Deliveroo : après son IPO ratée, l’entreprise va-t-elle se remettre en selle ?

Actualités - Cette semaine, Deliveroo rate son entrée en bourse à Londres. Malgré une valorisation de 7,6 milliards de livres sterling, la société cotée termine la séance en chute de plus de 26 %. Pourquoi l'entreprise britannique n'a-t-elle pas convaincu ? Son modèle peut-il se relever de cet échec ?

Deliveroo : après son IPO ratée, l'entreprise veut se remettre en selle

(Conception : Mathilde Hodouin – Réalisation : Amandine Victor)

Dérapage incontrôlé pour Deliveroo. Ce mercredi 31 mars, la plateforme de livraison de plats cuisinés a raté son entrée à la bourse de Londres (Royaume-Uni). Pour son premier jour de cotation, l’action a dévissé de plus de 26 %. Dès le début de séance, Deliveroo enregistrait – 30 % soit une perte de près de 2 milliards de livres sterling. Un véritable désaveu pour le groupe, qui avait fixé sa valorisation à 7,6 milliards de livres — soit 8,9 milliards d’euros. Deliveroo réalise ainsi « l’une des pires performances enregistrées depuis des années par une grande entreprise lors de sa mise sur le marché », rapporte l’agence Reuters.

Quid de la gouvernance ?

Ce fiasco traduit avant tout le scepticisme des investisseurs concernant le modèle économique de la plateforme. Depuis sa création en 2013, Deliveroo n’est toujours pas rentable — à l’image d’Uber pour les VTC. En outre, la structure du capital « à l’américaine » avec deux catégories d’actions, n’a pas convaincu. Dès la semaine dernières, plusieurs grandes sociétés de gestion d’actifs britannique — telles que Aberdeen Standard Life, Aviva, Legal & General Investment Management et M&G — avaient indiqué leur refus de participer. Elles ont dénoncé le poids disproportionné du fondateur, William Shu, dans le contrôle du capital.

Un choix stratégique peu judicieux, compte tenu du poids de la question de la gouvernance. Cette débâcle a valu à Deliveroo le surnom peu flatteur de « Flopperoo » (en argot « gros échec ») dans les colonnes du Guardian. En théorie, la société aurait dû bénéficier de l’engouement pour la livraison de plats cuisinés, avec les confinements liés à la crise sanitaire. Deliveroo était l’une des IPO « les plus attendues d’Europe en 2021 », rapporte le Wall Street Journal. Il s’agissait de la plus importante à Londres depuis Glencore en 2011. L’échec cuisant de Deliveroo pourrait nuire à l’ensemble du marché des IPO, en Europe et au Royaume-Uni.

Un modèle économique contesté

Malgré son implantation dans 12 pays, Deliveroo reste une entreprise à l’avenir incertain… notamment en raison du statut légal de ses livreurs, qu’ils soient à moto ou à vélo. Le 11 mars dernier, l’Espagne a adopté la loi « Riders » qui accorde aux livreurs de Deliveroo le statut de salariés — avec à la clé de meilleures conditions de travail et une prise en charge de leur protection sociale. De quoi ouvrir une brèche dans l’économie de l’ubérisation ? D’après Challenges, certains syndicats au Royaume-Uni tentent actuellement d’obtenir la reconnaissance d’un statut d’employé pour les livreurs. Deliveroo a peut-être déjà mangé son pain blanc.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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