Etats-Unis : ralentissement de la croissance en vue

Asset Management - Aux Etats-Unis, les statistiques montrent un ralentissement de la croissance américaine au début du deuxième trimestre, mais sans conséquence pour le moment sur le marché du travail. Quel sera l'impact des tensions commerciales sur la confiance des entreprises et sur la Fed ? Matthieu Grouès, Associé-Gérant et Responsable des gestions institutionnelles chez Lazard Frères Gestion, partage son analyse.

Les statistiques du mois d’avril montrent un ralentissement de la croissance américaine au début du deuxième trimestre, après un chiffre très fort au premier trimestre (+3,2 %). La production manufacturière a continué de ralentir, se repliant de 0,5 % sur le mois. Les ventes au détail ont baissé de 0,2 % et les commandes de bien d’investissement hors défense et aviation ont reculé de 0,9 %.

Etats-Unis : ralentissement de la croissance en vue

Ces dernières avaient atteint un nouveau point haut le mois dernier, mais le chiffre de mars a été révisé en forte baisse. Au 24 mai, le modèle utilisé par la Fed d’Atlanta pour mesurer la croissance américaine l’estimait à +1,3 % en rythme annualisé au deuxième trimestre.

Des consommateurs inquiets de la guerre commerciale

Les enquêtes de confiance du mois de mai ont envoyé des signaux mitigés. Les enquêtes PMI de Markit — indicateur de confiance qui synthétise les résultats d’enquêtes menées auprès des directeurs d’achat des entreprises — se sont nettement dégradées. En estimation préliminaire, le PMI manufacturier s’est replié de 52,6 à 50,6 et le PMI des services de 53,0 à 50,9, ce qui fait que le PMI composite a baissé de 53,0 à 50,9.

Le communiqué indique que la guerre commerciale reste le premier sujet d’inquiétude. Il est possible que les nouvelles annonces de Donald Trump début mai aient pesé. La confiance des consommateurs est mieux orientée. L’indice Michigan a enregistré une forte progression pour atteindre un nouveau plus haut dans ce cycle, et celui du Conference Board continue de s’améliorer.

Ralentissement de la croissance et de l’inflation

Si la croissance montre des signes de ralentissement au début du deuxième trimestre, le marché du travail reste bien orienté, témoignant de la bonne santé de l’économie américaine. Les inscriptions hebdomadaires au chômage étaient remontées à partir de la mi-avril pour atteindre un pic à 230 000 à la fin du mois mais elles sont depuis reparties à la baisse pour s’établir à 211 000 sur la semaine de référence se terminant le 18 mai. Cela confirme que la hausse récente était davantage liée à la volatilité de la série autour de la semaine sainte qu’à une dégradation de la conjoncture.

Du côté des prix, les chiffres d’inflation du mois d’avril sont ressortis légèrement en dessous des attentes. Ils s’affichent à +2,0 % sur un an au global et +2,1 % hors énergie et alimentation contre respectivement +1,9 % et +2,0 % en mars. Les minutes de la réunion de la Fed — qui s’était déroulée début mai — ont confirmé que les membres du Comité de politique monétaire considéraient que le ralentissement de l’inflation au cours des derniers mois n’était probablement que temporaire.

Il semble ainsi peu probable que l’affaiblissement des derniers mois amène la Fed à baisser ses taux. Elle sera sans doute plus sensible à l’évolution des risques entourant la croissance, qui dépendent en bonne partie de l’évolution des tensions commerciales.

Matthieu Grouès

Responsable de la Stratégie et de l’Allocation d’actifs de Lazard Frères Gestion

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