Turquie : le pouvoir du président Erdogan vacille

Actualités - Les résultats des dernières élections municipales en Turquie sont un véritable camouflet pour l'AKP au pouvoir. La récession économique et la chute de la livre turque ont ébranlé le pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan. Dans le même temps, le pays est confronté à d'importantes tensions géopolitiques. L'homme fort de la Turquie va-t-il perdre sa couronne ?

Turquie : le pouvoir du Président Erdogan vacille

(Conception : Mathilde Hodouin – Création : Charlotte Thomas)

Une véritable gifle. Dimanche 31 mars aux élections municipales, l’AKP au pouvoir en Turquie depuis 2002 — Parti de la justice et du développement, islamo-conservateur — a perdu plusieurs de ses bastions historiques. L’opposition a notamment revendiqué sa victoire à Ankara et Istanbul. De son côté, l’entourage du président Recep Tayyip Erdogan a dénoncé des irrégularités et évoqué dès ce lundi 1er avril des thèses complotistes.

D’après l’agence Reuters, l’AKP a déposé des recours dans la totalité des arrondissements d’Istanbul et d’Ankara, la capitale. Ce mercredi 3 mars, le Haut Conseil électoral (YSK) turc a ordonné de recompter les bulletins de vote dans huit des 39 arrondissements d’Istanbul, où les résultats initiaux accordent une légère avance à l’opposition. La réaction de l’AKP et de ses alliés d’extrême droite pourrait repousser la proclamation officielle des résultats par le Haut conseil électoral au 13 avril prochain.

L’économie, un facteur d’instabilité

Pendant la campagne électorale, le Reis avait proclamé « Remporter Istanbul, c’est remporter la Turquie ». Si les résultats en faveur de l’opposition se confirment, c’est un sérieux avertissement pour les prochaines présidentielles de 2023. Jusqu’ici, le président Erdogan avait assis son pouvoir sur la prospérité économique. Cette assise s’effrite en raison de l’inflation galopante. En mars 2019, elle frôlait toujours les 20% d’après l’Institut turc de la statistique (TurkStat). Depuis 6 mois, l’instabilité de la livre turque renforce le phénomène. Le pays connaît sa première récession économique depuis 10 ans.

Le contexte reste délicat pour les devises émergentes. La livre turque a perdu presque 30 % de sa valeur face au dollar en 2018. Les tensions diplomatiques avec avec les Etats-Unis et la défiance des marchés financiers ont alimenté cette chute. Pour enrayer la dépréciation de sa monnaie, la banque centrale turque a réhaussé le coût de financement des banques à 25,5 %, rappelle Les Echos. Fin mars 2019, le président Erdogan avait dénoncé des manipulations bancaires venues de l’étranger, et menacé les spéculateurs de représailles.

Bras de fer entre la Turquie et l’OTAN

Cette semaine, les relations se sont à nouveau tendues entre la Turquie et les Etats-Unis. Le gouvernement turc a signé un accord avec la Russie pour acheter son système antimissiles S-400, pour une livraison cet été. Cette commande sème la discorde depuis des mois entre Ankara et Washington, alliés au sein de l’OTAN. Les Etats-Unis assurent que le système russe n’est pas compatible avec leurs avions de chasse F-35. Ce lundi 1er avril, le gouvernement Trump a suspendu les livraisons d’équipements à la Turquie.

Ankara a déjà investi près d’1 milliard de dollars dans le programme F-35, dans l’objectif d’acheter cent de ces avions de chasse. L’arrêt des livraisons par Washington pourrait être interprété comme une rupture de contrat. Pour le moment, le gouvernement Erdogan a refusé de se rétracter. La Turquie estime le matériel russe indispensable pour défendre ses frontières, et nie tout danger pour la sécurité des Etats-Unis. Face aux intérêts divergents de Donald Trump et Vladimir Poutine, la Turquie se retrouve coincée entre deux alliés stratégiques.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef (janvier 2019 - poste actuel)

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