Bourse : les « bazookas » monétaires et budgétaires sont de sortie

Asset Management - Face à la crise économique déclenchée par le coronavirus, les marchés financiers connaissent une forte volatilité. Les Banques centrales et les Etats se mobilisent afin d'éviter le krach. Les mesures de soutien aux entreprises suffiront-elles à calmer la panique boursière ? Quel scénario économique s'annonce pour les semaines à venir ? Cette analyse résulte des convictions de l’équipe de gestion de La Financière de l’Echiquier.

Les marchés d’actifs risqués sont restés sous pression la semaine dernière, avec une volatilité toujours très élevée. Plus résistants jusque-là, les marchés américains ont rattrapé à la baisse leurs homologues européens en connaissant leur pire semaine depuis 2008. Dans le même temps, les obligations d’entreprises souffrent du manque de liquidité.

Comment la situation évolue-t-elle ?

Des mesures de confinement sont en place dans de nombreux pays. Il faudra attendre encore au moins une à deux semaines pour en voir les premiers résultats tangibles sur la progression de la pandémie. Pendant ce temps, Etats et banques centrales s’activent pour tenter de soutenir une économie mondiale qui va souffrir très fortement de cet arrêt brusque et massif de l’activité.

La BCE a ainsi annoncé un gigantesque programme d’achats d’obligations, pour plus de 1 000 milliards d’euros sur 2020. Fait nouveau, la dette grecque sera cette fois incluse dans le programme de rachats. Ce lundi 23 mars, c’est la Fed qui pour sa part annonce un quantitative easing illimité sur les obligations d’entreprises.

Dettes d’Etat et soutien aux entreprises

Du côté des Etats, les promesses de soutien aux entreprises menacées de faillite se multiplient. Des nationalisations sont même évoquées, notamment pour les compagnies aériennes. Bruxelles enterre la doctrine européenne sur la rigueur budgétaire, les Etats-Unis préparent un plan de soutien à hauteur d’au moins 2 000 milliards de dollars, des distributions directes de chèques aux ménages sont évoquées… Bref, les « bazookas » monétaires et budgétaires sont de sortie. Si ces mesures vont drastiquement creuser la dette des Etats, celle-ci sera achetée par les banques centrales.

Le service de la dette ne sera que peu douloureux grâce au faible niveau des taux. Néanmoins, des incertitudes demeurent, en particulier concernant les Etats-Unis. Si certains Etats sont en confinement — Californie, Etat de New-York — beaucoup ne l’appliquent pas, ce qui laisse craindre un emballement de l’épidémie, d’autant plus inquiétant que le système de santé américain paraît difficilement capable de faire face.

Par ailleurs, les tentatives de chiffrage de l’impact de la crise actuelle sur la croissance du PIB du deuxième trimestre donnent des résultats inédits : – 12 % comme estimé par JP Morgan ou – 24 % selon Goldman Sachs (en rythme annualisé). Il est certain dans tous les cas que le PIB américain connaîtra un coup de frein très violent dans les mois qui viennent. Dans ce contexte, difficile de trouver beaucoup d’arguments qui permettraient de justifier un retour de l’appétit pour le risque à court terme.

Quel scénario pour la suite ?

Du côté des banques centrales comme des Etats, tous les leviers sont activés pour arracher l’économie à la dépression qui vient. Nous ne l’éviterons probablement pas pour autant, mais ses dommages seront moindres. Même si la coordination entre Etats est parfois imparfaite, nous constatons qu’elle finit par apparaître. Les mécanismes mis en place en 2008 ont été poussés bien plus loin qu’auparavant. Il faut s’en féliciter au nom de la préservation du système économique. Mais nous basculons dans un monde où la dette d’Etat sera encore bien plus élevée.

A court terme, nous demeurons convaincus qu’il sera difficile d’envisager un quelconque rebond durable des marchés sans amélioration sur le front de la pandémie. Ceci pourrait prendre encore plusieurs semaines, avec des situations variables d’un pays à l’autre. Par ailleurs, la dépression qui se profile provoquera nécessairement des effets de second tour qui contribueront à maintenir une volatilité importante sur les marchés.

Comment nous y adaptons-nous ?

Dans ce contexte, nous réitérons donc notre positionnement prudent, qui se traduit par des expositions actions faibles sur les fonds d’allocation et multi-actifs et par des niveaux de liquidités plus importants dans bon nombre de nos stratégies actions. 

Rédaction achevée le 23/03/2020

Olivier de Berranger

Directeur de la gestion d'actifs et Directeur Général Délégué chez LFDE

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