Stéphane Fantuz – CNCEF Patrimoine : « Il faut accroître la notoriété de notre métier auprès du grand public »

Patrimoine - Directive MIF2, réforme du courtage, digitalisation... Quels sont les prochains défis qui attendent les CGP-CIF ? Comment accompagner ces professionnels du patrimoine en valorisant leur expertise ? Stéphane Fantuz, Président de la CNCEF Patrimoine et de la CNCEF Assurance, répond en exclusivité au Courrier Financier.

Accompagner les CGP-CIF dans les évolutions réglementaires et métiers : c’est le mot d’ordre de la Chambre Nationale des Conseils Experts Financiers (CNCEF) Patrimoine. Le 14 septembre dernier, l’association professionnelle des conseils en investissements financiers (CIF) a réélu Stéphane Fantuz à son poste de Président, pour un mandat de 3 ans. Il sera accompagné d’une équipe 15 administrateurs. Comment l’association va-t-elle accompagner la croissance des CGP-CIF ? Quels outils va-t-elle déployer pour promouvoir la profession ? Stéphane Fantuz répond en exclusivité aux questions du Courrier Financier.

Le Courrier Financier : Vous venez d’être réélu pour un mandat de trois ans. Quel bilan faites-vous de vos 15 années à la CNCEF Patrimoine ?

Stéphane Fantuz - CNCEF Patrimoine : « Il faut accroître la notoriété de notre métier auprès du grand public »
Stéphane Fantuz

Stéphane Fantuz : Le métier de CGP-CIF a beaucoup évolué et se démocratise de plus en plus. Les jeunes générations viennent renforcer l’actuelle. Nous sommes à un carrefour. En 15 ans, nous avons vu de grandes mutations : la digitalisation a allégé au quotidien les processus internes des cabinets et les relations avec les clients. La réglementation est devenue plus abondante mais aussi plus complexe, au point que le rôle de notre association est fondamental pour accompagner nos membres.

Simultanément, il a fallu renforcer la formation de ces derniers pour assurer le maintien des compétences. Durant cette période, la CNCEF Patrimoine a vu progresser son effectif de manière significative. Elle regroupe désormais le plus grand nombre de CGP, exerçant tous les métiers de l’intermédiation financière et de crédit (sources Orias 2020).

C.F. : Comment la CNCEF va-t-elle désormais s’investir dans la promotion de la profession de CGP-CIF ?

S.F. : Depuis le rapport de Louis Giscard d’Estaing tentant de faire reconnaître notre métier, la CNCEF Patrimoine n’a jamais cessé d’agir pour promouvoir les CGP-CIF. En plus des salons et conventions, nous menons des actions de lobbying régulières auprès des pouvoirs publics. Cet automne, nous développons une campagne de communication plus spécifique pour faire connaître aux consommateurs le métier de nos membres pour leur permettre d’être mieux identifiés.

La Loi PACTE intégrant la pédagogie financière a été un grand pas pour les Français qui s’intéressent de mieux en mieux à la matière financière. Notre métier est mieux connu, mais il faut encore accroître sa notoriété auprès du grand public. Toutes ces actions contribueront notamment au financement de l’économie réelle. 

C.F. : Face à la réforme de la Directive MIF2, comment défendez-vous le modèle économique des CGP-CIF ?

S.F. : Le régulateur européen se focalise sur les rétrocessions de commissions et y voit un potentiel conflit d’intérêts. La CNCEF Patrimoine s’y oppose et sa position a toujours été la même : la transparence de la rémunération des CGP met complètement fin au conflit d’intérêts qu’il y aurait pu y avoir. Par ailleurs, ce modèle économique français fonctionne parfaitement bien depuis des années et permet de proposer aux consommateurs cette architecture ouverte que beaucoup nous envient.

En imposant uniquement la facturation d’honoraires, l’Europe prendrait la responsabilité de limiter l’accès au conseil patrimonial aux seuls épargnants disposant de moyens suffisants pour payer des honoraires. Or, ceci serait contraire à son souhait d’aller vers une meilleure circulation des capitaux au sein de l’Europe. Ce modèle réformé ne protégerait absolument pas le consommateur face aux manquements relatifs au devoir de conseil. Nous avons participé aux consultations et nous resterons mobilisés lors des prochaines évolutions à venir de la directive.

C.F. : Quels sont les enjeux de la digitalisation pour vos membres ? Comment allez-vous renforcer leurs compétences ?

S.F. : Le digital est incontournable dans un cabinet. Il permet au CGP-CIF de faciliter sa mise en  conformité sur ses conditions d’exercice, comme la mise à jour de ses  dossiers clients, plus rapide et plus efficiente. Il allège la masse de documents à traiter au regard d’une réglementation galopante.

Il accompagne donc les professionnels sans devoir se substituer à la dimension humaine du métier. Il faut donc voir le digital dans notre métier comme l’opportunité d’automatiser des tâches à faible valeur ajoutée pour se concentrer sur celles à forte valeur ajoutée : le conseil et la relation client ! 

C.F. : Concernant la réforme du courtage en assurance et en crédit, où en est la CNCEF Assurance ?

S.F. : Créée en septembre 2019, la CNCEF Assurance, association professionnelle reconnue par l’ACPR, rassemble la grande famille des courtiers en assurance et leurs mandataires. Elle regroupe d’ores et déjà près de 1 000 courtiers qui ont fait le choix de se faire accompagner par anticipation et sans attendre que cela devienne une obligation légale — le 1er avril 2022. Elle a vocation à réunir tous les professionnels du courtage en assurance, tous métiers et spécialités confondus, avec une attention toute particulière pour les courtiers de proximité.

Elle est donc prête pour répondre à ce défi ! D’autant plus qu’elle a soutenu cette réforme et a fait un Tour de France pour la présenter aux courtiers, qui l’ont accueilli favorablement. Nous lançons dès cette fin d’année une vaste campagne de d’adhésion à destination des professionnels concernés afin qu’ils nous rejoignent. Nous revendiquons notre légitimité au regard de notre expérience de la régulation des CIF.

C.F. : Vous proposez une formation parcours-client à Patrimonia le 30 septembre prochain. De quoi s’agit-il ?

S.F. : Avec Maître Morgane Hanvic, un des avocats qui conseille la CNCEF Patrimoine, nous proposons un atelier pour mettre en exergue des points de vigilance dans le cadre de la conformité réglementaire. Nous allons insister sur la pratique opérationnelle du métier de CGP qui cumule plusieurs statuts réglementés, en évoquant notamment l’impact de MIF 2 en direction du secteur de l’assurance.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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