États-Unis : le printemps des taux

Asset Management - Le rendement des taux américains ne cesse de monter : le taux à 10 ans, par exemple, a franchi la semaine dernière le cap des 3,10%, qui n’avait plus été observé depuis 2011.

À quoi est-ce dû ? Il existe des raisons de long terme, et d’autres de court terme. Les facteurs de long terme sont connus : la bonne santé économique américaine permet à l’inflation de retrouver un niveau jugé satisfaisant autour de 2%, et durable car le chômage américain est au plus bas. En conséquence, la Fed resserre ses taux courts et déflate son bilan. Les taux montent : « tout va bien ».

La raison de court terme est l’augmentation du prix du pétrole, suite au retrait des États-Unis de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien. L’exploitation future du pétrole iranien étant désormais plus difficile, le prix du baril s’envole. Le Brent est ainsi passé cette semaine à 79 dollars, son point le plus haut depuis quatre ans. De ce côté, « ça va mal ».

À vrai dire, la tendance sur le pétrole vient de bien plus loin. Le prix du baril a atteint un plancher en janvier 2016, à 31 dollars, et n’a fait que monter depuis. Ce n’est pas un hasard si les taux américains ont suivi la même trajectoire. Ils ont atteint leur point bas à peu près au même moment, en juillet 2016 (taux 10 ans à 1,36%). Taux et pétrole ont suivi la même envolée. Les deux se tiennent car l’augmentation du prix du pétrole est en soi un facteur d’inflation, donc de montée des taux longs.

Si la tendance sur le pétrole perdurait, tirée notamment par la forte croissance mondiale, nous pourrions voir en 2018 un reflet de 2007 : le pétrole monte, donc l’inflation, donc les taux… Faut-il s’en inquiéter ?

C’est une nouvelle bienvenue : ce niveau de taux reflète la bonne santé économique américaine et normalise une situation de taux anormalement bas. Mais dans le même temps, cette tendance contient les ferments d’un futur ralentissement : elle rend les actions moins attractives par rapport aux taux américains et renchérit le coût de l’endettement, donc freine les investissements et fragilise les entités les plus endettés (États, entreprises, ménages…).

Cette tendance a comme conséquence récente la hausse du dollar, qui s’est fortement repris depuis le mois d’avril. Par là, elle renchérit encore le coût du pétrole pour les importateurs. Enfin, elle fragilise les pays émergentsnotamment, qui comptent pour une grande part de la croissance mondiale, car leur dette attire moins les investisseurs, et leur financement en dollar coûte plus cher. L’Argentine vient d’en faire les frais, qui a dû demander l’aide du FMI pour faire face à ses finances dégradées.

Toute évolution engendre les ferments de sa propre fin : il en va du marché comme du reste. Le niveau des taux américains s’inscrit dans cette logique. Il atteste que le cycle devient très mûr aux Etats-Unis. Heureusement, il ne l’est pas encore ailleurs, ni en Europe ni dans les pays émergents. Une large réserve de croissance semble encore disponible pour le cycle mondial. Les taux peuvent donc s’épanouir, ils ne gâcheront pas le printemps.