Wall Street : les entreprises chinoises ont levé 11 milliards de dollars en 2021

Actualités - Depuis le début de l'année 2021, les entreprises chinoises cotées en bourse aux Etats-Unis ont levé 11 milliards de dollars. Derrière ce record, plane le risque d'une exclusion de la cote si elles n'acceptent pas un audit de leurs comptes conformément à la loi américaine. Faut-il craindre cette épée de Damoclès ?

Wall Street : les entreprises chinoises ont levé 11 milliards de dollars en 2021

(Conception : Mathilde Hodouin – Réalisation : Amandine Victor)

Vers l’infini et au-delà ? Les entreprises chinoises ont levé 11 milliards de dollars à la Bourse de New York et au Nasdaq depuis le début de l’année. Cela représente une hausse de +440 % par rapport à la même période l’an dernier selon les données de Dealogic, souligne le Financial Times. Plus de 20 sociétés chinoises ont ainsi réalisé « des entrées en bourse, des ventes d’actions subséquentes et des émissions d’obligations convertibles » sur les marchés américains. Une situation surprenante, à l’heure où les tensions s’accroissent entre la Chine et les Etats-Unis. Avec à la clé, un risque réel d’exclusion de la bourse pour ces entreprises.

Epée de Damoclès

L’épée de Damoclès a pris la forme d’une loi, votée en décembre 2020 par le Congrès américain. Le « Holding Foreign Companies Accountable Act » impose aux entreprises de laisser un commissaire aux comptes américain expertiser leurs trois derniers exercices. Les contrevenants s’exposent à une radiation forcée de la bourse. « Ce n’est rien de plus qu’une répression politique injustifiée contre les sociétés chinoises cotées aux Etats-Unis », a protesté Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, en réaction au vote de la loi. Pékin s’oppose à toute intervention extérieure, en invoquant la sécurité nationale.

La loi impose aux émetteurs de titres étrangers de prouver qu’ils ne sont ni détenus ni contrôlés par un gouvernement étranger. Le 11 janvier dernier, le NYSE a ainsi retiré de la cote trois entreprises chinoises de télécommunications à cause de leurs liens avec l’armée. Mais il en faut plus pour convaincre les entreprises chinoises de cesser les levées de fonds aux Etats-Unis. L’Oncle Sam donne accès à « un marché plus profond et mieux couvert par les analystes actions » souligne le Financial Times, malgré les tentatives de Hong Kong et de la Chine continentale pour rapatrier leurs compatriotes partis à l’étranger en quête de valorisation.

Trois ans de sursis

Concrètement, il est plus rentable pour ces entreprises d’être cotées aux Etats-Unis. L’indice Nasdaq Golden Dragon — entreprises chinoises cotées aux Etats-Unis — se négocie « 41 fois le bénéfice net par action estimé pour 2021 contre à 14,2 fois à la Bourse de Shanghaï », analyse Les Echos. Comment accepter de faire une croix sur ce levier de croissance, à l’heure où la relance post Covid-19 profite à l’économie chinoise ? Le produit intérieur brut (PIB) de la Chine progresse de +18,3 % au premier trimestre 2021 sur un an glissant, d’après les statistiques officielles. Et ses entreprises ont encore du temps pour engranger des dollars.

En décembre dernier, la Public Company Accounting Oversight Board (PCAOB) recensait plus de 200 entreprises chinoises aujourd’hui cotées en bourse aux Etats-Unis, sans être passées au préalable sous les fourches caudines d’un audit. Leur capitalisation boursière combinée représente aujourd’hui 2,2 trillions de dollars. Faut-il s’inquiéter pour la sécurité de son portefeuille ? Pas tout à fait. La loi prévoit un délai de trois ans pour leur mise en conformité. De quoi donner une marge de manœuvre aux régulateurs pour trouver un accord. La rentabilité immédiate prend le pas sur les aléas géopolitiques… pour le moment.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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