/PERSPECTIVES/ Raphaël Elmaleh - Keren Finance : Sur les obligations privées, je vois peu de risques

Asset Management - Adopter des méthodes de stock picker sur le crédit, c'est la stratégie de Keren Finance pour tirer le meilleur du marché obligataire. Raphaël Elmaleh nous dévoile ses perspectives... Entrez dans les coulisses de la gestion de Keren Finance.

Lors de la diffusion en avant-première de /PERSPECTIVES/, Raphaël Elmaleh, gérant chez Keren Finance, a répondu, au cours d’un tchat privé en live, aux questions des CGPI. La rédaction vous propose de découvrir ces échanges. 

 

Raphael Elmaleh : Bonjour à tous. Merci d’être présents

John : Peut-on s’attendre à un rallye de fin d’année ?

RE : Pour le rallye, difficile à dire, il y a peu d’adhésion. Les récents « accords » Chine-US n’ont pas duré très longtemps en terme de rallye. Il reste le Brexit, mais on sent que toute hausse est propice à des allègements des investisseurs.

Hubert : Face aux faibles rendements sur l’obligataire, quel est le rendement actuariel du fonds Keren Patrimoine ?

RE :  Le rendement actuariel de la poche obligataire est de 5,40% avec une duration de 2,2 ce qui est radicalement dingue lorsqu’on pense qu’il y a 8 mois encore, il y a avait à peine plus de 3% (rendement actuariel).

Charles : Qu’est-ce qui explique la contre-performance de cette année par rapport à l’indice de référence ?

RE :  La prime de risque a augmenté et on a retrouvé la corrélation qu’on avait perdue il y a 4 ans, entre les Equity et les obligations. Par ailleurs, certains de nos dossiers qui ont fait l’actualité ont particulièrement souffert sur des spéculations et des incertitudes. Nous restons cependant très confiants sur l’issue de ces émetteurs : Rallye 2021 et Valourec.

Hubert : Vous faites principalement du portage sur les obligations pendant cette période agitée?

RE : Oui, car nous sommes courts et nous estimons que la visibilité est notre principal atout. Certains dossiers sont renforcés dans la baisse.

Eric : Le titre est KRACH 2019 ou KRACH 2020… donc krach de toute façon ? Pas d’espoir ?

RE : Je ne dirai pas krach, je dirai période d’adaptation à une croissance qui décélère, donc beaucoup d’appréhension, ajoutée à une période difficile un peu troublée. Ça n’aide pas à avoir de la visibilité mais plutôt de la volatilité. Je ne parle pas de krach, parce qu’on voit bien que les banquiers centraux ont du mal à mener leur exit strategy et que, de toutes façons, nous allons rester dans des conditions de taux neutres voire encore négatives pour l’Europe

Hubert : Avez vous saisi des opportunités depuis septembre sur l’obligataire corporate ?

RE : Oui, en respectant notre stratégie donc que du court, sur des dossiers maitrisés et qui se sont écartés en spread comme le reste du marché.

Stéphane : Est-ce le bon timing pour revenir sur les small & mid ?

RE : Non et je le regrette. Les valorisations commencent à devenir très intéressantes mais la liquidité dans un environnement troublé est un vrai problème.

Eric : Alors selon vous le pire est devant ou derrière nous ?

RE : C’est une question très difficile. Le pic de croissance est derrière nous, nous avons commencé un derating sur les Equity voire même sur les bonds. Il est certain que si le Brexit se passe mal, la volatilité va augmenter et que beaucoup de repères vont disparaître. Donc l’équation peut poser problème, et nous le voyons déjà en Europe du Sud avec des restructurations sur des dossiers qui concernent la construction et l’immobilier.

Florent : Quelle est votre valeur favorite pour 2019 ?

RE : Dans les actions, c’est L’Oréal

Florent : Quel est l’impact des “gilets jaunes” sur le secteur de la consommation très présent dans votre fonds?

RE : Les gilets jaunes, sur la semaine dernière, avaient un impact relativement limité. Il est difficile aujourd’hui de mesurer l’impact des récents événements du week-end. Les conversations que nous avons eu avec certains émetteurs (Fnac Darty ou autres) parlaient d’une compensation avec les ventes e-commerce.

Claire : Y a-t-il un sujet de dette qui vous inquiète particulièrement? Comme GE ou Deutsche Bank? La dette d’entreprises ou la dette des étudiants américains ?

RE : La dette d’entreprise essentiellement, parce que pour le reste, notamment la dette des souverains, nous sommes très loin des débats de 2008 sur la soutenabilité.

Eric : Est-ce que le schéma des fonds patrimoniaux est encore pérenne ?

RE : Un fonds patrimonial n’est pas une pierre philosophale et ce n’est pas la réponse idéale à un phénomène qui prendrait une ampleur systémique. Certains fonds sont composés d’obligations souveraines, d’autres d’investment grade au sens large, et d’autres d’un mix comprenant des obligations High Yield.

Eric : Donc il est difficile de faire d’alpha ?

RE : Il est bien évident que la corrélation High Yield / equity offre une protection moindre mais un rendement plus important. Il se trouve que la période récente n’est pas une période de référence. Avoir comme co-gérant Mario Draghi est un luxe qui a pour effet de masquer le risque et d’offrir une volatilité particulièrement basse sur les marchés obligataires.

Eric : Il faut donc se méfier du clivage actions/obligations et viser des fonds plus astucieux ?

RE : Oui avec une vraie stratégie.

Raphael : Acceptons que 2016 et 2017 étaient exceptionnelles et qu’après l’exceptionnel, le temps est venu d’avoir des années NORMALES.

RE : Je ne dirais pas année normale, je dirais simplement que le scénario que nous avions en janvier a été drastiquement revu à la baisse, nous avons été trop optimistes en début d’année.

 

 

 

 

Roxane Nojac

Rédactrice en chef - Le Courrier Financier

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