France/Etats-Unis : la guerre des taxes est déclarée

Actualités - Cette semaine, la France et les Etats-Unis ouvrent les hostilités dans le dossier des taxes douanières. Donald Trump a vivement réagi à la taxe Gafa. En représailles, il menace de taxer l’équivalent de 2,4 milliards de dollars de produits français. Quelles conséquences pour l'économie française ?

France/Etats-Unis : la guerre des taxes est déclarée

(Conception : Mathilde Hodouin – Création : Charlotte Thomas)

Cette semaine, la tension monte entre la France et les Etats-Unis sur fond de taxes douanières. En juillet 2019, l’Hexagone a voté la taxe de 3 % — dite « taxe Gafa » — qui s’applique aux sociétés dont le chiffre d’affaires atteint 750 millions d’euros au niveau mondial et de plus de 25 millions d’euros sur le sol français, dans le cadre de leurs activités numériques. Ce lundi 2 décembre, le Bureau du Représentant américain au Commerce (USTR) a remis son rapport d’enquête sur la « taxe Gafa », commandé en juillet dernier par Donald Trump. Le document comporte des propositions de mesures de rétorsion commerciales contre la France, rapporte l’agence Reuters. Entre les deux pays, le bras de fer a commencé.

Vers la surenchère ?

La plupart des géants numériques étant américains, Donald Trump n’a pas caché sa colère. Fidèle à ses habitudes, le président américain a menacé ce lundi de surtaxer l’équivalent de 2,4 milliards de dollars de produits français. En première ligne figure l’industrie du luxe, mais également certains produits alimentaires comme le champagne et le fromage. L’enquête américaine a été menée au titre de la Section 301 du Trade Act de 1974, qui sert à déterminer l’équité des pratiques commerciales qui s’applique aux compagnies américaines. Pour rappel, la Chine et l’Union Européenne — dans le dossier des subventions accordées à Airbus — ont déjà fait l’objet de telles investigations.

La taxe Gafa se veut temporaire. La France s’est engagée à abroger cette loi dès que les géants du numérique seront imposés à l’échelle internationale, dans le cadre d’un dispositif en cours d’élaboration sous l’égide de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). « Je ne laisserai pas la France tirer parti des entreprises américaines », s’est indigné Donald Trump ce mardi 3 décembre à Londres, en marge du sommet de l’OTAN. Début novembre 2019, les critiques acerbes d’Emmanuel Macron envers l’organisation présidée par les Etats-Unis ont aggravé les tensions entre les deux pays. Le ministre français de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a jugé les sanctions « inacceptables ».

Contre-coup sur les marchés

D’après Bruno Le Maire, « la taxe française n’est pas discriminatoire (…) Elle comprend des entreprises américaines mais aussi des entreprises françaises, des entreprises européennes et des entreprises chinoises ». Le ministre a déploré la crispation des Etats-Unis. « Ce n’est pas entre alliés la bonne politique », a-t-il souligné. « Si l’administration américaine dit oui au projet de taxation des activités numériques tel qu’il a été négocié à l’OCDE et qui est sur la table, il n’y a plus aucune difficulté », a ajouté Bruno Le Maire. De son côté, la Commission européenne a assuré que les Etats membres resteraient solidaires de la France. « L’Union européenne agira et réagira d’un bloc », a promis un porte-parole.

Le contre-coup s’est fait sentir sur les marchés, notamment pour les valeurs françaises du luxe. LVMH — numéro un mondial — Kering et Hermès ont perdu plus de 2 % ce mardi. L’indice Stoxx — qui regroupe la plupart des grands acteurs européens du secteur — a cédé près de 0,8 %. La plus forte baisse sectorielle touche les matières premières, avec un recul de 1,7 %. En France, la filière du vin n’a pas caché son inquiétude. Dans un communiqué, le Département américain du commerce a fait savoir qu’une période de consultation publique de la liste des produits français susceptibles d’être surtaxés s’achèvera le 14 janvier prochain. Aucune date d’entrée en vigueur des sanctions n’a été avancée. Affaire à suivre.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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