Baromètre – Les Français, l’épargne et la retraite : 1 an après, quel bilan pour le PER ?

Patrimoine - Ce mercredi 9 février, l'institut Ipsos et Le Cercle des Epargnants ont présenté les résultats du baromètre 2021 « Les Français, l’épargne et la retraite ». Après la Covid-19, comment et pourquoi les Français mettent-ils de l'argent de côté ? Quel place le Plan d'Epargne Retraite (PER) a-t-il pris dans le paysage de l'épargne ? Tour d'horizon.

Ce mardi 9 février, Le Cercle des épargnants présentait à la presse son baromètre 2021 « Les Français, l’Epargne et la Retraite ». L’enquête a été menée en ligne du 15 au 22 janvier derniers par l’institut Ipsos, auprès d’un échantillon de 1 000 Français âgés de 18 ans et plus (méthode des quotas). Dans cette 19e édition, près d’un Français sur deux (44 %) se dit « intéressé » par l’épargne et les placements et plus d’un Français sur quatre (27 %) suit l’actualité du secteur. Proches de leurs sous, les Français ? « Nous parlons d’une partie non négligeable de la population », reconnaît Brice Teinturier, Directeur Général Délégué d’Ipsos France.

2020, l’effet pandémie

La crise sanitaire a laissé des traces. « Beaucoup de Français ont fait l’expérience de la vulnérabilité, ce qui a renforcé leur volonté de profiter de l’instant présent », résume Brice Teinturier. Cigales ou fourmis, les Français restent très partagés. 40 % des sondés préfèrent « dépenser et profiter du présent car on ne sait pas de quoi est fait l’avenir », mais ils sont presque aussi nombreux (37 %) à estimer qu’il vaut mieux « mettre de côté et épargner au cas où… ou pour l’avenir ». L’épargne de précaution (55 %) arrive en tête de leurs motivations, loin devant la préparation de la retraite (24 %) et le risque de dépendance (20 %).

Face aux incertitudes économiques, les Français mobilisent davantage la solidarité intergénérationnelle. 19 % des sondés déclarent ainsi « épargner afin d’aider leurs enfants ou petits-enfants », un chiffre en légère hausse (+2 %) par rapport aux années précédentes (17 % en 2019 et en 2020). « Nous observons le retour d’une logique à court terme, très liée à l’effet Covid-19. La peur de l’avenir renforce la volonté d’aider ses proches, mais aussi l’intérêt pour la liquidité de l’épargne », note Valérie Plagnol, Présidente du Cercle des Epargnants. Un Français sur deux (48 %) préfère ainsi un produit très liquide mais peu rentable à un produit très rentable mais peu liquide.

Livret A, le retour en grâce

Preuve de cet attrait pour la liquidité, près de huit Français sur dix (78 %) possèdent au moins un livret d’épargne — qu’il s’agisse d’un Livret A, d’un LDD ou d’un Livret d’épargne populaire. D’après la Caisse des dépôts, la collecte cumulée du Livret A et du LDDS sur l’année 2020 s’élève à 35,21 milliards d’euros. Ce succès repose sur deux piliers, à savoir l’épargne contrainte et l’attrait pour la liquidité. Certes, le taux du Livret A est tombé à 0,5 % depuis le 1er février dernier, mais cela incite peu les Français à se tourner vers des placements mieux rémunérés. Plus d’un tiers d’entre eux (36 %) déclarent… qu’ils ne feront rien.

Une inertie liée au manque d’information ? Seule une majorité relative des Français (46 %) sait qui fixe le taux du Livret A — à savoir le gouvernement français, par décret. Un Français sur quatre (24 %) ne se prononce pas, quand les autres attribuent à tort cette responsabilité aux marchés (17 %) ou aux autorités européennes (13 %). Le Livret A bénéficie de notre relative allergie au risque. Un Français sur deux (50 %) déclare ainsi préférer un placement « qui rapporte peu, mais peu risqué ». Le Livret A revient donc en force dans le classement des « meilleurs produits d’épargne » — cité par 30 % des sondés en 2021, contre 21 % début 2020 avant la crise sanitaire.

Le PER, un placement star ?

De la liquidité à la souplesse d’utilisation, l’évolution de l’épargne-retraite suscite un intérêt croissant. Les Français n’ont pas délaissé l’assurance vie — 38 % en détiennent une en 2021 — mais ils s’intéressent de plus en plus au nouveau Plan d’Epargne Retraite (PER). Lancé en octobre 2019, le PER va remplacer les anciens contrats PERP, PERCO et Madelin. Plus des trois quarts (78 %) des épargnants qui vont voir leur plan existant disparaître comptent le transformer en PER. Ils sont aussi 18 % à y réfléchir. Un Français sur six (16 %) s’est déjà vu proposer de souscrire à un PER, en général par son banquier (56 %) ou son employeur (23 %).

Qu’est-ce qui séduit les Français ? La majorité d’entre eux (54 %) évoque la possibilité de « récupérer leur épargne en capital de manière anticipée » en cas de force majeure — type invalidité, décès du conjoint, etc. Ils apprécient aussi de pouvoir transmettre leur épargne sous forme de rente ou de capital (45 %) ou la possibilité de choisir eux-mêmes à l’âge de la retraite leur type de versement (41 %) à savoir en rente, en capital ou un mélange des deux. L’information reste le nerf de la guerre. Les Français avertis trouvent le PER « attractif fiscalement » (55 %), « souple » (40 %) et « intéressant dans le cadre d’une transmission » (38 %). De quoi aborder sereinement l’avenir ?

La crise sanitaire a mis en suspens la réforme des retraites. Pas de quoi faire disparaître la peur de manquer d’argent une fois à la retraite (82 %). « Avec les mesures de distanciation et le confinement, les Français ont expérimenté l’isolement social et une solitude accrue », rappelle Brice Teinturier. Presque huit Français sur dix (78 %) se disent inquiets pour l’avenir du système de retraites. Son financement demeure en tête de leurs priorités pour les années à venir (58 %). « L’effet pandémie a joué sur l’épargne retraite. Les Français prennent conscience de la nécessité d’un troisième pilier », conclut Valérie Plagnol.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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