L’Inde, le géant de demain ?

Asset Management - L’Inde rêve d’être la grande puissance de la deuxième partie du siècle. Elle entend accroître son influence économique et géostratégique. À cette fin, elle peut compter sur plusieurs grandes entreprises et sur une force militaire en pleine croissance.

Avec 1,3 milliard d’habitants, l’Inde est le deuxième pays le plus peuplé au monde après la Chine. Elle pourrait occuper la première place d’ici 2050.

Selon le FMI, le PIB indien s’élevait en 2017 à 2 439 milliards de dollars, ce qui la place au 7e rang des puissances économiques mondiales, entre la Grande Bretagne et le Brésil. En prenant le PIB à parité de pouvoir d’achat, l’Inde arrive en 3e position après les États-Unis et la Chine.

Elle pourrait, selon une étude du cabinet PwC, dépasser les États-Unis d’ici 2040. Le PIB par habitant est à 1 850 en dollars courants et à 7 170 dollars en parité de pouvoir d’achat. Le pays se classe à la 144ème position, sur un échantillon de 189 pays.

Le secteur tertiaire représente près de 54 % du PIB indien contre 40 % en Chine. Il est responsable en grande partie de la croissance économique. L’informatique et les services aux entreprises constituent des axes de développement pour le pays. Le secteur industriel est néanmoins à l’origine de près de 29 % du PIB mais sa croissance qui était de 6 % en 2017 tend à ralentir. Le secteur primaire (mines, agriculture) assure 17 % du PIB et diminue d’année en année. Grâce aux progrès agricoles enregistrés ces dernières années, l’Inde est autosuffisante.

Le Premier ministre Narendra Modi, élu en 2014, a engagé une série de réformes destinées à améliorer le climat des affaires : simplification des procédures d’approbation, libéralisation des octrois de licence, relèvement des plafonds d’investissement étrangers dans de nombreux secteurs, adoption d’un code des faillites, mise en œuvre d’une taxe unifiée sur les biens et services (GST) sur l’ensemble du territoire, intensification de la campagne d’inclusion financière.

Afin de lutter contre la fraude et la corruption, le Gouvernement a réalisé le retrait instantané de 86 % de la monnaie en circulation le 8 novembre 2016. Cette mesure a contribué à une baisse passagère de la consommation.

L’Inde qui avait une tradition protectionniste s’ouvre de plus en plus à l’extérieur. Elle est déjà la 9e puissance d’accueil des investissements d’origine étrangère avec 44,5 milliards de dollars en 2016. Malgré tout, de nombreux goulets d’étranglement physiques et réglementaires freinent l’accès au marché indien.

Le dernier rapport « Doing Business » de la Banque mondiale classe l’Inde au 100ème rang mondial sur un échantillon de 190 économies. Si le classement est moyen, l’Inde a réalisé de nombreux progrès en gagnant 30 places depuis 2016. Le pays demeure en retard en matière de respect des contrats, du paiement des impôts (164ème rang) ou de l’octroi des permis de construction (181ème).

L’Inde est entravée dans son développement par plusieurs vulnérabilités. Les difficultés de l’éducation primaire ou secondaire (plus de 30 % de la population adulte reste encore analphabète), la faible employabilité des diplômés, la forte mortalité infantile sont des problèmes récurrents. Le travail informel représenterait, selon l’OIT, plus de 90 % de l’emploi total (et plus de 80 % de l’emploi non-agricole).

Si les régions les plus riches ont des niveaux de développement comparables à celles d’Asie du Sud-Est, les régions les plus pauvres ont des caractéristiques semblables à celles d’Afrique sub-saharienne. 1 % de la population la plus riche perçoit en Inde 22 % de la richesse nationale et les 10 % les plus aisés accaparent 56 %de la richesse contre 30 % en 1980.

Les inégalités tendent à s’accroître avec l’accélération de la croissance. Les classes moyennes ne connaissant qu’une lente amélioration de leur situation au regard de la croissance enregistrée. Les 40 % des Indiens se trouvant au cœur de la redistribution perçoivent 32 % des revenus. Les 50 % des Indiens les plus pauvres ne bénéficient que 17 % des revenus.

Les problèmes sociaux pourraient miner la stabilité du pays et générer des tensions politiques. Les inégalités sont également fortes entre les couches sociales, entre les hommes et les femmes et entre les zones urbaines et rurales.

L’Inde est confrontée au problème lancinant de la pauvreté (60 % de la population vivait encore avec moins de 5 dollars par jour). Les pouvoirs publics doivent gérer une urbanisation rapide.

La population urbaine, actuellement estimée à 410 millions d’habitants (avec 43 villes de plus d’un million d’habitants), devrait doubler à l’horizon 2050. Les besoins d’infrastructures sont importants et supposent un effort important de la part des pouvoirs publics.

Le Gouvernement peut compter sur la bonne tenue de la croissance qui est supérieure à celle de la Chine. Ainsi, à la fin de l’année dernière, la croissance a atteint +7,2 % en glissement annuel, soutenue par une forte hausse de l’investissement (+12 %).

Pour la première fois depuis l’exercice 2011/2012, le Gouvernement a annoncé qu’il ne parviendrait pas à réduire son déficit budgétaire pour l’exercice 2017/2018, lequel devrait se maintenir à 3,5 % du PIB.

Le FMI s’inquiète de la montée des risques financiers en Inde et en Chine. Les prêts non-performants progressent rapidement. Les actifs risqués (somme des crédits non performants et des crédits restructurés) représenteraient 12,2 % des prêts. Dans les banques publiques leur part atteindrait 16,2 % (4,7 % dans les banques privées).

Les risques restent concentrés dans l’industrie, où la part des actifs risqués s’élevait à 23,9 %, contre 6,9 % dans l’agriculture et 6,4 % dans les services. Les secteurs des métaux, de la construction et de l’industrie minière affichent les ratios d’actifs risqués les plus élevés. La banque centrale estime notamment que plus de 44 % des crédits octroyés aux entreprises métallurgiques sont risqués.

 

Philippe Crevel

Directeur du Cercle de l'Épargne

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