Que croire sans être crédule ?

Non classé - La politique et l’argent ont un point commun avec les religions : il faut de la conviction. Il faut y croire ou croire en quelque chose. Croire ? Croyance, créance, crédit… Crédule. Crédulité. Tous ces mots sont de la même veine.

Poussons le raisonnement trop loin : pour faire crédit, il faudrait être crédule ? Les banquiers, par exemple, sont-ils par nature, parce que le crédit est « dans leur ADN », des gens atteints de crédulité congénitale ?

Pourquoi passer du temps sur cette question un peu tristounette de la crédulité ? Parce que les temps présents l’imposent. Bientôt, les votes vont pleuvoir sur les candidats à la « présidentielle ». On votera pour tel ou tel parce qu’on croit en lui, parce qu’on lui fait crédit ? Ou bien parce qu’on est crédule ? Parce qu’on est sûr qu’il est beau ou parce qu’on veut qu’il le soit ?

Revenons au banquier (c’est plus paisible que de traiter de la crédulité que la politique). Une affaire récente aurait dû donner lieu à davantage d’exégèse : l’affaire Piffaut. Il y a peu, décédait cette femme d’affaires discrète et solitaire qui avait constitué un «empire» agro-alimentaire français, rachetant ici et là des entreprises qui n’allaient pas bien pour les redresser.

Elle avait su créer cet espace de croyance par quoi le crédit arrive. Le crédit était arrivé. Les banquiers prêtaient-ils les yeux fermés (ce qui est le propre du croyant quand il est en action de croyance) ? Que nenni ! Grands ouverts étaient leurs yeux, qui recevaient, triaient, computaient les chiffres donnés par Madame Piffaut pour étayer ses dossiers. Ils n’étaient pas crédules.

Et voilà que tous les chiffres étaient faux. Et même que la dame s’était ruinée personnellement pour soutenir un groupe qui pataugeait. Elle n’avait donc rien détourné, si ce n’est le crédit accordé. Or, cela faisait des années qu’elle faisait des affaires «pipeau» au vu et au su de « tout le monde » ! « Banale histoire » s’exclamera-t-on et « classique ». « On y croit ». Tout le monde veut y croire. Experts comptables, avocats etc. s’associent pour que tout le monde y croit vraiment, avec conviction.

Ceci n’est que banal. Nous avons besoin de croire. Nous désirons tous mentalement faire crédit à un homme, une idée, un projet. Quand ce désir est porté contre toute évidence on le nomme crédulité. La crédulité traduit un désir irrépressible de lendemains qui chantent (appelons cela « optimisme »). Elle consiste à revêtir l’objet de ce désir des vêtements, ornements et couvre-chefs qui nous séduisent le plus.

En ce sens, la crédulité est vraiment fille de la croyance, un abandon de la pensée où s’ajoute une pointe de rêves de lendemains enchantés. Les escrocs n’ont jamais des têtes d’assassins. Ils ont un air banal et sympathique. Nous les reconnaissons parce qu’ils nous ressemblent. En plus audacieux !

Si, en économie, les Banquiers s’y laissent prendre, imaginez ce que cela peut être en politique.

Pascal Ordonneau

Banquier, polémiste, économiste, humaniste, théoriste, et volontariste.

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