Immobilier : le marché prêt à repartir après « un trimestre perdu »

Immobilier - Après une année 2017 exceptionnelle, le marché de l'immobilier a connu début 2018 un net recul. C'est ce que constate le courtier immobilier Immoprêt. Cet intermédiaire, spécialisé dans la prise en charge du processus de prêt, a accusé au premier trimestre une baisse de 30% de son activité.

Jauffrey Ianszen, porte-parole d’Immoprêt, n’hésite pas à parler d’un « trimestre perdu pour le marché immobilier ». En cause, la décision jugée tardive des législateurs à propos de la prolongation du dispositif Pinel et du PTZ (prêt à taux zéro). Ils auraient mis près de six mois à donner une visibilité claire sur leurs intentions, avec pour conséquence un retard enregistré des mises en chantier. La commercialisation du neuf s’est donc mécaniquement décalée, pour n’être effective qu’aux alentours de mars-avril 2018. À cela s’ajoute le comportement attentiste des acheteurs découlant de cette période d’incertitude.

Le marché devrait repartir

À en croire les chiffres d’Immoprêt, le marché immobilier serait déjà en reprise. Depuis le mois de juin, le nombre de rendez-vous est en hausse dans les 96 agences du courtier (+15%). Malgré tout, Jauffrey Ianszen reste lucide « Cette embellie ne permettra pas de rattraper la première partie de l’année décevante ». Avec une forte demande et une offre réduite, certaines zones demeurent très tendues. C’est notamment le cas des Pays de la Loire, du bassin aquitain, de Lille, Montpellier ou encore Lyon.

2018 : une fenêtre de tir

Le deuxième partie de l’année 2018 pourrait bien être « une bonne fenêtre de tir », selon les mots de Jauffrey Ianszen. Les conditions sont en tout cas réunies. Les taux d’emprunt, voués à remonter, ne devraient pas changer de manière imminente. Ils restent pour le moment, et sans doute jusqu’en 2019, extrêmement bas. En plus de la politique accommodante de la BCE, cela s’explique aussi par les stratégies agressives mises en place par les établissements bancaires. Dans une optique concurrentielle, ils proposent des taux toujours plus bas (parfois jusqu’à 1,15% sur 20 ans, alors que le barème national est de 1,30 ou 1,40) afin de séduire de nouveaux clients. 2018 pourrait bien être la dernière année où les acheteurs pourront profiter d’excellentes conditions de financement.

2019 : des inquiétudes

Les inquiétudes pour l’année prochaine se fondent sur plusieurs choses. D’abord, les taux d’emprunt devraient forcement finir par remonter. La réduction de la capacité de financement des ménages aura pour effet de ralentir le marché. Ensuite, Jauffrey Ianszen met en lumière un problème majeur. Selon lui, le véritable enjeu, c’est la libération du foncier. « Les propriétaires qui détiennent des terrains depuis des décennies doivent pouvoir les remettre sur le marché plus rapidement. Aujourd’hui, il n’y pas de terrain disponible, donc on ne peut ni construire, ni faire construire ».

Comment dynamiser le marché ?

En conclusion, Jauffrey Ianszen nous expose les solutions qui, selon lui, dynamiseraient durablement le marché immobilier français. « Notre proposition est d’aménager la taxe sur les plus-value foncières, et de ramener l’exonération totale des plus-values au titre de l’impôt sur le revenu à 15 ans au lieu de 22 ans. Il est également urgent de remettre un dispositif de prêt à taux zéro dans l’ancien. Un dispositif qui ne soit plus assorti d’une enveloppe de travaux de rénovation ou de remise en état dissuasive, mais qui soit réellement incitatif. Il faut, ensuite, faciliter le relogement du conjoint qui quitte la propriété du ménage, en reconstituant son droit au prêt à taux zéro. Enfin, il faut reconstituer les droits aux prêts à taux zéro pour les secundo-accédants, dans le cas d’une mutation professionnelle ».

Ces mesures seraient, pour lui, l’assurance d’un marché fluide et dynamique. Il ne reste plus qu’à convaincre le Gouvernement.

Luigi Delmet

Rédacteur - Le Courrier Financier

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