Une croissance mondiale forte mais fragile

Asset Management - En atteignant 3,8 %, la croissance mondiale en 2017 a été la plus rapide depuis 2011.

Ce rebond a été porté par l’investissement. Les conditions financières demeurent favorables, en dépit de la volatilité récente sur les marchés boursiers et des hausses des rendements obligataires après des signes d’un affermissement de l’inflation dans les pays avancés.

Selon le dernier rapport du FMI, le PIB mondial devrait, de ce fait, s’accroître de 3,9 % tant en 2018 qu’en 2019, soit une révision à la hausse de 0,2 point par rapport aux précédentes prévisions. Les pays avancés connaîtront une croissance supérieure au potentiel cette année et l’année prochaine. Les pays de la zone euro devraient réduire leurs capacités excédentaires grâce à une politique monétaire accommodante et les États-Unis, en raison d’une politique budgétaire expansionniste, pourraient être en situation de surchauffe.

Dans les pays émergents d’Asie et d’Europe de l’Est, la reprise de l’activité devrait être forte quand pour les pays exportateurs de produits de base, elle serait plus modeste après trois années de faiblesse. Le FMI considère que la reprise de l’investissement au sein des pays avancés et de réels progrès en matière d’emploi permettent le maintien d’une croissance plus forte que prévue.

Au-delà de 2019, la croissance mondiale devrait ralentir. La plupart des pays avancés devraient retrouver une croissance potentielle bien en deçà des moyennes d’avant la crise. Ce tassement serait la conséquence du vieillissement de la population et de l’atonie de la productivité. La croissance américaine ralentira au-dessous de son potentiel avec l’affaiblissement à compter de 2020 des effets de la réforme fiscale. La déductibilité des investissements sera, par ailleurs, éliminée à partir de 2023.

La croissance devrait rester médiocre dans plusieurs pays émergents et pays en développement, y compris dans quelques pays exportateurs de produits de base qui continuent de faire face à des besoins considérables d’assainissement des finances publiques. En Chine, la transition de l’économie avec une tertiarisation de l’activité devrait entraîner une réduction progressive de la croissance d’autant plus que la politique budgétaire et monétaire devrait être moins expansive dans les prochaines années.

Le FMI indique dans son rapport que plusieurs menaces planent sur la croissance de l’économie mondiale. Il mentionne le durcissement des conditions financières, un affaiblissement de l’appui des populations à l’intégration économique mondiale, une aggravation des tensions commerciales et l’adoption de politiques de repli sur soi, ainsi que les tensions géopolitiques.

L’augmentation des taux aux États-Unis risque d’avoir de réelles conséquences sur les autres pays, notamment par le biais d’une réduction des flux de capitaux vers les pays émergents. Les besoins de financement américains devraient augmenter en raison de la politique budgétaire expansive et du déficit important de la balance des paiements courants.

Le FMI s’inquiète de la montée du populisme et de l’aversion de la population vis-à-vis de la mondialisation et du progrès technique. Cette anxiété croissante de l’opinion publique peut favoriser la montée du protectionnisme et le repli sur soi, ce qui ne peut que conduire à un affaiblissement de la croissance. La polarisation des revenus et des emplois, c’est-à-dire l’augmentation des hauts revenus associée à l’augmentation du nombre d’emplois à faibles salaires et progression du nombre d’emplois sous qualifiés combines avec le rétrécissement des emplois de classes moyennes, ne peut qu’accentuer les tensions politiques et sociales.

L’organisation internationale souligne que les risques liés aux atteintes à la cybersécurité et ceux en relation avec le réchauffement climatique pourraient peser sur la croissance de l’économie mondiale. Le FMI invite les États à veiller à ce que la croissance soit plus inclusive. Il demande également de restaurer les marges de manœuvre budgétaires et monétaires pour faire face, le cas échéant, à la prochaine récession. Il invite à améliorer la coopération économique entre les États et à renforcer la stabilité financière mondiale.

Le renforcement du potentiel de croissance est jugé indispensable et suppose la mise en œuvre de réformes structurelles visant à accroître la productivité. Le FMI met l’accent sur la diffusion des nouvelles technologies et sur la formation. Le Fonds Monétaire International met en garde les États-Unis sur les dangers d’une politique économique pro-cyclique qui peut aboutir à accentuer les déséquilibres dont souffrent le pays (déficit public, dette, déficit commercial, montée des inégalités).

En s’adressant à tous les États, il recommande une meilleure maîtrise de l’endettement et une réorientation des dépenses publiques en faveur de l’investissement. Les pays émergents devraient, de leur côté, continuer de surveiller leur exposition aux dettes en monnaies étrangères. La Chine est invitée à freiner le crédit pour éviter la multiplication de créances douteuses en période d’atterrissage de la croissance.

Le FMI s’oppose à la banalisation de la dette. L’organisation internationale rappelle que la précédente crise est venue d’un excès d’endettement. La Chine est actuellement le pays qui connaît la progression la plus rapide de l’endettement. Les autorités tenteraient de différer de manière artificielle la baisse tendancielle de la croissance.

De nombreux investissements réalisés ces dernières années ne sont pas rentables. De nombreux centres commerciaux, implantés dans les grandes agglomérations, sont déserts. En raison du caractère très régulé de l’économie chinoise, un risque d’éclatement de la bulle immobilière à la manière des États-Unis ou de l’Espagne n’est pas pour le moment imaginable mais pour certains experts, cela n’est pas sans danger à moyen terme.

En effet, la correction pourrait être alors plus violente. Au regard de l’évolution de la dette dans plusieurs pays, les économistes du FMI estiment que la France a commencé à résoudre le problème, en prévoyant une décrue d’ici quelques années. Malgré tout, les économistes du FMI demeurent optimistes en soulignant que la croissance se rapprochera des 4 % tant en 2018 et 2019. Néanmoins, le rapport d’avril souligne que les menaces se font plus précises.

Le danger du protectionnisme est pointé du doigt. L’organisation internationale se révèle très critique vis-à-vis des États-Unis. Elle condamne de manière toute diplomatique la politique économique de Donald Trump. Elle invite, par ailleurs, la Banque centrale américaine, à gérer la remontée des taux avec prudence afin de ne pas déstabiliser l’ensemble de l’économie mondiale.

Philippe Crevel

Directeur du Cercle de l'Épargne

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