Etats-Unis : Joe Biden appelle à l’unité

Asset Management - En l'absence d’embellie sur le plan sanitaire, les marchés suivent de près les plans de relance économiques. Tandis que les Etats-Unis inaugurent une nouvelle ère politique avec Joe Biden, les investisseurs se montrent optimistes. Combien de temps les marchés pourront-ils résister aux mauvaises nouvelles sur le front de la pandémie ? Le point avec Sebastian Paris Horvitz, Stratégiste chez La Banque Postale Asset Management (LBPAM).

La pandémie est très loin d’être sous contrôle. Même si dans certains pays, grâce aux mesures de confinement, un certain tassement des infections semble se profiler, les contagions restent très importantes, mettant à mal les services de santé.

Covid, la pandémie persistante…

En Allemagne, un des pays les plus affecté par cette nouvelle vague des infections — même sans avoir encore fait face à un variant du type de celui identifié aux Royaume Uni — les derniers chiffres montrent un certain tassement des contagions. Elles restent à des niveaux si élevés que les services de santé sont toujours sous tension et surtout ils ne permettent pas d’assouplir les confinements. Au contraire, des mesures plus restrictives pourraient voir le jour. Une telle tendance menace de nombreux pays.

Evidemment l’espoir est toujours dans la séquence qui voudrait que les mesures de confinement permettront d’infléchir la tendance des contagions et surtout que l’accélération de la distribution des vaccins va réussir à graduellement accroître l’immunité des populations. En ce sens, l’apparition des variants a créé une interrogation sur l’efficacité des vaccins qui sont en train d’être déployés contre ces nouvelles formes du virus. Une étude menée par les experts de Pfizer vient d’indiques que le vaccin actuel serait tout aussi efficace sur le variant britannique (le B.1.1.7.). 

Etats-Unis : Joe Biden appelle à l’unité

…et l’espoir de la vaccination

Néanmoins, le risque existerait que certaines mutations à venir pourraient moins réagir aux anticorps générés par les vaccins existants. Ces vaccins pourront certes être adapté, mais ceci nécessiterait de recommencer certaines vaccinations. En ce sens, la communauté scientifique regarde avec inquiétude les variants qui se sont développés au Brésil et surtout en Afrique du Sud et qui seraient peut-être moins répondants aux vaccins existants. Les prochaines semaines, nous en diront davantage.

En revanche, la bonne nouvelle pour les semaines à venir sera le déploiement du vaccin AstraZeneca en Europe après que l’agence Européenne l’ait approuvé le 29 janvier. Ceci devrait permettre de soulager graduellement les problèmes de pénurie de vaccins que le continent rencontre aujourd’hui et donc permettre d’accélérer les vaccinations.

USA, l’avènement de Joe Biden

Joe Biden a accompli son rêve d’être président des Etats-Unis.  Son inauguration a été, toutefois, l’une des plus étranges de l’histoire, avec l’absence voulue du président sortant et devant une foule minimale sous haute protection. Le discours du nouveau président fut essentiellement dominé par un appel à l’unité des américains et donc un appel à tourner la page de l’ère Donald Trump, même si le nom du président sortant ne fut jamais mentionné

Au total, pas de messages nouveaux en termes de politique économique. Pour l’instant, les marchés retiennent essentiellement la volonté du nouveau président de soutenir et relancer l’économie américaine, un message martelé ce mardi 19 janvier par Janet Yellen lors de son audition pour sa confirmation à la tête du Trésor américain.

Europe, tous les yeux sur la BCE

En Europe, ce jeudi 21 janvier c’est la réunion de la BCE qui retiendra l’attention. Le plus probable est que les autorités monétaires ne vont pas introduire de nouvelles mesures à ce stade. Elles devraient insister sur le besoin d’attendre de voir l’impact des mesures fortes prises lors de la dernière réunion du Conseil des gouverneurs. Ainsi, il n’y aura pas de nouvelle augmentation du montant ni extension de la durée du Programme d’achat d’urgence contre la pandémie (PEPP). Il en devrait être de même pour les opérations des refinancements des banques (TLTROIII). 

Toutefois, la BCE devrait souligner son inquiétude sur certaines évolutions qui ne vont pas dans le bon sens afin de remplir ses objectifs. En premier lieu, même si l’expansion du crédit se poursuit à un niveau rapide (autour de 5 % en glissement annuel), des signes de ralentissement apparaissent.La dernière enquête auprès de banques de la zone euro, montre que les conditions d’octroi des prêts aux entreprises se sont durcies. L’expansion du crédit bancaire, est une des clés pour assurer une reprise plus vive.

Etats-Unis : Joe Biden appelle à l’unité

Par ailleurs, les anticipations d’inflation ont du mal à rebondir. Ceci peut s’expliquer par la dégradation de la crise sanitaire qui perdure et qui a déjà été couteuse en croissance au T4 2020 et devrait encore l’être au T1 2021. Néanmoins, la dynamique actuelle sur les anticipations doit interpeller la BCE. Associée à la dynamique de l’inflation, se trouve l’appréciation de l’euro. Celle-ci est sûrement mal venue. 

Etats-Unis : Joe Biden appelle à l’unité
Etats-Unis : Joe Biden appelle à l’unité

Ces éléments qu’il faut retenir

Au total, nous pouvons nous attendre à ce que la BCE donne le signal de possibles mesures de support supplémentaires si une amélioration ne se manifestait pas plus rapidement. Des baisses de taux supplémentaires pourraient être envisagées, même si les marges de manœuvre sont limitées, ou un nouvel accroissement d’achats d’actifs obligataires pourrait être envisagée. Par ailleurs, Christine Lagarde pourrait insister sur le besoin d’un déploiement beaucoup plus rapide du plan de relance Européen qui traîne sérieusement dans sa mise en place.  

Les marchés semblent avoir reçu une piqure de rappel pour les nourrir d’optimisme grâce au nouveau plan de soutien présenté par le nouveau président américain. Par ailleurs, les premières publications dans la saison des résultats qui s’ouvre ont été bonnes, plutôt bien supérieures aux attentes.  Ainsi les marchés restent focalisés sur un avenir meilleur et se nourrissent des bonnes nouvelles que dégagent un certain nombre de secteurs en dépit de la détérioration de la conjointure.

Evidemment, un durcissement bien plus sévère des conditions de mobilité à cause de l’évolution de la pandémie viendrait entamer l’optimisme du marché, d’autant plus que comme nous l’avons souligné à maintes reprises les valorisations, notamment aux Etats-Unis, sont devenues très exigeantes. La persistance des taux longs très déprimés reste aussi un soutien très fort pour alimenter les flux vers les actifs risqués, dans la recherche effrénée de rendement.

Monde, croissance et prudence

Nous pensons, toutefois, qu’il est primordial dans ce contexte de rester très sélectifs dans le choix de valeurs pour accompagner l’embellie de la croissance mondiale que nous continuons à entrevoir pour la deuxième partie d’année, et aussi de ne pas négliger la nécessaire protection des portefeuilles avec des stratégies qui visent à éviter de s’exposer trop fortement aux obligations d’Etat, comme seules valeurs refuge.    

Sebastian Paris-Horvitz - La Banque Postale Asset Management

Economiste et stratégiste

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