans un premier temps les sociétés de gestion les plus prisées des CGP.

Les scores des SGP seront disponibles sur le site www.cleanscore.fr. Les SGP qui ne communiquent pas les données y seront listées. A terme, nous envisageons de récompenser les meilleures SGP sur les trois ou un critère, celles affichant les meilleures progressions. Je ne doute pas que les sociétés de gestion les plus engagées auront à cœur de faire connaître leurs initiatives. Nous avons la conviction que ce sera aussi un moyen pour elles d’attirer les meilleurs jeunes talents.

C.F. : Quel avenir pour la finance durable en Europe ? A quels enjeux CGP et SGP devront-ils faire face ?

V.A. : Je parlerai plus de la finance responsable — je préfère cet adjectif car les ressources de notre monde sont finies. L’avenir est déjà écrit, il est indispensablement radieux. Nous formons le vœu que 100 % des SGP obtiennent un Clean Score A, B ou C ! Lorsque cet objectif sera atteint, l’industrie de la gestion d’actifs (et le monde) aura beaucoup changé. Après les démonstrations de greenwashing, il faut regagner en transparence et en cohérence. Il y va de la crédibilité de la finance responsable.

Les CGP vont bientôt devoir questionner leurs clients sur leurs attentes extra-financières. Nous allons passer d’un ISR de l’offre à un ISR de la demande. L’offre de produits va muter. Les SGP vont devoir disposer de datas ESG toujours plus fines donc plus coûteuses. L’ESG pourrait bien rebattre les cartes de la profession. Enfin, l’arbre de l’ISR ne doit pas cacher la forêt du patrimoine.

L’ISR pèserait 1 900 milliards d’euros pour 13 440 milliards d’euros de patrimoine des Français, soit un maximum de 14 %. Ce chiffre tombe à 4 % maximum si nous ne retenons que les fonds labellisés ISR. Le patrimoine brut des ménages est investi pour 59 % en immobilier, 14 % en assurance-vie et 7 % en dépôts bancaires. Dans ces classes d’actifs, la transparence est peu présente et parler d’ISR est une gageure.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

Voir tous les articles de Mathilde