Etats-Unis : pourquoi garder un œil sur le revenu national

Asset Management - Aux Etats-Unis, les chiffres relatifs aux bénéfices des sociétés — utilisés dans les statistiques sur le revenu national américain — donnent à penser que la qualité des bénéfices pourrait avoir baissé. Dans ces conditions, comment interpréter les indicateurs du marché actions ? Les investisseurs doivent-ils s'attendre malgré tout à une récession ? Christian Scherrmann, économiste chez DWS, partage son analyse.

Les investisseurs de Wall Street doivent-ils se fier aux bénéfices déclarés par les sociétés ? A ce stade du cycle économique, il peut être judicieux de se méfier. Du moins, c’est ce que l’histoire nous suggère et c’est ce que montre le graphique ci-dessous. Il compare les bénéfices publiés du S&P 500 aux bénéfices des sociétés figurant dans les statistiques américaines sur le revenu national (National Income and Product Accounts, NIPA).

C’est assez révélateur, surtout si nous examinons le ratio de ces deux indicateurs sur une longue période de temps. Les bénéfices du S&P 500 ont représenté environ un peu plus de la moitié des bénéfices du NIPA entre 2010 et 2016. En 2019, ils sont passés à environ 70 %.

Bénéfices des entreprises

Les bénéfices du NIPA reposent principalement sur les déclarations de revenus des sociétés, déposées auprès des autorités fiscales américaines. Par conséquent, la façon dont les chiffres du NIPA sont compilés ne change pas beaucoup d’un cycle économique à l’autre.

En revanche, les bénéfices individuels déclarés par les sociétés — tels que ceux utilisés pour calculer les bénéfices de l’indice S&P 500 dans son ensemble — sont fondés sur des normes de comptabilité financière qui donnent une certaine souplesse aux comptables des sociétés. Vers la fin d’un cycle économique, les sociétés du S&P 500 utilisent en général cette flexibilité pour brosser un tableau un peu plus flatteur de leurs bénéfices.

Quels risques de récession ?

Ce n’est souvent qu’au cours de la récession suivante que l’ampleur de la baisse de la qualité des bénéfices se manifeste pleinement. Si une entreprise doit de toute façon déclarer une perte, son équipe de direction — souvent nouvelle — est fortement incitée à annoncer toutes les mauvaises nouvelles en même temps. Presque tout finit dans la prochaine annonce de bénéfices. Cette approche de la comptabilité était clairement visible au lendemain de la grande crise financière.

Il est toutefois peu probable que cela se produise dans un avenir proche. Nous estimons que les risques de récession restent modérés. Malgré tout, il n’est jamais trop tôt pour commencer à s’inquiéter de la qualité des bénéfices. Comme nous le soutenons dans une publication récente — Perspectives économiques des États-Unis de novembre 2019 — les chiffres du NIPA méritent certainement que nous nous y attardions, notamment pour les prévisions macroéconomiques.

Christian Scherrmann - DWS

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