Coronavirus : l’arme bancaire de l’Etat au secours des entreprises

Patrimoine - Depuis ce mercredi 25 mars, les prêts garantis par l'Etat (PGE) sont disponibles afin de soutenir la trésorerie des entreprises, durement frappées par la crise sanitaire du coronavirus. Le dispositif permet à l'Etat de garantir pour 300 milliards d'euros de prêts. Explications.

« Nous sommes en guerre », disait Emmanuel Macron. Qu’à cela ne tienne, mobilisation générale ! Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances, Bpifrance — banque publique d’investissement — et la Fédération bancaire française (FBF) lancent ce mercredi 25 mars les « prêts garantis par l’Etat » (PGE) pour les professionnels, à hauteur de 300 milliards d’euros. Après les déclarations du président de la République le 16 mars dernier, le dispositif a été créé en une semaine. Bpifrance a déployé la plateforme associée en l’espace de 72 heures. Objectif, soulager la trésorerie des entreprises face au choc du coronavirus. Pour rappel, la France est entrée officiellement cette semaine en état d’urgence sanitaire.

Les CGP, exclus du dispositif ?

Le programme PGE représente près de 15 % du produit intérieur brut (PIB) français à lui seul. C’est le premier du genre à être validé par la Commission européenne, dans un cadre défini le 19 mars dernier. « L’Etat met en œuvre un instrument massif et inédit pour protéger les entreprises françaises du ralentissement d’activité », s’est félicité Bruno Le Maire devant la presse. Jusqu’au 31 décembre prochain, les entreprises — quelle que soit leur taille — pourront demander à leur banque habituelle un PGE pour soutenir leur trésorerie. Seules sont exclues de la liste les sociétés civiles immobilières (SCI), les établissements de crédit et les sociétés de financement.

Les conseillers en gestion de patrimoine (CGP) sont-ils concernés par ces exclusions ? Absolument pas, répond la Chambre Nationale des Conseils Experts Financiers (CNCEF). « C’est tout à fait justifié et légitime. L’exclusion concerne les entités financières uniquement [article 511-1 du Code monétaire et financier NDLR] Les conseillers en gestion de patrimoine (CGP), conseils en investissement financier (CIF) et courtiers que nous représentons ne font pas de financement. Ce sont des professionnels comme les autres », nous explique Didier Kling, Président de la CNCEF. Les négociations ont permis d’aplanir les difficultés liées à l’interprétation de la loi, se félicite-il.

En début de semaine, l’organisation professionnelle avait demandé des éclaircissements à Bpifrance. « Nous sommes remontés jusqu’au cabinet de Bruno Le Maire, et nous avons été entendus. Il nous reste maintenant d’autres problématiques à régler », déclare Didier Kling. Rassurer les clients, poursuivre les opérations en cours, préserver l’entreprise… Les gestionnaires de patrimoine doivent traverser la tempête. « Je suis foncièrement optimiste. Cette crise n’est que sanitaire, elle sera brutale mais courte. En Chine, l’activité repart déjà. D’ici là, profitez de toutes les aides possibles si vous remplissez les conditions requises », conseille Didier Kling.

Comment demander un PGE ?

Tout le système repose sur l’implication des banques. Elles sont engagées à examiner toutes les demandes dans un délai rapide. « L’engagement de nos réseaux et de nos collaborateurs pour soutenir l’économie française est total (…) Les banques sont et seront là ! », assure Frédéric Oudéa, président de la Fédération bancaire française. « Nous agissons pour aider nos clients professionnels, commerçants, TPE-PME et grandes entreprises à passer ce cap imprévu et à préparer la reprise », confirme Olivier Gavalda, directeur général du Crédit Agricole d’Ile-de-France. Le banquier-assureur invite les professionnels à contacter directement leur conseiller bancaire.

Le Prêt garanti par l’Etat pourra couvrir jusqu’à trois mois de chiffre d’affaires (CA) en 2019 ; soit deux années de masse salariale pour les entreprises innovantes ou créées depuis le 1er janvier 2019. Son montant ne dépassera pas un plafond de 25 % du CA HT 2019 constaté — soit l’équivalent d’un trimestre d’activités — ou du dernier exercice clos. Il sera accessible avec un taux d’intérêt de 0,25 % pour les entreprises jusqu’à 50 millions d’euros de CA ; et avec un taux de 0,50 % pour les entreprises dont le CA sera supérieur, précise le Crédit Agricole d’Ile-de-France. Aucun remboursement ne sera exigé pendant la première année.

« Prêt Atout » : l'arme bancaire de l'Etat au secours des entreprises contre le coronavirus
« Les étapes pour obtenir un Prêt Garanti par l’Etat (PGE) »
Entreprises de moins de 5 000 salariés avec un CA inférieur à 1,5 Md€


Source : ministère de l’Economie et des Finances

L’emprunteur pourra choisir d’amortir le prêt sur une durée maximale de cinq ans. Les banques se sont engagées à fournir ces crédits aux entreprises et aux professionnels « à prix coûtant », c’est-à-dire sans réaliser de marge. Reste à savoir si les cabinets de CGP les plus fragilisés par la crise sanitaire passeront le cap de la validation bancaire. « Ceux qui se trouvent dans une situation particulièrement difficile peuvent essuyer un refus de la part de la banque. Ce sont des cas qui relèvent de la Médiation du Crédit », tempère Didier Kling. Dans les semaines à venir, la CNCEF va surtout garder à l’œil la situation un peu particulière des cabinets de courtage.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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