Ouïghours : la Chine durcit le ton face à l’UE

Actualités - Cette semaine, la Chine et l'Union européenne (UE) se livrent à un tir croisé diplomatique au sujet du respect des droits de l'Homme dans la région du Xinjiang. L'UE entend protester contre le sort fait aux Ouïghours, une minorité ethnique de confession musulmane. Quels ressorts économiques derrière ce dossier ? Quels impacts sur les marchés ?

Ouïghours : la Chine durcit le ton face à l'UE

(Conception : Mathilde Hodouin – Réalisation : Amandine Victor)

Le torchon brûle entre la Chine et l’Union européenne (UE). Ce lundi 22 mars, les Etats-Unis, le Canada, l’UE et le Royaume-Uni ont imposé des sanctions contre des responsables chinois pour atteinte aux droits de l’homme dans le Xinjiang (nord-ouest de la Chine). Ces sanctions — publiées dans le Journal officiel de l’UE — consistent principalement en des interdictions de visas et des gels d’avoirs. L’UE entend ainsi protester contre les « détentions arbitraires et traitements dégradants infligés aux Ouïghours et aux membres d’autres minorités ethniques musulmanes, ainsi que d’atteintes systématiques à leur liberté religieuse ».

Réaction chinoise virulente

Ces sanctions visent notamment Chen Mingguo, directeur du Bureau de la sécurité publique du Xinjiang ; l’ancien responsable de cette province, Zhu Hailun ; deux hauts responsables chinois, Wang Mingshan et Wang Junzheng ; ainsi que le Bureau de la sécurité publique du Corps de production et de construction du Xinjiang, précise l’agence Reuters. Cette démarche a déclenché des représailles diplomatiques de la part de Pékin. Dans un communiqué officiel, le ministère chinois des Affaires étrangères a sommé l’UE de « corriger son erreur » et surtout, de ne pas interférer dans les affaires internes chinoises.

C’est la première fois depuis 1989 que l’UE prend des sanctions contre l’empire du Milieu. L’Occident avait imposé à la Chine un embargo sur les ventes d’armes, suite à la répression du mouvement démocratique sur la place Tiananmen. Plus de quarante ans après, Pékin n’entend plus se faire dicter sa conduite. En représailles, les autorités chinoises ont annoncé des sanctions contre quatre entités et dix responsables européens, notamment des parlementaires, diplomates et cercles de réflexion. Eux et leurs familles sont désormais interdits de séjour en Chine continentale, à Macao et à Hong Kong — ainsi que de faire des affaires dans le pays.

Coton et industrie textile

L’eurodéputé français Raphaël Glucksmann figure parmi les dix personnes accusées de « graves atteintes à la souveraineté et aux intérêts chinois, et de répandre des mensonges et des fausses informations malveillantes ». La Chine dément formellement toute atteinte aux droits de l’homme au Xinjiang — les camps d’internement des Ouïghours dénoncés par l’UE permettraient de fournir une formation professionnelle aux populations locales et de lutter contre l’extrémisme. « Les allégations de travail forcé dans la région de l’extrême ouest sont sans fondement », a martelé Gao Feng, porte-parole du ministère, en conférence de presse.

La meilleure défense, c’est l’attaque. Ce mercredi 24 mars, la Chine a lancé une offensive sur les réseaux sociaux contre les marques internationales qui se détournent du coton produit dans le Xinjiang. L’Américain Nike, le Suédois H&M et l’Allemand Adidas ont déjà fait les frais d’un boycott des consommateurs chinois. Depuis l’appel de 180 ONG l’été dernier, l’industrie de la mode est prise entre deux feux. La Chine produit aujourd’hui un cinquième du coton mondial. 87 % de cette production vient du Xinjiang, où elle est récolté par des travailleurs ouïghours dans des fermes d’Etat — véritables camps de travaux forcés, selon l’Occident.

Dans l’œil du cyclone

Dans le viseur des internautes chinois, se trouve la Better Cotton Initiative (BCI). Ce groupe international, qui promeut la production durable de coton, avait déclaré en octobre dernier qu’elle suspendait son approbation du coton provenant du Xinjiang pour la saison 2020-2021. Des marques comme Nike et Adidas ont décidé de ne plus utiliser de coton du Xinjiang. Cette attitude leur a valu les foudres des internautes chinois et des appels à quitter le pays. A contrario, certaines marques locales comme Li Ning et Anta Sports ont bondi ce jeudi 25 mars sur la bourse de Hong Kong (respectivement + 6% et + 7 %) parce qu’elles utilisent le coton controversé.

Pour l’heure, l’accord entre l’UE et la Chine autour des investissements signé fin 2020 va-t-il être compromis ? Une période d’incertitude inconfortable sur fond de risques politiques vient de se réouvrir pour les investisseurs. C’est ainsi que le dragon se mord la queue.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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