Pétrole : la vague de froid au Texas gèle les puits, pas le prix du baril

Actualités - Cette semaine, le Texas fait face à une vague de froid inédite. Le gel a mis à l'arrêt la production de pétrole, faisant temporairement flamber le cours du baril. Quelles conséquences sur le secteur de l'énergie aux Etats-Unis ?

Pétrole : la vague de froid au Texas gèle les puits, pas le prix du baril

(Conception : Mathilde Hodouin – Réalisation : Amandine Victor)

Coup de froid aux Etats-Unis. Au sud du pays, le Texas grelotte sous la neige. Ce lundi 15 février, le mercure indiquait – 9° Celsius à Houston, la capitale du « Lone Star State ». La vague de froid perturbe tout le réseau électrique, rapporte l’agence France-Presse (AFP). Le gel rend inutilisables certaines infrastructures, comme les pipelines qui alimentent en gaz naturel plusieurs centrales électriques dans la région d’Austin. ERCOT — distributeur énergétique du Texas — a déclaré l’état d’urgence ce lundi et procède depuis à des coupes d’électricité. De quoi perturber les installations pétrolières, qui ont besoin d’eau et d’électricité pour fonctionner.

Flambée temporaire des cours

Le verglas recouvre les routes, même le port d’Houston est pris dans les glaces. Depuis le forage jusqu’à l’exportation, toute la chaîne de production est touchée. Résultat, les cours ont flambé cette semaine pendant trois séances d’affilé — pour les deux barils de référence. Ce jeudi 18 février, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en avril a finalement reculé de 0,64 % à Londres, à 63,93 dollars. Il a toutefois atteint 65,52 dollars en cours de séance : du jamais vu depuis janvier 2020 ! Le baril américain de WTI pour le mois de mars a perdu 1,01 %, à 60,52 dollars. Il a touché 62,26 dollars pendant la journée, une première en plus d’un an.

Ce même jeudi 18 février, l’Agence américaine d’Information sur l’Energie (EIA) indiquait les réserves commerciales de pétrole brut aux Etats-Unis avaient chuté la semaine dernière de 7,3 millions de barils (MB). Ce recul pour la quatrième semaine consécutive a dépassé les attentes des analystes, tablaient sur une baisse de 2,2 MB. « Si un baril de WTI au-dessus des 62 dollars (65 dollars pour le Brent) est possible, ces hausses supplémentaires risquent de ne pas durer avec l’augmentation de l’offre mondiale à partir d’avril quand les Saoudiens vont reverser l’équivalent d’un million de baril par jour », analyse Bart Melek de TD Securities.

Quotas et vague de froid

Pour rappel, l’Arabie saoudite s’impose des quotas dans le cadre d’un accord avec les pays membres de l’Opep +. Objectif, éviter de noyer le marché de l’or noir. Le secteur reste très marqué par l’impact de la pandémie de Covid. La vague de froid au Texas — premier producteur de brut et de gaz naturel aux Etats-Unis — sera par définition temporaire, tout comme son impact sur les marchés. Bart Melek estime ainsi que « le WTI et le Brent vont sans doute s’échanger 5 dollars en dessous de leurs pics récents » d’ici peu. Si l’impact international reste limité, les conséquences politiques pourraient se faire sentir sur le marché intérieur de l’énergie aux Etats-Unis.

Comme dans Dallas, le Texas reste la « patrie du dollar, du pétrole ». Mais c’est aussi un poids lourd de l’éolien et du solaire en 2021, rappelle La Tribune. Une évolution encore sujette à controverse. Ces derniers jours, des voix conservatrices se sont élevées contre ces énergies vertes. Dan Crenshaw, député du Texas (républicain), a mis en cause la fiabilité de l’éolien dans un long thread sur Twitter ce mardi 16 février. « Les énergies fossiles sont la seule chose qui nous ont sauvés », assène-t-il. « Nous sommes face à une crise de l’énergie, pas juste de l’électricité », lui a aussitôt rétorqué Daniel Cohan, professeur d’ingénierie civile et environnementale à l’université Rice de Houston. Dossier à suivre.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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