Lancement du PER : l’épargne retraite prend un nouveau départ

Patrimoine - Cette semaine, le nouveau Plan d'Epargne Retraite (PER) entre en vigueur dans le cadre de la loi PACTE. Cette évolution réglementaire était très attendue par les professionnels du patrimoine. Comment fonctionne ce nouveau produit ? Quelles perspectives de développement pour les CGP ? Le Courrier Financier apporte son éclairage sur ce dossier.

« Le PER, c’est le produit patrimonial par excellence. Vous allez pouvoir donner sa pleine dimension à l’aspect conseil de votre métier ! » Jérôme Dedeyan, Associé Fondateur du groupe Eres, a les yeux qui brillent. Micro en main pour une table ronde, il s’adresse à un parterre de CGP attentifs, réunis dans l’auditorium Lumière de la Cité des Congrès à Lyon. La salle, d’une capacité de 900 places, est pleine à craquer. Ce vendredi 27 septembre, à l’occasion de la Convention Patrimonia 2019, le public est venu écouter la conférence « Loi PACTE : le renouveau de l’épargne retraite et salariale ? ». Entre vieillissement démographique et réforme du système des retraites, l’enjeu est de taille pour les professionnels du patrimoine.

De nouvelles stratégies d’investissement

Tout commence ce 1er octobre, avec l’entrée en vigueur du Plan d’épargne retraite (PER). L’épargnant peut désormais souscrire cette enveloppe unique à titre individuel (PER individuel) ou via son entreprise (PER d’entreprise). Ce nouveau produit d’épargne compte trois compartiments — individuel, collectif et catégoriel — confiés au même gestionnaire. L’épargnant peut ouvrir autant de PER qu’il le souhaite, sous la forme qui lui convient le mieux : auprès d’une banque (compte-titres) ou d’un assureur (contrat d’assurance vie). Cette variété doit stimuler la concurrence entre prestataires, avec une portabilité accrue. Le transfert sera gratuit si le produit a été détenu pendant au moins 5 ans. Avant, les frais de transfert se limitent à 1 % de l’encours.

Le PER va-t-il devenir le nouveau placement préféré des Français ? « Avec son levier fiscal initial, il apporte des atouts supplémentaires par rapport à l’assurance vie », martèle Jérôme Dedeyan. Le PER harmonise le régime fiscal de l’épargne retraite. Côté épargnant, les versements volontaires deviennent déductibles de l’impôt sur le revenu, dans la limite de certains plafonds. Lors de la liquidation, les droits qui en sont issus seront fiscalisés. Les sommes issues de l’intéressement, de la participation et des abondements employeurs versés sur un PER d’entreprise seront exonérés d’impôt sur le revenu, à l’entrée comme à la sortie. « Le PER permet de conseiller vos clients avec un certain nombre de stratégies à très forte valeur ajoutée », insiste Jérôme Dedeyan.

Jusqu’au 1er janvier 2023, tout rachat d’un contrat d’assurance vie de plus de 8 ans bénéficie d’un abattement fiscal doublé, à condition que les sommes soient réinvesties dans un nouveau PER. Il s’agit de réorienter l’épargne retraite vers le financement des entreprises. « L’épargne retraite était insuffisamment développée et peu investie en actions, alors que nos entreprises ont besoin de fonds propres pour financer leur croissance et leurs innovations », explique Bercy. Toutes les entreprises qui adoptent le PER pour leurs salariés bénéficient désormais d’un forfait social réduit à 16 % — au lieu de 20 % — sur les versements en épargne retraite, si l’épargne est investie au moins à 10 % dans des titres de petites et moyennes entreprises.

Quel avenir pour l’épargne retraite ?

En Europe, les Français sont connus pour leur bas de laine. Notre niveau d’épargne trône parmi les plus élevés d’Europe, environ 5 000 milliards d’euros. Mais paradoxalement, l’épargne retraite reste peu développée dans l’Hexagone. Elle représente seulement 230 milliards d’euros d’encours au total. C’est peu, face aux 1 700 milliards d’euros pour l’assurance vie. Et c’est presque deux fois moins que les 400 milliards d’euros versés sur les livrets réglementés — tels que le Livret A ou le LDD — que les Français affectionnent tant. Le peu d’intérêt actuel pour l’épargne retraite tient à plusieurs facteurs. La complexité des anciens contrats — PERP, PERCO, article 83, Madelin, etc. — s’ajoute à la culture du régime par répartition.

Est-ce à dire que le PER viendrait dynamiter tout cela ? Le Gouvernement temporise. « L’épargne retraite supplémentaire n’a pas vocation à se substituer au régime de retraite par répartition qui demeurera le socle principal de la retraite des Français. Mais à l’heure où les Français épargnent davantage, l’épargne retraite doit devenir un produit phare », répond Bruno Le Maire, Ministre de l’Economie et des Finances. L’objectif affiché est clair, optimiser cet investissement sur le long terme grâce à la gestion pilotée. Il s’agit « d’offrir de meilleurs rendements aux épargnants, à l’heure où les taux bas minent la rentabilité d’autres produits d’épargne, et des financements plus abondants pour les entreprises », abonde Bercy.

En rebattant ainsi les cartes, l’Etat ouvre aussi un vaste champ d’opération pour les courtiers et les CGPI. Certains prestataires leur proposent déjà des outils dédiés. « Nous allons cibler les courtiers de proximité, en leur offrant un extranet, des outils d’aide à la vente, des simulateurs… Et certainement des outils qui leur permettront de conseiller les épargnants sur leurs allocations d’actifs », nous confirme Patrick Audély, Directeur exécutif de Capvita, filiale du groupe Alptis Assurances. Cette étape cruciale d’accompagnement et de conseil est appelée à se répéter tout au long de la vie du PER. Après une période de placement sur des actifs à meilleure espérance de rendement, l’épargne devra être progressivement sécurisée à l’approche de la retraite. De quoi renforcer l’importance du rôle du CGP !

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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