Jean-François Faure – AuCOFFRE.com : volatilité des marchés, « votre or ne vaudra jamais zéro »

Asset Management - Quand la bourse plonge, le cours de l’or s’envole. Ce métal précieux garde la réputation d’un actif stable sur le long terme. Face à la crise du coronavirus, qu’est-ce qui fait de l’or une valeur refuge ? Jean-François Faure, président d’AuCOFFRE.com, répond au Courrier Financier.

En période de crise, l’or est un placement paré de toutes les vertus. « C’est une matière sécurisante », concède Jean-François Faure, président de AuCOFFRE.com. Lancée en 2009, sa plateforme propose un service en ligne d’achat et de vente d’or et d’argent physique. Le site revendique aujourd’hui 30 000 utilisateurs. « Nous conservons l’or et l’argent physique dans nos propres coffres, en dehors du système bancaire », précise Jean-François Faure. Le contexte de la crise sanitaire du coronavirus n’a que peu d’impact sur son activité — seules les livraisons à domicile sont suspendues. Jean-François Faure répond en exclusivité à nos questions :

Le Courrier Financier : Pourquoi l’or est-il traditionnellement qualifié de valeur refuge ?

AuCOFFRE.com : volatilité des marchés, « votre or ne vaudra jamais zéro »
Jean-François Faure

Jean-François Faure : Nous faisons tous le lien — inconscient ou non — entre l’or et l’idée de protection. Il y a 5 000 ans, avec une once d’or vous achetiez une vache. Aujourd’hui encore, vous pourriez réaliser la même opération à peu de chose près. Le métal précieux conserve une valeur stable sur le très long terme. Cette matière première rassure les investisseurs, nous le vérifions à chaque crise économique. Ce genre de placement parle à tout un chacun, même à un jeune de 18 ans qui n’aurait pas de connaissances particulières en matière d’épargne ou d’investissement.

Des particuliers aux Etats souverains, tout le monde achète de l’or. C’est notamment le cas des Russes et des Chinois, qui sont de gros acheteurs d’or sur les marchés internationaux. L’or a gardé un statut de quasi-monnaie à travers les époques. Les banques centrales s’en servent encore pour réaliser des arbitrages. Nous pourrions presque parler d’une « monnaie parallèle ». Ce n’est pas un hasard si la France possède 2 500 tonnes d’or dans ses réserves officielles de change. [NDLR d’après les chiffres officiels publiés le 7 février 2020 par le Trésor Public, la France possédait à cette date 112 062 millions d’euros de réserves d’or

C.F. : Face à la crise du coronavirus, pourquoi une telle volatilité ?

Nous observons le même comportement à chaque krach boursier. C’était déjà le cas pendant la crise des subprimes en 2008. Dès les premiers jours, le cours de l’or baisse. Cela vient du fait que les investisseurs vendent l’or qu’ils ont en portefeuille pour préserver leurs rendements. Le métal jaune venait de prendre +25 % en quelques mois, c’était assez logique de le vendre pour neutraliser la perte subie sur les valeurs boursières. L’or joue simplement son rôle d’outil de précaution et d’équilibre pour les gérants de portefeuille.

C’est une tendance temporaire. Quand la volatilité se prolonge sur les marchés, les investisseurs reviennent vers l’or. Ce mouvement de balancier devrait se produire quand l’indice français du CAC 40 aura perdu autour de 3 000 points, et le Dow Jones américain, environ 15 000 points. Dès que les investisseurs reprendront massivement leurs achats sur les valeurs boursières, de manière concomitante ils se positionneront de sur l’or. Chez AuCOFFRE.com, nous pensons que c’est le moment se positionner à l’achat sur l’or. D’ici quelques semaines, nous prévoyons que l’activité sera multipliée par quatre sur le marché du métal jaune.

C.F. : Pourquoi la cotation du Napoléon a-t-elle été suspendue le 19 mars ? Cela peut-il se reproduire ?

J.F.F. : Je suis content que vous posiez cette question. Cette fausse information a beaucoup circulé la semaine dernière, à cause d’un titre réducteur dans Les Echos. C’est impossible, puisqu’il n’y a plus de cotation du Napoléon depuis 2004 ! Cette déclaration concerne en fait le seul acteur CPoR Devises, qui a décidé de suspendre sa propre cotation pour ce type de monnaie. C’était sa manière de réagir à la pénurie de son offre, puisque les boutiques physiques sont fermées à cause du coronavirus. Il faut pas généraliser ce modèle à tout le marché des métaux précieux.

