OMS : Donald Trump suspend la contribution financière des Etats-Unis

Actualités - Cette semaine, Donald Trump annonce que les Etats-Unis suspendent leur contribution au budget de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Cette décision — justifiée par une accusation d'incompétence à l'égard de l'agence onusienne — cache d'autres visées économiques et politiques. Le point avec Le Courrier Financier.

OMS : Donald Trump suspend la contribution financière des Etats-Unis

(Conception : Mathilde Hodouin – Réalisation : Amandine Victor)

Donald Trump semble décidé à tirer sur l’ambulance. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a-t-elle « failli à ses devoirs essentiels » dans la lutte contre le coronavirus ? Cette accusation du président américain, lancée ce mardi 14 avril, a provoqué un concert de désapprobation, rapporte Reuters. Lors d’un point presse à la Maison blanche, Donald Trump a déclaré suspendre la contribution de son pays au financement de l’institution. Si cette décision était prévisible, elle n’en est pas moins préoccupante. Les Etats-Unis restent le plus gros contributeur au budget de l’OMS, avec plus de 400 millions de dollars versés en 2019, soit environ 15 % du total.

Politique de l’autruche

D’après Donald Trump, l’OMS aurait encouragé la « désinformation » chinoise au sujet du virus, ce qui aurait conduit à une épidémie plus importante. Le président américain affirme que l’organisation doit donc en « être tenue pour responsable ». La suspension doit durer pendant une période de 60 à 90 jours, le temps pour les Etats-Unis de mener une « étude approfondie » sur la gestion de la crise sanitaire par l’agence onusienne. En pleine campagne pour les présidentielles de novembre 2020, cette annonce permet opportunément à Donald Trump de détourner l’attention des électeurs de sa propre gestion de la crise — après avoir longtemps nié la gravité de la situation.

Dès la fin du mois de mars 2020, les Etats-Unis sont devenus l’épicentre de la pandémie. D’après un décompte de Reuters ce jeudi, le coronavirus a déjà provoqué plus de 33 000 morts et 665 000 contaminations dans le pays. Le nombre de morts aux Etats-Unis a doublé en l’espace d’à peine une semaine. Sans surprise, la décision de Donald Trump ne fait pas l’unanimité au Pays de l’Oncle Sam. « Le coronavirus ne peut pas être vaincu seulement ici, aux Etats-Unis, il doit être vaincu partout dans le monde », a réagi Nita Lowey, élue démocrate qui dirige la commission de la Chambre des représentants des Etats-Unis fixant les dépenses du gouvernement.

« It’s the economy, stupid. »

Dès ce mercredi 15 avril, les réactions se multiplient. A Genève en Suisse, l’OMS tente d’évaluer l’impact de la décision américaine. L’organisation « essaiera de combler les trous avec ses partenaires », déclare son directeur, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Directement mise en cause, la Chine exhorte les Etats-Unis à s’acquitter de leurs obligations envers l’OMS. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, déplore que cette suspension de financement affecte tous les pays du monde. De son côté, la France appelle de ses vœux un « retour rapide à la normale » afin que l’OMS « puisse effectuer de manière sereine le travail qui est le sien ».

De manière plus pragmatique, Donald Trump tente peut-être de décrédibiliser un acteur dont il ne partage pas les positions. Afin de relancer l’économie, le président américain prépare un plan de déconfinement des Etats-Unis. Son ambition se heurte aux dernières recommandations de l’OMS. Ce mercredi 15 avril, l’agence onusienne mettait les pays en garde contre le risque d’un assouplissement trop rapide des mesures de restrictions destinées à freiner le Covid-19. L’OMS recommande en effet « un minimum de 2 semaines entre chaque phase de transition » afin d’éviter la résurgence de l’épidémie. En somme, ne pas confondre vitesse et précipitation.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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