Guillaume Dard – Montpensier Finance : « Mario Draghi n’interrompra pas sa politique de taux bas, sauf en cas d’événement externe majeur »

Asset Management - Taux en berne, inflation, élections américaines et françaises... nombreux sont les sujets qui préoccupent le monde de la gestion d'actifs en cette fin d'année. Guillaume Dard, président de Montpensier Finance, dévoile, en exclusivité, ses perspectives et anticipations à la rédaction du Courrier Financier.

En termes de performance, qu’anticipez-vous sur les actions Europe dans les mois à venir ?

Nos méthodes d’analyse s’appuient sur 4 piliers :

1) Le momentum économique : la croissance européenne est moyenne mais se stabilise à un niveau convenable.

2) La valorisation et la croissance des bénéfices : la valorisation est raisonnable et une hausse appréciable des résultats est attendue pour 2017.

3) La dynamique monétaire : Mario Draghi ne va pas laisser tomber la zone euro. Nous anticipons donc une prolongation du Quantitative Easing peut-être à un niveau légèrement inférieur au niveau actuel.

4) La dynamique des marchés : les investisseurs internationaux ne sont pas encore revenus sur l’Europe.

Comment attirer ces investisseurs en Europe ?

C’est naturellement complexe dans l’attente des échéances électorales de 2017. Les résultats des élections françaises et allemandes seront très attentivement scrutés et il est nécessaire que la situation politique en Italie et en Espagne se stabilise. Les investisseurs seront très vigilants aux scores des partis populistes.

Comment est répartie la collecte chez Montpensier Finance ?

Montpensier Finance a toujours été tournée vers les investisseurs Institutionnels et les Family Offices, la partie institutionnelle croît régulièrement. Nous abordons le marché de la clientèle privée via nos produits référencés dans les banques de gestion privée et compagnies d’assurance.

À grands traits, nos encours sont répartis de la façon suivante : 75% sont issus des institutionnels purs (assureurs, acteurs de la prévoyance, caisses de retraite et fondations), 15% des banques de gestion privée et CGP, et 10% des Family Offices.

L’ambition de Montpensier est de poursuivre son développement à l’international, avec la zone euro en première ligne, pour atteindre 15% des encours.

Dans la conjoncture actuelle, qu’anticipez-vous sur les bancaires et les taux ?

En ce moment, la banque est évidemment un métier difficile, en raison des taux d’intérêt bas et de la numérisation progressive du secteur. Le retour de l’inflation évoquée depuis la rentrée n’est pas encore constaté. La repentification des taux d’intérêt est cependant possible.

Le taux du Bund allemand à 10 ans pourrait revenir à 0,50%. Cela faciliterait le métier des banques et assureurs, mais ce n’est pas encore fait. Les banques sont néanmoins peu valorisées pour le moment, et le rapport risque / potentiel est intéressant si l’on croit à la repentification des taux.

Comment vont se comporter les taux et l’inflation aux Etats-Unis et en Europe ?

Ces deux questions sont primordiales, ce sont des “Game Changers”. Le sujet des taux d’intérêt doit être regardé de façon mondiale.

Aux Etats-Unis, ils sont déjà sur une tendance haussière. Le taux du Libor à 3 mois est à 0,85%, au-dessus des taux de la Fed, et pourrait monter à 1% à la fin de l’année 2016. Deux questions peuvent considérablement changer la donne : Donald Trump sera-t- il élu ? Et y aura-t- il une réelle augmentation des salaires américains ?

Dans le cas d’une victoire de Trump, il faudrait considérer un second degré de complexité : Aura-t- il l’appui d’une Chambre des Représentants et d’un Sénat Républicains ? Le « risque Trump » redouté par les marchés est celui d’une augmentation agressive des dépenses budgétaires entrainant une remontée des taux d’intérêt.

Si Hillary Clinton est élue, les marchés seront bien sûr moins inquiets mais les taux ne baisseront pas.

En Chine, l’inflation se stabilise après une longue période de baisse des prix à la production. La flambée des prix de l’immobilier résidentiel est préoccupante.

En Zone Euro, la baisse des prix à la consommation est stabilisée mais l’inflation ne redémarrera que par diffusion de la hausse du prix des importations (pétrole, produits chinois, produits américains…). Ceci étant, Mario Draghi n’interrompra pas sa politique de taux bas, sauf en cas d’événement externe majeur.

Par ailleurs, au Royaume Uni, le double déficit budgétaire et de balance commerciale est un danger fort, surtout en cas de Brexit dur. Les Britanniques changeront peut être d’avis.

Interview réalisée le 2 novembre 2016

Roxane Nojac

Rédactrice en chef - Le Courrier Financier

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