AuCOFFRE.com est une plateforme en ligne. Nous continuons d’enregistrer des ventes et des achats massifs, même pour le Napoléon. Nous n’avons pas de stocks mais des clients vendeurs, ce qui représente à cet instant 13 000 Napoléons mobilisables sur les dizaines de milliers que nous gardons. Pour peu que l’acheteur y mette le prix, il trouvera ce qu’il cherche. Le cours connaît une hausse de +10 % mais nous sommes encore loin de la crise de 2011-2012. A ce moment-là, les primes s’étaient littéralement envolées. Il faut sortir de la perspective hexagonale, le marché de l’or aujourd’hui est international.

Prenez le marché de l’or allemand, il est huit à dix fois plus important qu’en France. Les Français ont tendance à investir dans ce qu’ils connaissent, mais ils peuvent se rabattre sur d’autres produits. Le marché de l’or ne manque ni de jetons, ni de pièces à cours légal — américaines, britanniques ou suisses, par exemple. De toute façon, le Napoléon n’est pas un produit avantageux pour un investissement à court terme, à cause de sa fiscalité forfaitaire. Certes, vous ne payez pas de TVA  à l’achat mais vous êtes fiscalisé (11,5 %) dès le premier euro à la revente. 

C.F. : Comment optimiser son investissement dans l’or en termes de fiscalité ?

J.F.F. : En choisissant un autre support moins taxé, comme les jetons en or. Ils sont assimilés à des bijoux, la taxe forfaitaire applicable est donc moins élevée (6,5 %). Le vendeur bénéficie d’un abattement de la taxe en cas de revente inférieure à 5 000 euros. Vous avez investi dans des pièces en or — émises après 1800 — qui n’ont plus cours légal ? Vous disposez d’un mois après la revente pour choisir le régime de taxation des plus-values (36,2 %) sur biens meubles. En outre, vous bénéficiez d’un abattement de 5 % tous les ans après la deuxième année de détention. Mieux encore, vous êtes exonéré au bout de 22 ans.

En ce qui concerne les pièces en or à cours légal, elles bénéficient aussi d’une exemption de taxe si le montant de la vente est inférieur à 5 000 euros. Au-delà, c’est la taxation des plus-values (36,2 %) sur biens meubles qui s’applique. Cette fiscalité représente une solution avantageuse pour l’épargne en or à long terme. Le problème, c’est que la plupart des investisseurs ne se positionnent pas dans ce schéma-là. Ils n’ont pas la patience. L’or dans leur portefeuille reste un actif de précaution, qui leur permet d’équilibrer leurs pertes à moyen terme.

C.F. : Quelles conséquences durables la crise va-t-elle avoir sur l’or ?

J.F.F. : Comme toutes les composantes de la vie économique, le cours de l’or est influencé par la crise du coronavirus. La chute des indices boursiers provoque des réactions d’arbitrage. Les investisseurs vendent l’or liquide qu’ils gardaient en couverture. La tendance se poursuit tant que les marchés restent à la baisse, et aussi longtemps qu’il reste du métal jaune à vendre dans les portefeuilles. La volatilité que cela engendre actuellement sur le cours de l’or reste toutefois inférieure à celle qui se rencontre sur les marchés financiers.

L’or fait donc office d’actif « amortisseur ». Les fluctuation de son cours se rapprochent assez de celles d’une devise, à l’image de l’euro ou du dollar. Certains pays y trouvent d’ailleurs une monnaie alternative. La Turquie achète ainsi le pétrole iranien avec de l’or, ce qui lui permet d’échapper aux sanctions américaines. Le cours de l’or dépend aussi de son sous-jacent, l’industrie minière. La pérennité de cette activité repose sur un double seuil, à la fois technique (extraction du minerai) et de rentabilité (revente de la matière première). 

Les secteurs consommateurs d’or restent la bijouterie et l’industrie. Si un pays comme l’Inde — premier consommateur au monde de bijoux en or — confine sa population et suspend les mariages à cause du coronavirus, cela aura un impact non négligeable. Dans une moindre mesure, le problème serait identique si la production mondiale d’ordinateurs ou de smartphones devait s’arrêter. [NDLR les circuits imprimés notamment contiennent de petites quantités d’or] Quoi qu’il arrive dans l’après-crise, votre or ne « vaudra jamais zéro » tant qu’il pourra être revendu.

C.F. : Quel conseil donneriez-vous à un investisseur qui voudrait investir dans l’or ?

J.F.F. : Nous conseillons à nos clients la plus grande neutralité. L’or n’est pas un produit de rendement, il fonctionne comme une assurance. Sa revente doit garantir la stabilité de votre portefeuille. Achetez-en de la manière la plus froide possible, régulièrement et en petites quantités. Chez AuCOFFRE.com, nous offrons les frais de garde dans nos coffres à nos clients s’ils achètent de l’or au moins une fois par mois. Cette stratégie encourage l’accumulation rationnelle et évite à l’investisseur de sur-réagir. Agir de manière émotive, c’est toujours une politique perdante !

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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