La formidable opération du docteur Nakamoto

Asset Management - L’introuvable inventeur du bitcoin, Satochi Nakamoto, est un génie à deux points de vue.

Premier point de vue : il a réussi à rendre la Blockchain incontournable et à lancer une révolution dans le domaine social au sens le plus général du terme. L’innovation que constitue la blockchain aura des effets au moins aussi importants que l’introduction de l’informatique dans les années 70 et la naissance d’internet dans les années 90. Cela devrait faire du bon docteur Nakamoto un candidat solide pour un futur prix Nobel.

Deuxième point de vue : il a réussi à monter une des plus fantastiques chaines de Ponzi du monde. Dès le lancement du bitcoin, il s’en était attribué quelques centaines de milliers. Il n’avait plus qu’à attendre. Si ça ne marchait pas, tant pis ! Si cela marchait, il n’aurait plus qu’à compter, comme Panurge, les moutons, petits épargnants et spéculateurs, qui se précipiteraient derrière le mirage d’une fortune sans se fatiguer. Rêve millénaire de l’Homme de Neandertal quand les chasseurs-cueilleurs fantasmaient une nature généreuse.

Détenant environ 5,88% de la masse totale de cette crypto-monnaie, le cours montant sans cesse grâce aux milliers de moutons, il est devenu la 44ème plus grosse fortune du monde avec 19 milliards de dollars. Suivant le bon Docteur et sa  boone fortune, quelques chasseurs-cueilleurs malins comme les frères Winklevoss ont aussi accumulé un beau patrimoine.

Ces belles fortunes ne « valent » que si le marché du bitcoin est suffisamment liquide pour en absorber la vente, qu’il s’agisse de quelques centaines de milliers de bitcoin ou moins. A en lâcher trop vite sur le marché, un krach monumental s’ensuivrait.

Mais ça c’est pour les autres, les petits, qui minent sans se soucier du prix de l’électricité. Ils achètent des bitcoins avec leurs économies et quelques prêts personnels et ils s’endorment tous les soirs en se disant qu’à 50 000 euros le bout, leurs dix bitcoins vont « faire » 500 000. Plus encore, si on est patient: certains prévisionnistes n’annoncent-ils pas 500 000 ? Ils n’imaginent pas qu’ils sont à la merci d’une vente un peu « exubérante » de Satochi ou des frères Vinklevoss.

Satochi a lancé cette pyramide en faisant bien mieux que Ponzi ou Madoff. Il n’a pas promis des rendements fabuleux. Il a attiré les bitcoiners en leur annonçant qu’ils allaient se rendre plus libres et plus indépendants ; leur argent ne serait plus sous le contrôle d’intermédiaires sans scrupules, mais sous la protection de communautés bienveillantes, codeuses, mineuses et développeuses. Qui ne casserait pas sa tirelire au son d’une pareille musique ?

Finalement, ce n’est pas aux moutons de Panurge qu’il faut penser mais au joueur de flûte de Hamelin. Bientôt les bitcoiners disparaîtront dans la montagne de Keynes. On creusera avec acharnement pour les retrouver vivants. Cette recherche, impliquant hommes et matériels, provoquera un sursaut de l’économie, la vraie, celle où on fabrique de la valeur avec de l’imagination et du travail.

En vérité on ne les retrouvera jamais : on ne court pas impunément après le vent.

Pascal Ordonneau

Banquier, polémiste, économiste, humaniste, théoriste, et volontariste.

Voir tous les articles de Pascal