Chine/Etats-Unis : un bras de fer commercial à la Maison Blanche

Actualités - Les négociations commerciales entre la Chine et les Etats-Unis se poursuivent au gré des tensions et des gestes d'apaisement. Tandis qu'une délégation chinoise était reçue à Washington cette semaine, Donald Trump a validé une nouvelle hausse des tarifs douaniers. Les deux puissances montrent leurs muscles, et aucune ne veut céder. En jeu, la domination sur le marché de la tech du futur.

Chine/Etats-Unis : bras de fer commercial à la Maison Blanche

(Conception : Mathilde Hodouin – Création : Charlotte Thomas)

Les négociations entre la Chine et les Etats-Unis tournent au bras de fer. Fin avril 2019, Donald Trump annonçait qu’il recevrait bientôt son homologue chinois Xi Jinping à la Maison Blanche en vue d’un accord. Le ton s’est durci ce dimanche 5 avril, lorsque le président américain a annoncé une nouvelle hausse des tarifs douaniers. Cette augmentation de 10 % à 25 % des droits de douane supplémentaires est entrée en vigueur ce vendredi 10 avril. Elle concerne des produits qui pèsent environ 200 milliards de dollars de commerce annuel, soit près de la moitié des ventes de la Chine vers les Etats-Unis. Cette relance de la guerre commerciale entre les deux géants a perturbé les marchés financiers mondiaux toute la semaine.

Le coup de pression de Donald Trump

Le dialogue n’est cependant pas rompu, puisqu’une délégation chinoise a été reçue ce jeudi 9 avril à Washington. Le représentant américain pour le Commerce — Robert Lighthizer — et le secrétaire au Trésor — Steven Mnuchin — ont rencontré le vice-Premier ministre chinois — Liu He — pour « un dîner de travail ». Les discussions se poursuivent ce vendredi. Cette nouvelle a rassuré les bourses chinoises, qui évoluaient en territoire positif en début d’après-midi vendredi, rapporte l’AFP. Shanghai a progressé de +1,27 %, Shenzhen de +1,62 % et Hong Kong de +0,63 %. Donald Trump a justifié son coup de pression en arguant que les discussions ne progressaient pas assez vite. Il a aussi mis en doute la bonne foi des négociateurs chinois.

Les marchés retiennent leur souffle. Le Président américain n’hésite à déclarer que les tarifs douaniers constituent une « excellente alternative » à un accord. Cette mesure devrait rapporter 100 milliards de dollars par an dans les caisses de l’Oncle Sam. De son côté, la Chine n’entend pas se laisser faire. Pékin « n’aura d’autre choix que de prendre de nécessaires mesures de représailles », a réagi le ministère chinois du Commerce dès l’entrée en vigueur de la hausse tarifaire. En raison de leurs derniers résultats économiques respectifs, les deux pays se sentent en position de force pour négocier. Derrière ce concours de muscles, se joue l’avenir des relations commerciales entre deux puissances qui se disputent la première place sur le futur marché de la high tech.

Qui prendra la première place sur le marché de la tech ?

L’administration Trump veut à tout prix réduire son déficit commercial avec la Chine. Dans ce but, les Américains réclament des « changements structurels » tels que la fin du transfert forcé des technologies ainsi que la protection de la propriété intellectuelle américaine, ou encore l’arrêt des subventions de la Chine à ses entreprises d’Etat. Il s’agit là d’une mesure-phare du plan stratégique « Made in China 2025 » destiné à transformer l’ancien « atelier du monde » en géant de la tech. Pékin ne l’entend pas de cette oreille. « La Chine ne capitulera pas face à la pression et nous avons la détermination ainsi que les moyens de défendre nos intérêts », a répondu le porte-parole du ministère chinois du Commerce, Gao Feng.

Donald Trump se sent conforté par la croissance économique américaine plus forte que prévu au premier trimestre (+3,2 %), tandis que le taux de chômage est tombé à 3,6 % soit son plus bas niveau depuis 1969. Les données de la balance commerciale du mois de mars publiées ce jeudi 9 mai montrent aussi un recul — inédit depuis avril 2016 — du déficit des biens avec la Chine. Face à lui, le gouvernement chinois se repose sur les mesures prises pour stimuler son économie. L’incertitude sur l’issue de la confrontation pourrait perturber encore les marchés. Le porte-parole du Fonds monétaire international (FMI) — Gerry Rice — s’est ému du risque que représenterait un confit durable pour la croissance mondiale. Reste aux deux protagonistes à trouver un terrain d’entente.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef (janvier 2019 - poste actuel)

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