PER : le plébiscite des épargnants français

Patrimoine - Ce lundi 7 juin, le Gouvernement s'est félicité de la « forte croissance » du Plan Epargne Retraite (PER), qui a séduit près de 2,8 millions de Français en 2020. Quelles perspectives pour ce produit, à l'heure où la réforme des retraites revient dans le débat public ? Le point avec Le Courrier Financier.

La crise sanitaire dynamise-t-elle l’épargne-retraite ? Ce lundi 7 juin, le gouvernement français se félicite du succès du Plan Epargne Retraite (PER). Ce produit est arrivé sur le marché en octobre 2019, dans le cadre de la loi PACTE. En deux ans d’existence, il remporte un franc succès auprès des épargnants. D’après Bercy, près de 2,8 millions de Français* possédaient un PER à fin 2020 pour un encours de 31,6 milliards d’euros. L’encours total de l’épargne retraite — tous distributeurs confondus, assureurs et gestionnaires d’actifs — représentait alors 269 milliards d’euros. D’ici 2022, Bercy espère bien atteindre 300 milliards d’euros.

Le PER, un succès fiscal

Le PER, la nouvelle poule aux œufs d’or de l’épargne ? Il offre en tout cas un régime fiscal avantageux. Les sommes versées sur un PER individuel sont déductibles de l’impôt sur le revenu (IR), dans la limite du plafond qui correspond à la situation fiscale du déclarant. Pour un salarié par exemple, le plafond correspond à « 10 % des revenus professionnels de 2020, nets de cotisations sociale et de frais professionnels — avec une déduction maximale de 32 909 euros ; ou 4 114 euros si ce montant est plus élevé », indique le site officiel du service public. Dès le 1er janvier 2023, le PER remplacera définitivement les contrats PERP et Madelin.

Jusqu’à cette date, le transfert d’un contrat d’assurance de plus de 8 ans vers un PER permet de doubler son abattement. Les Français ont déjà commencé à transférer leur épargne. « Notre clientèle a fait bon accueil au PER. C’est un produit bien fait, qui associe le bon de l’assurance vie — c’est-à-dire la facilité de gestion — avec la rentabilité », nous explique Jérôme Rusak, Président Fondateur de L&A Finance. « Le PER arrive avec une enveloppe fiscale claire, la possibilité d’une sortie en rente et/ou en capital, mais aussi une souplesse qui rassure les investisseurs. Par exemple, la possibilité d’une sortie anticipée pour l’achat d’une résidence principale », ajoute-il.

L’impact de la Covid-19

Ce succès du PER résonne avec l’actualité. En 2020, la crise sanitaire a suspendu la réforme du financement du système de retraite français. D’après le rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) qui doit être rendu ce jeudi 10 juin, le déficit atteint 18 milliards d’euros en 2020. C’est moins que les 23,5 milliards d’euros annoncés en novembre dernier — la récession économique a été moins importante que prévu. Le déficit s’établit même à 13 milliards d’euros, si nous comptons le versement ponctuel de 5 milliards d’euros du Fonds de réserves pour les retraites. Le déficit des retraites représente donc 0,6 % du PIB en 2020.

L’impact de la Covid-19 se mesure dans la stratégie des épargnants. « La crise sanitaire a provoqué une prise de conscience chez les Français, qui ont senti le besoin de prendre leur retraite en main. La volonté d’organiser son patrimoine s’est renforcée. Par ailleurs, nos clients disposent aujourd’hui d’un surcroît d’épargne à placer — la fameuse épargne Covid », témoigne Jérôme Rusak. D’après la Banque de France, les Français auraient épargné 142 milliards d’euros de plus que d’habitude pendant la pandémie. En 2020 à l’ouverture d’un PER, les clients de L&A Finance ont versé un apport initial en moyenne 1,5 à 2 fois plus élevé que l’année précédente.

Détrôner l’assurance vie ?

La conjoncture porte définitivement l’épargne-retraite. La « très forte croissance » du PER bénéficie du contexte actuel de taux bas — aux dépens de la traditionnelle assurance vie en fonds euros. D’après la Fédération française de l’assurance (FFA), le rendement moyen des fonds en euros s’établissait à 1,30 % en 2020 (net de frais) — soit une performance moyenne de 0,5 % (après prélèvements sociaux). Dans cet environnement financier, le PER permet à la fois de répondre au besoin de rendement des épargnants, et « aux besoins de financement à long terme en fonds propres des entreprises », rappelle Bruno Le Maire.

Côté assureurs, les chiffres publiés par la FFA le 31 mai dernier confirment cette dynamique. Les encours à cette date s’élèvent à près de 19 milliards d’euros. Pas de quoi encore faire pâlir l’étoile de l’assurance vie — 1 818 milliards d’euros d’encours en avril 2021, soit +4,5 % sur un an… pour le moment en tout cas. « D’ici 10 ou 15 ans, l’encours du PER pourrait dépasser celui l’assurance vie. Nous nous dirigeons vers un écosystème à l’anglo-saxonne. Il n’y a pas actuellement de comparatif pour les PER mais cela viendra. La qualité de la gestion fera la différence. Les CGP ont sans doute ici une carte à jouer », conclut Jérôme Rusak.

*Bercy avait d’abord annoncé 4,5 millions de Français détenteurs d’un PER à fin 2020 ce lundi 7 juin, avant de revoir le chiffre à la baisse. Le Courrier Financier a mis son article à jour.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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