États-Unis : la menace protectionniste

Asset Management - Donald Trump a annoncé, le 24 mai dernier, l’application de droits de douane de 25 % sur les véhicules étrangers en vertu de la section 232 de la loi sur le commerce de 1962 autorisant la mise en place de protections commerciales au nom de la « sécurité nationale » des États-Unis. Ce même texte a été mis en œuvre pour l’instauration des taux de 25 et 10 % sur l’acier et l’aluminium en mars dernier.

Cette mesure est justifiée selon l’administration américaine par le fait que, durant ses vingt dernières années, les importations de véhicules particuliers sont passées de 32 % à 48 % du total des véhicules commercialisés aux États-Unis. 8,3 millions de véhicules ont été importés en 2017 pour une valeur totale de 192 milliards de dollars (environ 165 milliards d’euros), dont 2,4 millions en provenance du Mexique, 1,8 million du Canada, 1,7 million du Japon, 930 000 de Corée du Sud et 500 000 d’Allemagne.

Dans le même temps, les États-Unis ont exporté 2 millions de véhicules pour une valeur totale de 57 milliards de dollars (49 milliards d’euros). « Des mesures de restrictions de cette ampleur pourraient grandement perturber le marché, ce serait tout à fait déplorable », a estimé devant la presse le ministre japonais du Commerce et de l’Industrie, Hiroshige Seko. Les actions des constructeurs allemands et japonais ont baissé dans la foulée de l’annonce. À la Bourse de Tokyo, jeudi 24 mai, Toyota a perdu 3,05 %, Honda 3,39 % et Nissan 1,76 %. L’indice Nikkei a abandonné plus de 2 % sur l’ensemble de la semaine.

La Commission européenne a souligné qu’il était difficile de comprendre des taxes américaines sur les automobiles. La décision unilatérale des États-Unis d’augmenter les droits de douane sur les voiture serait, selon Jyrki Katainen, le vice-président de la Commission européenne, « contraire aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ». Il considère en outre qu’il serait « très difficile d’imaginer que (les importations d’automobiles) créent la moindre menace à la sécurité nationale » américaine.

Les États-Unis sont, derrière la Chine, le deuxième marché d’exportation des constructeurs allemands. Volkswagen, Daimler et BMW disposent tous d’usines d’assemblage sur le territoire américain. En mars dernier, Donald Trump avait déjà mis en garde les Européens. « Si l’Union européenne veut augmenter encore les énormes taxes et barrières douanières imposées aux compagnies américaines (les GAFA) qui y font du business, alors nous appliquerons une taxe sur leurs automobiles qui inondent librement les États-Unis » avait-il « tweeté ».

Les excédents commerciaux allemands et chinois sont de plus en plus pointés du doigt par Washington. Si, depuis plusieurs années, des organisations internationales, comme le FMI et l’OCDE, soulignent les dangers de ces déficits excessifs et appellent les États concernés à prendre des mesures afin de relancer leur marché intérieur, les États-Unis ont décidé d’opter pour une autre méthode moins coopérative et amicale.

 

Philippe Crevel

Directeur du Cercle de l'Épargne

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