Hong Kong : le casse-tête chinois

Actualités - Cette semaine, Le Courrier Financier revient sur la situation à Hong Kong. Le territoire a connu une escalade de violences, sans que cela perturbe particulièrement les marchés financiers. Pékin maintiendra-t-il son slogan « un pays, deux systèmes » ? Quel avenir politique et financier pour le territoire de Hong Kong ?

Hong Kong : le casse-tête chinois

(Conception : Mathilde Hodouin – Création : Charlotte Thomas)

Les violences continuent d’émailler le territoire à Hong Kong. Depuis le 15 mars 2019, un mouvement massif de contestation dénonce l’influence exercée par la Chine continentale. A l’origine, les citoyens manifestaient contre un projet d’amendement de la loi sur l’extradition, porté par Carrie Lam, cheffe de l’exécutif hongkongais. Le 16 juin 2019, près de 2 millions de personnes sont dans la rue. Devant ce qui constitue la plus grosse manifestation de toute l’histoire de l’ancienne colonie britannique —  rétrocédée à la Chine en 1997 —  Carrie Lam présente des excuses publiques. Le 8 juillet dernier, elle déclare « le projet de loi est mort ». Le retrait définitif est acté le 23 octobre 2019.

Escalade de la violence

Les manifestants refusent actuellement de céder le terrain. Ils réclament le respect de principes démocratiques et une enquête sur les violences policières. C’est un test grandeur nature pour Pékin et son slogan « un pays, deux systèmes ». Le face-à-face entre les citoyens et la police est monté d’un cran cette semaine, rapporte l’agence Reuters. Ce lundi 18 novembre, les forces de l’ordre encerclaient l’université Polytechnique où les manifestants étaient retranchés, équipés de cocktails Molotov. Ce lieu est devenu leur point de repli, et le théâtre de nouveaux affrontements. De son côté, la police a fait usage de gaz lacrymogène et de lanceurs de balles en caoutchouc.

Les autorités ont déclaré avoir tiré à trois reprises à balles réelles, lorsque les « émeutiers » ont attaqué deux officiers qui tentaient d’arrêter une femme. L’intervention a échoué, et aucun blessé n’est à déplorer. Le même jour, la Commission européenne à Bruxelles a jugé les violences « inacceptables » et exhorté les autorités à réagir de manière « strictement proportionnée ». Ce mardi 19 novembre, le porte-parole du haut commissariat aux droits de l’homme de l’ONU à Genève, Rupert Colville, a jugé « profondément regrettable » le recours à l’extrême violence de certains manifestants. Il a demandé aux autorités d’œuvrer pour la désescalade et s’est alarmé de la situation humanitaire sur le campus.

Vers l’apaisement ?

Ce mardi 19 novembre, Carrie Lam a déclaré espérer une issue pacifique au conflit. Ces derniers jours, quelques 280 blessés ont été transportés à l’hôpital. Plus d’un millier de personnes ont été arrêtées. Ce vendredi 22 novembre rapporte Reuters, une poignée de manifestants pro-démocratie se sont rendus à la police en se tenant par la main. « Nous voulons résoudre le conflit de manière pacifique et sans fixer d’ultimatum », a déclaré Chris Tang, nouveau chef de la police hongkongaise nommé cette semaine. La plupart des manifestants encore présents dans l’université disent vouloir éviter d’être arrêtés et inculpés. A Hong Kong, le crime de participation à une « émeute » est passible de 10 ans de prison.

Plusieurs dizaines de manifestants ont déjà été traduits devant la justice. Si la communauté internationale surveille de près la situation, le risque politique n’intimide pas les marchés financiers. « Les marchés ignorent totalement la situation hongkongaise, qui pourrait compromettre un éventuel accord commercial entre la Chine et les Etats-Unis. Le statut spécial accordé à Hong-Kong par les américains dépend étroitement de son indépendance de Pékin (et bien sûr de la qualité de ses infrastructures). La hausse des indices et l’absence de volatilité (VIX sous 13%) révèlent une certaine complaisance des opérateurs vis-à-vis des tensions à Hong-Kong », analyse Axel Botte, Stratégiste chez Ostrum Asset Management (AM). Hong Kong est entré officiellement en récession au 3e trimestre 2019.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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