Pétrole : Saudi Aramco s’apprête à entrer en bourse

Actualités - Cette semaine, les marchés financiers observent les préparatifs de l'entrée en bourse (IPO) de Saudi Aramco. La compagnie nationale saoudienne d'hydrocarbures pourrait être valorisée 1 500 milliards de dollars, d'après plusieurs sources. Quels sont les scénarios qui s'offrent aux investisseurs ? Quel agenda économique et politique Ryad poursuit-il ?

Pétrole : Saudi Aramco s'apprête à entrer en bourse

(Conception : Mathilde Hodouin – Création : Charlotte Thomas)

Bientôt la plus grosse IPO de l’histoire ? Saudi Aramco — compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbures — a donné ce dimanche 3 novembre le coup d’envoi de son introduction en bourse (en anglais Initial Public Offering, IPO). D’après l’agence Reuters, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman (MbS) avait donné son accord deux jours plus tôt, au terme d’une réunion du gouvernement saoudien. L’Arabie saoudite voulait notamment s’assurer du soutien de certains investisseurs. Le prix de cette IPO devrait être fixée d’ici le 17 novembre prochain, d’après la chaîne de télévision saoudienne Al Arabiya. L’opération se ferait en deux étapes, l’une pour les institutionnels et la seconde pour les particuliers.

1 500 milliards de dollars de valorisation

Les investisseurs pourront souscrire à l’offre à partir du 4 décembre prochain, en vue d’une première cotation sur le Tadawul — indice de la bourse d’Arabie Saoudite — situé à Riyad dès le 11 décembre 2019. Pour l’heure, Saudi Aramco n’a pas précisé le calendrier détaillé de l’opération ni la part du capital destinée à être mise sur le marché. Le prospectus de la cotation doit être publié ce samedi 9 novembre. D’après une déclaration devant la presse de Yasir al-Rumayyan, Président de la Saudi Aramco, il serait encore trop tôt pour avancer une estimation précise de la valorisation de l’entreprise. Cette prudence n’empêche pas les marchés financiers — et les spécialistes du secteur — de faire des projections qui donnent le tournis.

D’après certaines sources, l’Arabie saoudite espérerait lever entre 20 et 40 milliards de dollars — c’est-à-dire entre 18 et 36 milliards d’euros — en plaçant en bourse 1 % à 2 % du capital de la société. Ces chiffres ferait de cette opération la plus grosse IPO de l’histoire. Toujours d’après les projections des experts au sein même de l’entreprise, la valorisation de Saudi Aramco pourrait atteindre 1 500 milliards de dollars. A titre de comparaison, ce montant dépasse de 50 % celle des deux groupes actuellement les plus côtés sur la place, Microsoft et Apple, tous deux situés autour de 1 000 milliards de dollars. Cette hypothèse reste toutefois en deçà de l’objectif des 2 000 milliards de dollars annoncé par MbS en 2016.

Symbole de la puissance nationale

Le prince héritier est le véritable inspirateur de cette introduction en bourse. Cette opération s’inscrit dans un agenda plus large de réformes, qui doivent contribuer à réduire la dépendance de l’Arabie saoudite vis-à-vis de ses ressources pétrolières. Préoccupations climatiques, développement des technologies vertes… Le pays sent le vent tourner. Depuis quelques années, les gestionnaires de fonds en Europe et aux Etats-Unis se détournent des secteurs pétroliers et gaziers. Les stratégies d’investissement socialement responsable (ISR) en plein essor impliquent souvent des exclusions sectorielles : jeux d’argent, tabac, divertissement pour adultes, ventes d’armes… et bien entendu, énergies fossiles polluantes.

Pour MbS, il s’agit également d’une action politique pour réaffirmer la puissance nationale. Ce projet d’IPO intervient presque deux mois après la mémorable attaque de drones, qui avait détruit les sites de Khouraïs et d’Abkaïk le 14 septembre dernier. Dans cette crise pétrolière, l’Arabie saoudite n’avait eu aucune peine à maintenir l’approvisionnement complet de ses clients. Le royaume avait accusé l’Iran, son rival du nord, d’être à l’origine de l’attaque. De son côté, Téhéran avait nié toute implication. Ces événements n’ont en rien entamé la détermination de Ryad, qui méditait cette opération d’entrée en bourse depuis longtemps. L’IPO de Saudi Aramco permet au pays de réaffirmer sa puissance nationale.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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