INTERVIEW – Nicolas du Boullay : La forêt, l’actif patrimonial par excellence

Patrimoine - La gestion des forêts est une activité historique chez Fiducial Gérance. Depuis près de 40 ans, la société de gestion gère six groupements forestiers, regroupant 36 forêts qui s’étendent sur près de 5200 hectares. Aujourd’hui, le gestionnaire d’épargne, qui s’inscrit dans une dynamique de développement maitrisé, souhaite relancer cette activité et profiter des futures mesures sur les Groupements Forestiers d’Investissement (GFI). Entre optimisation, diversification, transmission et simple plaisir, la forêt attire toujours les investisseurs. Entretien avec Nicolas du Boullay, Responsable du développement de l’activité Forêt chez Fiducial Gérance.

C’est en 1959 que Fiducial Gérance fonde son premier Groupement Forestier et acquiert ses premières forêts. Réparties sur tout le territoire français et gérées en interne par des experts techniques dédiés, les forêts sont soumises à un plan simple de gestion (PSG), qui dictera les opérations sylvicoles à mener sur 20 ans. Les forêts du groupe sont peuplées de feuillus à 75% (chênes, hêtres, bois précieux, par exemple), et de résineux (épicéas, sapins, douglas, pins) à hauteur de 25%.

Il faut trouver un bon équilibre de peuplement. Les résineux présentent plus de risques. En cas de tempête, ils s’abîment et offrent une moindre valeur de récupération. Les feuillus sont plus résistants, explique le gérant. Quand nous ouvrirons le GFI, nous accroîtrons la part de résineux, pour nous aligner à la réglementation”.

À terme, la volonté de Fiducial Gérance est en effet de transformer ses Groupement Foncier Forestier (GFF), fermés aux appels publics à l’épargne, en GFI. D’ici la fin 2018, début 2019 au plus tard, la parution des décrets d’application permettra aux épargnants particuliers de souscrire des parts de groupement sur le marché primaire.

“Aujourd’hui les échanges se font essentiellement sur le marché de gré à gré. Nous avons envie de faire vivre le marché secondaire des parts de GF, d’accueillir de nouveaux associés, poursuit notre expert. Nous souhaitons relancer la collecte pour acquérir d’autres actifs de qualité”.

Une gestion pérenne pour préserver la rentabilité

Les profils des détenteurs de parts de GF varient autant que les variétés de bois. Institutionnels, particuliers, gestionnaires de fortune, Family Offices ou familles trouvent dans la forêt un actif de qualité, quand il est bien géré.

Nous avons fait le choix d’une gestion en interne et avons obtenu, pour toutes nos forêts, la Certification PEFC, qui accrédite la qualité de notre gestion, permettant au consommateur et au public d’identifier la provenance du bois, et de s’assurer du respect des principes de gestion durable : écologiquement adapté, socialement bénéfique et économiquement viable, précise Nicolas. Nous misons sur la pérennité, pour préserver la valeur des actifs”.

Les équipes du pôle forêt de Fiducial sont également chargées d’exploiter le foncier et d’en assurer le rendement. Trois quarts des revenus sont issus des ventes de bois et un quart des locations de chasse.

La problématique centrale des gestionnaires : veiller à l’équilibre entre les classes d’âges des arbres, et maintenir ainsi un rendement régulier au fil des années. Pour protéger l’actif d’éventuels dégâts sanitaires, les équipes s’appliquent à diversifier les peuplements et les essences. Si les assurances permettent de garantir la valeur de commercialisation du bois sur pied en cas de tempête ou d’incendie, elles ne protègent pas contre les dégâts sanitaires.

Enfin, la ressource cynégétique (animale), doit faire l’objet d’un soin particulier. “L’équilibre sylvo-cynégétique est primordial. Si le gibier est trop nombreux, la pression sur les jeunes arbres est trop importante et risque de mettre en péril la régénération”, prévient le gérant.

La forêt, l’actif patrimonial par excellence

L’investissement forestier doit remplir un objectif de diversification patrimoniale. Moins rentable que les marchés (1 à 2 % de rentabilité par an), il s’envisage comme un placement refuge de long terme, pour des personnes disposant déjà d’un patrimoine étoffé.

“La forêt présente de nombreux avantages, reprend Nicolas. Tout d’abord, c’est un actif parfaitement décorrélé des marchés, qui est pérenne et durable, la forêt est relativement bio et se renouvelle en permanence par l’accroissement annuel des arbres”.

Du point de vue fiscal, la forêt dispose d’une fiscalité adaptée au long terme de la production de bois. Ainsi elle permet une déduction des 3⁄4 de la valeur dans le cadre de l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI), et bénéficie d’un abattement de 75% en cas de transmission de l’actif. Enfin, grâce au Défi Acquisition, la souscription donne aussi lieu à une réduction de 18% de l’impôt sur le revenu.

L’inconvénient réside dans la duration et l’illiquidité du véhicule. “Pour que l’investissement soit rentable, il faut conserver les parts au moins 10 ans, 15 ans et plus idéalement, recommande l’expert. Si les dividendes fluctuent d’une année à l’autre, sur le long terme, la performance est rarement négative”.

Nécessitant un investissement notable (supérieur à 5000 euros/ha), les forêts sont souvent acquises par des groupements d’associés ou des familles. “Les familles apprécient l’aspect environnemental et écologique”, rappelle Nicolas, qui précise que les forêts de Fiducial Gérance contribuent à absorber 52 000 tonnes de carbone par an.

Il insiste par ailleurs sur la dimension émotionnelle de l’achat. “L’idée de contribuer à la valorisation et à la préservation du patrimoine forestier français séduit de nombreux épargnants. Ils apprécient aussi la proximité du foncier acquis, et le plaisir de s’y balader ”.

Capitalisation et rentabilité du groupement forestier

La performance financière d’un GF s’appuie sur une gestion équilibrée des forêts, de la trésorerie, et des dividendes. Le prix des parts dépend du groupement forestier en question : la localisation,la diversité des peuplements, la surface, le climat, la nature des sols, la topographie et l’accessibilité du terrain sont autant de critères d’évaluation du bien.

“Au cours des 10 dernières années, la valeur des parts du GFF de Fiducial Gérance a augmenté en moyenne de 2% par an. Nous souhaitons relancer la collecte de façon modérée afin de privilégier la qualité des actifs, avec un objectif de 10 millions d’euros dans les trois années qui suivront la création du GFI ”, déclare Nicolas du Boullay, confiant sur cette opération, car les forêts sont de nouveau très prisées.

Au-delà de la dimension financière et professionnelle, la passion du gérant pour la forêt se découvre au fil de l’entretien. Elle trouve racine dans son enfance, car c’est au bras de son grand-père, ingénieur agronome impliqué dans l’administration forestière régionale et nationale, que le petit Nicolas arpentait ses premiers sentiers forestiers. Étudiant, il s’oriente donc naturellement vers une école d’ingénieur spécialisée dans le bois à Nantes, pour faire de la gestion des bois et forêts son métier. Pas étonnant qu’il en parle avec autant de conviction.

Roxane Nojac

Rédactrice en chef - Le Courrier Financier

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