Etats-Unis : Joe Biden continue sa croisade pour la croissance

Asset Management - Cette semaine, le plan d’infrastructure du président Biden ne s’est pas traduit par un impact massif sur le marché... Même si les taux longs se sont quelque peu tendus. A plus court terme, le marché restera focalisé sur l’évolution de la reprise économique. Le point avec Sebastian Paris Horvitz, économiste et stratégiste chez LBPAM.

La rapide dégradation de la situation sanitaire en Europe pousse finalement les gouvernements à maintenir les contraintes à la mobilité voire à les accentuer. Ce mercredi 31 mars, Emmanuel Macron a annoncé que les restrictions qui touchaient 19 département allaient s’étendre à l’ensemble du territoire alors que les écoles et lycées allaient être fermés pendant trois semaines.

Etats-Unis : Joe Biden continue sa croisade pour la croissance

Europe, au rythme des vaccinations

Ces décisions auront évidemment un impact négatif sur la croissance mais dont l’ampleur est encore difficile à quantifier. Un impact trivial sera celui de l’arrêt des activités de commerce de détail hors secteurs considérés comme de première nécessité. En revanche, sur certaines activités, notamment dans l’industrie, l’impact devrait être assez limité. Quoi qu’il en soit, comme nous l’avons déjà signalé, c’est l’activité dans l’ensemble de l’Europe qui sera affecté en ce début de T2 2021.

De fait, d’autres gouvernements devraient prendre des mesures similaires. Nous attendons aujourd’hui la décision du gouvernement italien concernant la dégradation de la situation sanitaire, mais il ne fait peu de doute que cela ira dans le sens d’au moins maintenir les restrictions actuelles. Ainsi, ne pouvons-nous pas nous attendre à une dynamique d’ouverture des économies européennes avant au moins un mois.

La situation européenne contraste avec l’évolution aux Etats-Unis où la dynamique d’ouverture se poursuit, même si dans quelques Etats les contagions connaissent aussi une hausse importante. En même temps, la campagne de vaccinations a encore accéléré, ce qui devrait permettre au président Biden de réussir son nouvel objectif de vacciner 200 millions de personnes d’ici la fin des 100 premiers jours de sa présidence, soit d’ici fin avril.

Etats-Unis, l’élan du plan de relance

Le président Biden — comme attendu — a annoncé un plan important d’infrastructures de 2 200 milliards de dollars qui devraient s’étaler sur 8 ans. Il est important de retenir que tout en visant à renouveler les infrastructures du pays, l’objectif essentiel du plan est la création de emplois. De fait son titre est « the American jobs plan » (AJP). Pour ce faire, le projet d’investissement couvre un spectre très large de domaines et s’appui, sur ce qui est connu de tous, soit le manque d’investissements en infrastructure au cours de dernières décennies.

Ainsi, le président Biden a-t-il rappelé que les Etats-Unis se classaient seulement 13e sur le plan de ses infrastructures au niveau mondial.  Parmi les grands postes, nous trouvons près de 450 milliards de dollars qui seraient consacré à la rénovation des infrastructures routières. Aussi, un plan important sera lancé pour accroître l’accès des Américains à internet de plus 100 milliards de dollars.

Sans oublier un plan sur l’éducation, la formation et du social, avec notamment 100 milliards qui seraient consacrés à la formation ou plus de 200 milliards pour la construction de logements pour les moins fortunés. Plus de 180 milliards seraient consacré à la recherche développement, et plus de 170 milliards pour l’électrification du parc automobile avec l’installation de plus de 500 000 bornes de recharge. Par ailleurs, pour accélérer la transition énergétique les subventions à l’industrie d’énergie fossile vont être éliminées.

Conjuguer les aspects fiscal et social

Ce plan va être financé par des levées d’impôts, dont notamment l’impôt sur les sociétés qui devrait être porté à 28 %, à partir de 21 % aujourd’hui suite aux baisses d’impôt de l’administration Trump. En outre, l’impôt sur les bénéfices réalisés à l’étranger seraient taxés à 21 % contre un taux effectif aujourd’hui de 10,5 %. Ceci viserait à élargir la base d’imposition et surtout combattre les pratiques d’optimisation fiscale des multinationales américaines. 

Il reste maintenant à la Maison Blanche de clarifier tous les détails de ces propositions pour que ce plan soit discuté par le Congrès. Evidemment la bataille sera rude et il est assez probable que comme pour le dernier plan de soutien, ce seront les démocrates qui feront passer la loi. Il n’empêche que même au sein des démocrates il y aura de réticences ou de demandes supplémentaires. En particulier, des discussions ardues auront lieu sur la hausse des taux d’imposition. Il est probable qu’au final les hausses soient plus faibles qu’annoncées. L’adoption de ce plan aura difficilement lieu avant le milieu de l’été.

Enfin, il est difficile de s’attendre à un impact rapide sur l’activité, dont l’impact annuel sera relativement faible même si on peut compter sur 0,5 à 1 point de PIB par an de soutien supplémentaire à l’économie. Par ailleurs, ceci n’est qu’un des plans qu’envisage le président Biden pour relancer et moderniser l’économie en accentuent l’aspect social et réduction des inégalités. Prochainement un plan d’investissement essentiellement consacré au « capital humain » devrait être annoncé.

Quels impacts sur les marchés ?

Au total, ce plan ne change pas la donne sur les marchés à court terme.  L’attention des investisseurs restera portée sur la pandémie et sur la force de la reprise américaine et les éventuelles tensions sur les prix. Néanmoins, ce plan montre l’ambition de l’administration Biden et ceci poussera le marché à chercher les gagnants et perdants. En outre, les hausses d’impôts sur les sociétés à venir devra être intégrée dans les perspectives de bénéfices.

Sebastian Paris-Horvitz - La Banque Postale Asset Management

Economiste et stratégiste

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