Christophe Scalabre – Phiadvisor : la gestion quantamentale, « une vision globale des marchés »

Asset Management - Qu'est-ce que l'approche quantamentale dans la gestion d'actifs ? Quels avantages offre-elle aux investisseurs sur les marchés financiers ? Christophe Scalabre, cofondateur de Phiadvisor, répond en exclusivité aux questions du Courrier Financier.

« Le Quantamental dédié à la performance ». C’est ainsi que la plateforme boursière Phiadvisor définit son activité. Créée en 2016 à Paris, cette fintech développe une technologie propriétaire destinée aux investisseurs. Précisons que le mot-valise « quantamental » implique l’association des approches quantitative et fondamentale dans la gestion d’actifs. Phiadvisor propose à ses utilisateurs « de filtrer (…) ses signaux d’achat ou de vente sur les titres selon leur style de gestion, identifier les rotations sectorielles et géographiques, qualifier les tendances des marchés ». Christophe Scalabre, cofondateur de Phiadvisor, répond au Courrier Financier.

Le Courrier Financier : L’approche quantamentale dans la gestion d’actifs, qu’est-ce que c’est ?

Christophe Scalabre – Phiadvisor : gestion quantamentale, « construire une vision globale des marchés »
Christophe Scalabre

Christophe Scalabre : L’approche quantamentale combine à la fois des données quantitatives basées sur l’évolution des prix des instruments financiers et des données fondamentales — historiques de données financières et consensus. C’est une approche qui permet de couvrir un très grand nombre de valeurs, à partir de nombreuses informations quotidiennes et historiques.

Les algorithmes développés à partir de toutes ces données permettent d’avoir une approche à la fois rigoureuse et exhaustive dans la détection des opportunités d’intervention, à l’achat comme à la vente. Tous les instruments financiers sont passés en revue chaque jour. La consolidation des informations permet de construire une vision globale des marchés, ainsi que de cartographier les comportements sectoriels et géographiques des instruments financiers.

C.F. : En cas de hausse des taux d’intérêt et de volatilité, quels sont les avantages de cette approche ?

C.S. : Lors de n’importe quelle évolution des conditions de marché, notre approche permet d’identifier rapidement les changements de tendances court terme et moyen terme — à la fois sur les secteurs et sur les titres.

Le fait de disposer d’une couverture large nous permet de proposer des titres à l’achat ou à la vente très tôt, ou au contraire d’identifier les titres qui n’ont pas encore profité de la hausse de leur secteur. Au moment où les taux d’intérêt viendront pénaliser les valeurs de croissance, notre approche permettra d’identifier le moment où cette correction basculera de court terme à moyen terme par exemple.

En ce qui concerne plus particulièrement la volatilité, notre algorithme « top down » nous permet d’alerter nos clients sur les périodes où il serait préférable de réduire l’allocation en titres trop volatils. Nous disposons également d’indicateurs propriétaires qui qualifient le comportement boursier des actions, et permettent de disposer d’un réservoir de titres afin de réduire la volatilité dans les portefeuilles.

C.F. : Chez Phiadvisor, quels algorithmes développez-vous pour surperformer les marchés ?

C.S. : Nous avons développé plusieurs algorithmes. Trois d’entre eux sont dédiés à une approche « bottom up », c’est-à-dire à la sélection directe de titres, sur trois horizons de temps différents. Le cœur du système est l’algorithme « signaux stratégiques », dont les trades durent en moyenne 8 mois pour une performance de 16,8 %.

L’algorithme « signaux tactiques » vient en complément pour identifier des tendances court terme et affiner le timing d’intervention. Les signaux « Megatrend » sont réservés aux valeurs de croissance, avec des trades de l’ordre de 30 mois (performance moyenne : 155 %).

Nous avons également développé un algorithme « top down », destiné à proposer la meilleure allocation actions / cash en fonction des différentes phases de marché, sur les marchés US et Europe. Cet algorithme, peu actif en période de hausse des marchés, s’est avéré très performant pour limiter les pertes lors de phases de corrections significatives.

C.F. : Comment votre couverture des marchés vous permet-elle d’identifier les opportunités ?

C.S. : L’analyse quantamentale nous permet de traiter chaque nuit plus de 2 300 actions et ETFs, avec une couverture mondiale. Nous avons ainsi pu intégrer de nombreuses capitalisations moyennes, en particulier aux USA et en Europe, afin d’être en mesure de générer de nombreuses idées d’investissements chaque jour.

Cette couverture très large nous permet par exemple d’identifier des « séries » de signaux dans un même secteur, qui traduisent à la fois des opportunités sur les sociétés mais aussi l’évolution de la perception du secteur par les investisseurs.

Le fait que nous disposions de nombreux titres couverts par secteur nous permet également de cartographier ceux-ci, et d’identifier les retournements sectoriels à court terme et à moyen terme. C’est une information précieuse pour faire évoluer l’allocation des portefeuilles.

C.F. : Prenons l’exemple du vieillissement démographique. Quelles sont les recommandations de Phiadvisor ?

C.S. : La plateforme Phiadvisor recommande globalement de rester en dehors de ce thème — investissable sous forme de fonds ou ETF — et de sélectionner plutôt quelques secteurs ou valeurs spécifiques. Globalement prudent, parce que le thème du vieillissement de la population comporte un biais croisières, agences de voyages, hôtellerie, résidences médicalisées dont les signaux sont majoritairement à la vente. 

Individuellement à l’achat, parce que des secteurs telles que les aides auditives, les implants dentaires, ou celui des lunettes profitent d’une hausse des volumes (réouverture des détaillants, reprise des consultations) et des prix (montée en gamme permise par la hausse de l’épargne). Cela profite à Essilor, Luxxottica, Sonova, Straumann ou Amplifon. La hausse constatée de l’épargne est positive en outre aux sociétés d’assurance vie, telles que Aegon ou NN Group.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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