Marchés financiers : le retour des morts-vivants

Asset Management - Introductions en bourse ratées, mauvais résultats financiers, taux d'intérêt réels négatifs... Les investisseurs value sont à la peine sur les marchés financiers cet automne. Pourquoi les marchés plébiscitent-ils les véhicules d'investissement les plus chers ? Quel est le rôle des banques centrales ? La tendance va-t-elle durer ? Igor de Maack, Gérant et porte parole de la Gestion chez DNCA Finance, partage son analyse.

Les premiers jours de novembre sont généralement consacrés à la célébration des défunts dans le monde occidental. Les marchés financiers ont, quant à eux, une fâcheuse tendance à réveiller les morts… vivants à cette période de l’année. L’échec patent de l’introduction en bourse de WeWork — et la polémique du départ de son dirigeant — ou le scandale Bio On en Italie rappellent à l’investisseur que certains modèles économiques ne sont ni viables ni dignes de confiance. Certaines entreprises — Wirecard, Eurofins, Solution 30 — sont désormais cataloguées comme « zombies » par des fonds activistes de plus en plus puissants.

Ces croque-morts financiers sont probablement utiles, pour peu que leurs informations soient fiables et vérifiables et sans stratégie déguisée de vente à découvert massive. Dans cette ambiance de chambre mortuaire, l’investisseur « value » doit se délecter de secteurs considérés comme des cadavres exquis : télécoms, médias et retail. Pénitent, il gravit le mont Golgotha à chaque publication décevante — TF1, Orange — en espérant une résurrection aussi incertaine que prochaine. Quelques publications de bonne facture — BNP Paribas, Sanofi, etc. — fleurissent toutefois cet environnement funeste et macabre.

Performance des actifs les plus onéreux

L’investisseur « growth », lui, prospère sur des publications trimestrielles divines : LVMH, L’Oréal, Airbus, etc. Si la gestion value doit souvent se rendre au cimetière depuis quelques années pour y déposer des chrysanthèmes, la gestion « growth », elle, continue de se réjouir en allumant des bougies à l’instar de la tradition hindoue qui fut célébrée la semaine dernière, lors de la fête des lumières (Diwali). L’année 2019 continue de plébisciter donc les véhicules d’investissement les plus chers et qui sont favorisés par une politique monétaire morbide : obligations, actions de secteurs en super croissance, etc.

Les taux d’intérêt réels négatifs s’avèrent aujourd’hui inutilement accommodants et structurellement déséquilibrants. La nouvelle Présidente de la BCE, Christine Lagarde, semble concentrer son discours sur l’arme budgétaire plus que sur l’arme monétaire, bien qu’elle répète l’utilité de cette dernière. Peut-être par pur respect de façade pour son prédécesseur, auréolé de son succès pour avoir réanimé la zone euro tombée ou plongée dans un coma plus qu’artificiel. Cette permanence de la performance des actifs les plus onéreux est particulièrement rageante, car un début de rotation sectorielle avait été entraperçu ces dernières semaines.

En cette période d’Halloween, il faudra tout de même se méfier que les carrosses rutilants, qui scintillent de mille feux de Bengale, ne se transforment en citrouilles dans les portefeuilles.

Igor de Maack

Gérant et porte-parole de la gestion

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