C’est une histoire aviaire, une histoire de canard…

Non classé - La presse, c’est un pouvoir, expliquait, un brin rigolard, un représentant du Syndicat de la magistrature, le troisième pouvoir. Insaisissable quatrième pouvoir, la presse n’est pas de l’ordre du social ou même de l'humain. Elle ne tient pas non plus son pouvoir d’un droit divin et n’appartient pas à l’univers ancien des prêtres.

Quel est donc ce pouvoir étonnant qui ne vient ni des hommes, ni des dieux ? Nous nous posons cette question pour échapper à la réponse ! Nous la répétons, en forme de litanie depuis que la presse existe parce que nous ne parvenons pas à accepter la vérité du pouvoir de la presse. Nous avons du mal parce que nous voulons à toute force croire que la presse est marquée aux coins de notre insatiable désir de vérité et de notre don de curiosité qui font de nous une espèce animale à part. Or, la presse n’a rien à voir avec la Vérité, ni avec la Curiosité, sa mère.

La presse a à voir avec les talents et la magie du conteur. Lisant un journal, écoutant une radio, regardant la télévision, nous n’affrontons rien d’autre que l’expression de nos peurs enfantines, de nos désirs adolescents et de nos angoisses de vieillards. Pourquoi nous attachons-nous à toutes forces à ce qu’elle véhicule ? Pourquoi, comme d’une oriflamme qui claquerait au vent sommes-nous si dépendants de gros titres pareils aux annonces devant les salles de cinéma, aux publicités pour Disney ou pour tel hôtel en forme d’aquarium ? Attendrions-nous de l’information ?

En vérité, nous attendons qu’on nous raconte une histoire… Raconte-nous une histoire d’enfants battus et de femmes violentées. Raconte-nous un Oliver Twist encore plus malheureux et une petite Fadette dix fois abusée. Raconte-nous des horreurs, des gens malhonnêtes, des tortionnaires sadiques. Raconte-nous le riche pour nous faire rêver. Montre-nous comme la déchéance est douloureuse et le monde bien peu reconnaissant. Montre-nous tout et plus encore : c’est le talent du conteur que de porter la lanterne devant lui sans hésiter, sans s’effrayer des terreurs qu’il sort de l’ombre.

Comme on sait que les contes les plus jolis sont ceux qui savent s’étendre et se dérouler, lentement comme les eaux d’un fleuve tranquille qui changent sans cesse et charrient tranquillement toutes sortes d’immondices, la presse d’information a inventé la « Série ». Un conte, un jour, n’est pas un slogan pertinent. Et puis, c’est fatiguant d’avoir une bonne idée par jour et même une bonne idée par semaine. Il est préférable de tirer tout le suc d’une bonne histoire. Faire durer. Ne pas changer aussi de héros, mais renouveler les dénonciations, en ne lâchant surtout pas le fil de l’histoire. Et pour reposer les lecteurs, maintenir autant que possible, la règle de l’unité de lieu. Comme dans Downton Abbey.

Un bon conteur, de nos jours, sait compter. Il sait ce qu’il a payé pour avoir une bonne histoire. Il sait que plus il la fait durer, plus le conte est compétitif. C’est important. Il faut penser au financement des contes suivants

Pascal Ordonneau

Banquier, polémiste, économiste, humaniste, théoriste, et volontariste.

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