Guerres commerciales : ne paniquez pas, préparez vous

Asset Management - Les tensions commerciales vont perdurer. Même si elle ne dégénère pas en guerre commerciale totale, l’escalade des tensions pourrait peser sur la confiance des entreprises, et donc sur la croissance.

Les fondamentaux économiques restent solides et confortent notre opinion favorable à l’appétit pour le risque à court terme, mais nous préconisons l’accroissement de la résistance au sein des portefeuilles étant donné les incertitudes croissantes sur le plan macroéconomique.

Tensions économiques (BGRI) et performance relative des actions de qualité, 2016-2018

Les tensions économiques entre la Chine et les États-Unis se sont aggravées, comme le confirme notre indicateur propriétaire sur le risque géopolitique (BlackRock Geopolitical Risk Indicator). Le graphique montre que cela coïncide avec la surperformance des actions de qualité. Les investisseurs semblent tenir compte des risques, y compris les risques commerciaux. Ces derniers ne se cantonnent pas à la Chine.

Les perspectives d’un compromis sur l’Accord de libre-échange nord-américain (NATFA) se sont assombries. L’Union européenne (UE) et d’autres pays ont pris des sanctions en réponse aux taxes américaines sur les importations d’acier et d’aluminium, tandis que les États-Unis ont menacé d’imposer de nouvelles barrières douanières sur les importations automobiles en provenance d’Europe.

La rivalité technologique est capitale

Une persistance de ces mesures de rétorsion réciproques pourrait affecter l’économie de deux façons : premièrement en pesant sur la confiance, ce qui pourrait inciter les entreprises à reporter leurs dépenses et leurs investissements. Deuxièmement, les effets directs sur les barrières douanières, qui entraînent une augmentation des coûts et affectent la demande. L’ampleur et la diversité des chaînes d’approvisionnement mondiales vont amplifier ces effets.

Les tensions entre la Chine et les États-Unis sont vives, avec le déficit commercial américain en toile de fond. En définitive, une guerre commerciale totale n’est dans l’intérêt de personne. Un accord limité visant à réduire le déficit commercial des États-Unis avec la Chine semble réalisable. Pour autant, la rivalité technologique nous apparaît comme une question bien plus fondamentale, qui pourrait être à l’origine de tensions durables.

De futures restrictions

Il est peu probable que la Chine soit prête à faire des compromis sur le développement de son industrie manufacturière de haute technologie, qui est l’un de ses principaux objectifs stratégiques. Un événement clé à surveiller : le 30 juin, le gouvernement américain devrait annoncer des restrictions sur les investissements en provenance de Chine. Ces restrictions pourraient affecter la chaîne d’approvisionnement chinoise et la capacité de ses entreprises considérées comme des « champions nationaux » à importer des technologies cruciales – essentiellement des États-Unis.

À quoi faut-il désormais s’attendre ? Nous avons identifié trois axes de réflexion : Des discussions vont-elles avoir lieu entre des hauts responsables des deux pays ? Quelle pressions les législateurs du parti Républicain et les entreprises vont-ils exercer sur la Maison Blanche pour que celle-ci fasse marche arrière ? Dans quelle mesure les entreprises américaines présentes en Chine vont-elles subir les pressions des autorités locales ? Les réponses à ces questions pourraient donner des indications quant à savoir s’il faut s’attendre à une conciliation ou de nouvelles mesures de rétorsion. Dans un premier temps, il faut vraisemblablement s’attendre à des restrictions concernant l’investissement, sous une forme ou sous une autre.

Incertitudes macroéconomiques

À court terme, nous pensons que la croissance mondiale va continuer de bénéficier des solides fondamentaux, même si nous reconnaissons que les risques géopolitiques comme les tensions commerciales aggravent les incertitudes macroéconomiques. La résistance des portefeuilles sera désormais cruciale. Nous privilégions une exposition aux obligations de meilleure qualité, et donc au segment Investment Grade.

Nous favorisons également la dette émergente libellée en devise forte, et nous tenons à l’écart les actifs très endettés. Nous privilégions les actions d’entreprises affichant des bilans solides et de bonnes perspectives de croissance des résultats, essentiellement aux États-Unis. La diversification et une exposition à divers facteurs de style de gestion peuvent contribuer à protéger les portefeuilles contre les variations de régimes de marché.

Isabelle Mateos y Lago

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