Romain Burnand - Moneta Multi Caps : Le marché exagère dans ses amours et ses désamours

Asset Management - L'approche de gestion défendue par Romain Burnand, gérant chez Moneta AM, est, depuis toujours, de nager à contre-courant. Le portefeuille idéal, selon le fondateur de Moneta AM, se compose de petites valeurs inconnues qui ne donnent pas lieu à des conflits d'intérêt. Loin de la gestion value ou croissance pure, Romain Burnand défend une méthode pragmatique, qui s'éloigne des amours et désamours du marché, pas toujours justifiés. Dans ce nouvel épisode de / PERSPECTIVES /, Romain Burnand, fondateur de Moneta AM, nous dévoile sa philosophie de gestion.

Tchat privé avec le gérant de Moneta AM

Lors de la diffusion en avant-première du nouvel épisode de /PERSPECTIVES/, Romain Burnand a répondu, au cours d’un tchat privé en live, aux questions des CGPI. La rédaction vous propose de découvrir ces échanges. 

 

Michel : Quelle est votre valeur favorite pour 2018 ?

Romain Burnand : Notre valeur favorite est Publicis. La société fait partie des valeurs disruptées, mais elle dispose d’un nouveau management et d’une structure financière solide, qui lui permettront de progresser dans un environnement défavorable. Pour 2019, le secteur des banques (La Société Générale notamment) a un potentiel de progression significatif, sauf en cas d’incident majeur.

Jean-Paul : Quel serait votre scénario pour les marchés européens actions pour la fin de l’année ?

RB : On constate qu’ils ont bien résisté, que l’activité économique, bien que ralentie, ne s’est pas arrêtée et que les marchés américains sont de loin au plus haut. Nous pouvons donc avoir confiance sur le marché européen. Je préfère évoquer les valeurs plutôt que les marchés, car dans les deux cas, on se trompe ! Quand on se trompe sur les valeurs, on sait pourquoi on s’est trompés ! 😉

Cedrick : Vous investissez depuis toujours dans des holdings (Wendel, Altamir, Bolloré, FFP…), qu’est-ce qui vous plaît dans leur business modèle ?

RB : Les holdings sont des sociétés ennuyeuses, je le reconnais, Mais le marché des holdings n’est pas toujours bien arbitré. Il y a donc des opportunités d’investissement, davantage quand les marchés sont bas et les décotes élevées qu’aujourd’hui, où les décotes sont revenues à leur moyenne. Notre préférée aujourd’hui reste FFP, qui a une structure saine.

Cedrick : Sanofi représente 6% du portefeuille, qu’est-ce qui motive cette pondération importante ?

RB : Sanofi est une valeur qui a commencé à se redresser car ses résultats ont, selon nous, touché un point bas. Elle a un profil relativement défensif, par rapport à l’environnement économique global. C’était une société très contestée quand nous nous sommes renforcés en début d’année, elle a tendance à devenir plus consensuelle. Elle a aussi l’avantage d’être une société très liquide et moyennement risquée, ce qui est utile pour un fonds de la taille de Moneta Multi Caps, qui a plus de 3 milliards d’euros d’encours.

Jean-Paul : Vous êtes très exposé au secteur financier. Ne craignez-vous pas les secousses liées à la situation italienne ?

RB : La secousse éventuelle liée à la situation italienne concernerait surtout les banques, qui représentent 8% de notre portefeuille. Notre pondération importante en financières prend en compte les valeurs holdings dont nous avons parlé, ainsi que les valeurs immobilières, qui, elles, sont beaucoup plus défensives, et n’ont pas de lien avec l’Italie. Pour les immobilières, il s’agit toujours d’immobilier d’habitation à Berlin, et plus généralement en Allemagne, ainsi que de bureaux en France, deux secteurs qui restent fondamentalement bien orientés.

Cedrick  Est-ce que vous utilisez des futures pour piloter votre exposition aux actions ?

RB : Non, nous sommes plutôt des stock pickers que des stratégistes de marché. Nous investissons sur les valeurs, et pas dans les indices.

Cédrick : et pour vous couvrir ?

RB : Nous ne nous couvrons pas. En effet, nous savons davantage prendre des paris sur les valeurs que sur la tendance du marché. Nous proposons un fonds action qui a pour objectif de surperformer dans la durée. Nous considérons qu’il revient aux clients de faire eux-mêmes leur propre allocation d’actifs. Ainsi, Moneta Multi caps n’est pas un fonds patrimonial. C’est clairement un fonds actions, éligible au PEA,  et donc investi au moins à 75% en actions, et de manière traditionnelle, investi à plus de 90 %. Nous avons aujourd’hui une poche de liquidité de 8%. 

Cedrick  : Pourtant dans le reporting mensuel il est indiqué exposition minimum de 60% dans la partie Risque Action. 

RB : Vous avez raison car le prospectus du fonds nous autorise en effet à couvrir partiellement notre exposition pour la réduire à 60% mais nous ne l’avons jamais fait et n’avons pas l’intention de le faire à l’avenir ! Il faut donc retenir que le fonds est en permanence investi à plus de 75% en actions (éligibilité PEA) avec une poche de liquidité historiquement comprise entre 0% et 10%. Merci pour votre remarque judicieuse et attentive ; vous pourrez constater que nous l’avons déjà prise en compte sur le reporting mensuel disponible sur notre site www.moneta.fr. Quoi qu’il arrive, nos équipes, Stéphane Binutti (01 58 62 57 62) notamment, se tiennent à votre disposition pour poursuivre ces discussions. 

 

 

 

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Roxane Nojac

Rédactrice en chef - Le Courrier Financier

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