Le dilemme de la Fed : vers une orientation plus accommodante ?

Actualités - Le 26 octobre dernier se tenait la dernière réunion « live » du comité de politique monétaire de la Réserve Fédérale américaine suivie d’une conférence de presse et de la diffusion des fameux « dots », ces points qui correspondent aux anticipations de chaque membre du comité sur l’évolution à venir des taux directeurs américains.

Tout, alors, était clair : une hausse des taux s’annonçait en décembre, comme prévu depuis plusieurs mois, et trois nouvelles hausses étaient programmées en 2019. Rien d’étonnant compte tenu de la solidité de l’économie américaine, portée par un marché de l’emploi très dynamique, un moral du consommateur au plus haut et un optimisme des petites entreprises à un sommet de plus de vingt ans. Jérôme Powell, le président de l’institution de Washington, avait beau jeu d’affirmer lors de sa conférence de presse sa confiance en l’avenir, à la fois sur la prolongation du cycle de croissance, sur la modération de l’inflation et sur l’équilibre global de l’économie Outre-Atlantique. Pas un mot alors sur la volatilité des marchés – pourtant en pleine accélération – ni sur les conséquences de sa politique de normalisation monétaire sur les marchés émergents, en plein marasme.

Depuis, le climat a changé. Notre indicateur MMS montre un léger décrochage du Momentum économique Outre-Atlantique – certes à partir de niveaux historiquement élevés – et la poursuite de la dégradation des conditions financières aux Etats-Unis. Les taux de crédit immobilier fixes à 30 ans y dépassent désormais 5%, ce qui pèse sur ce marché essentiel à l’économie, et le financement obligataire des entreprises notées « à haut rendement » s’est nettement tendu depuis plusieurs semaines. Tout ceci dans une économie dopée à l’emprunt, où l’endettement des entreprises est revenu à son niveau de 2009.

FED : une vision équilibrée de la croissance

De là à dire que l’économie américaine est en ralentissement et que l’instabilité financière menace, il n’y a qu’un pas… que n’a pas franchi Jerome Powell lors de son intervention le 14 novembre dernier à la Fed de Dallas. Il a insisté de nouveau sur la bonne tenue de l’économie, en particulier de son marché du travail – et sur sa vision « équilibrée » de la croissance.

Néanmoins, le discours a changé : le président de la Fed mentionne désormais les risques qui pèsent sur le marché immobilier et les menaces que pourrait faire peser sur le système financier, le niveau d’endettement record des entreprises. Il évoque même à présent la volatilité des marchés financiers – y compris étrangers ! – comme un élément à prendre en compte dans la politique monétaire américaine.

Autant dire que le dilemme est clair pour la Fed : poursuivre son chemin annoncé de hausses de taux, au risque d’accélérer la fin de cycle, et accessoirement d’accroître les débats politiques autour des limites à donner à son pouvoir, ou faire une pause après décembre, au risque de voir l’inflation repartir dans le sillage des salaires et de se voir accuser de complaisance envers le pouvoir en place à Washington 

Même si les analystes de Goldman Sachs prévoient toujours quatre hausses de taux en 2019, notre sentiment est que Jerome Powell, un pragmatique sans « doctrine » monétaire très établie, suivra plutôt le second chemin et se donnera, après la hausse programmée mi-décembre, le temps de la réflexion et de l’analyse. La déclaration jeudi 16 novembre, du Vice-Président de la Fed, Richard Clarida prévenant que la Fed « s’approche du taux neutre » nous conforte dans notre analyse. Ce serait une bonne nouvelle pour les marchés, y compris en Europe… et surtout dans les pays émergents.

En conclusion, une orientation plus accommodante de la Reserve Federal serait, selon nous, un facteur de soutien à des marchés aujourd’hui préoccupés par un contexte géopolitique tendu.

 

 

 

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