Banques centrales : tous les regards restent rivés sur leurs décisions

Asset Management - Brexit, guerre commerciale... En 2019, le contexte macroéconomique reste marqué par les tensions géopolitiques. Cet été, les banques centrales ont donc annoncé des politiques monétaires accommodantes. Quelles perspectives se dessinent désormais pour les investisseurs ? Tomas Hildebrandt, Gérant de portefeuille Senior pour des clients institutionnels chez Elvi Fund Management, partage son analyse.

En juillet, l’attention et les perspectives des marchés se sont concentrées sur les décisions des banques centrales. Tout d’abord, les marchés attendaient la décision de la Réserve fédérale américaine sur les taux d’intérêt. D’après les discours et les comptes rendus du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale, les marchés s’attendaient à une réduction d’un demi-point de pourcentage du taux directeur et d’un point au total durant l’année.

Bien que la croissance économique américaine au deuxième trimestre ait été légèrement meilleure que prévu (+2,1 %), les marchés souhaitaient que la Fed fournisse une assurance de croissance continue. Mais elle a fini par abaisser le taux directeur de 0,25 point de pourcentage, avant d’annoncer que la réduction de son bilan prendrait fin en août. Dans son discours, le président Jerome Powell n’a pas promis de nouvelles mesures et a qualifié la réduction actuelle « d’ajustement de milieu de cycle ». Les marchés ont été déçus par cette position plus ferme de la Fed.

« La faiblesse persistante des taux d’intérêt constitue un problème pour les banques »
Source : Evli Fund Management Company Ltd

Zone euro et politique de la BCE

En revanche, la Banque centrale européenne (BCE) n’a pas modifié sa politique monétaire. Bien que, selon le président Mario Draghi, les perspectives « se détériorent de plus en plus, en particulier dans le secteur manufacturier », et bien qu’elles « se détériorent d’autant plus dans les pays où le secteur manufacturier est justement très important ». La BCE a déclaré qu’elle était en train d’examiner différentes options concernant les mesures à venir. Bien que cette hésitation n’ait pas déclenché de surprise, elle a laissé les marchés perplexes. Mario Draghi a déclaré que la BCE envisageait de baisser les taux directeurs, de relancer le programme de rachat et d’échelonner les intérêts sur les dépôts versés aux banques.

La faiblesse persistante des taux d’intérêt constitue un problème pour les banques et leurs actions sont en baisse. De plus, la croissance des prêts est restée faible malgré les précédents efforts de la BCE. Les facteurs externes ont eu plus d’impact sur la confiance du secteur manufacturier dans la zone euro que sur les conditions de financement. Enfin, l’Europe et l’Allemagne ressentent les effets du ralentissement du commerce extérieur. La confiance dans le secteur manufacturier est au plus bas. L’indice allemand Ifo sur le climat des affaires dans l’industrie manufacturière est tombé à 95,7 points en juillet. De plus, le rendement des obligations d’Etat allemandes à 10 ans est tombé à – 0,42 %, son plus bas historique.

La guerre commerciale continue

Les négociations commerciales américaines se poursuivent sur plusieurs fronts. Les négociations avec la Chine ont été relancées, avec de faibles attentes quant à leur issu. Les enjeux qui se posent entre les États-Unis et la Chine concernent la sécurité des données — y compris les processus de vérification et de surveillance — ainsi que la gestion de la propriété intellectuelle et les transferts forcés de technologie. Le Président Trump a imposé des droits de douane supplémentaires sur les produits chinois en août. Les États-Unis et le Japon sont également en négociations commerciales.

De plus, les tensions entre les Etats-Unis et l’Europe s’exacerbent. Le gouvernement américain est exaspéré par le projet de la France de taxer les services numériques et par les subventions attribuées à Airbus. En conséquence, le Président Trump a menacé de fixer des droits de douane sur les vins français. Jusqu’à présent, l’économie mondiale s’est comportée comme prévu. Il n’y a pas eu de surprises positives ou négatives qui auraient pu modifier les perspectives sur le long terme. L’économie mondiale est en fin de cycle, néanmoins l’endettement est modéré, l’inflation est négligeable et les niveaux de valorisation de la plupart des classes d’actifs se rapprochent de la moyenne à long terme. L’économie mondiale semble ainsi plutôt faire une pause que s’immobiliser.

BoJo devient le Premier ministre britannique

Le choix de Boris Johnson comme nouveau Premier Ministre britannique a affaibli la livre sterling. Boris Johnson a promis que la sortie de l’UE aurait lieu d’une manière ou d’une autre, d’ici le 31 octobre. L’euro s’est également affaibli par rapport au dollar, pour atteindre son plus bas niveau depuis 2017 à 1,10. De leurs côtés, les obligations d’État de la zone euro et les obligations corporate Investment Grade ont affiché un rendement supérieur à 1 % en juillet. Les obligations corporate High Yield et les obligations des marchés émergents ont généré quant à elles un rendement d’environ 0,5 %.

La saison des résultats n’a pas donné de surprises majeures. Tant aux États-Unis qu’en Europe, les bénéfices des entreprises ont à peine augmenté. Toutefois, le nombre d’avertissements sur résultats a augmenté, ce qui n’est pas surprenant. Les bons résultats des entreprises technologiques ont soutenu le marché boursier américain jusqu’à la décision de la Fed sur les taux d’intérêt, qui a été suivie d’une baisse. L’indice S&P 500 a terminé en hausse de 2,5 % en juillet. Les autres principaux marchés ont terminé à zéro et les actions finlandaises ont chuté de 2,0 %.

Tomas Hildebrandt - Evli Fund Management Company

Gérant Senior pour des clients institutionnels

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