Carlos Ghosn : la grande évasion

Actualités - Cette semaine, Carlos Ghosn s'est expliqué devant la presse après avoir fui le Japon en décembre dernier. Réfugié au Liban, l'ex-dirigeant de Renault-Nissan a accusé les autorités japonaises de persécution politique. De son côté, le Japon espère trouver un moyen de le rapatrier, malgré l'absence d'accord d’extradition avec Beyrouth.

Carlos Ghosn : la grande évasion

(Conception : Mathilde Hodouin – Création : Amandine Victor)

Un grand patron déchu, un « complot industriel », une fuite rocambolesque dans une malle… Le 30 décembre dernier, la presse annonçait le dernier épisode du feuilleton Carlos Ghosn. L’homme d’affaires de 65 ans — qui possède les nationalités française, brésilienne et libanaise — avait été arrêté au Japon en novembre 2018, rappelle Reuters. La justice japonaise le soupçonne de malversations financières à la tête de Nissan, des accusations que Carlos Ghosn a toujours réfutées. L’ex-dirigeant a été placé en détention provisoire au Japon, puis libéré sous caution en avril dernier et assigné à résidence, avant de s’enfuir à bord d’un jet privé pour se réfugier au Liban.

Une affaire internationale

Ce mercredi 8 janvier, Carlos Ghosn s’est expliqué devant la presse. « Je n’ai pas échappé à la justice, j’ai fui l’oppression et la persécution politique », a-t-il déclaré devant un parterre d’environ 150 journalistes internationaux. L’homme d’affaires a mis en cause les dirigeants de Nissan et les autorités japonaises. « Cette affaire coïncide avec le début du déclin des performances de Nissan début 2017 », assure-t-il. Carlos Ghosn estime avoir été écarté pour des raisons économiques et politiques. « Mon calvaire s’explique aussi par l’amertume au Japon face à l’interférence de l’Etat français dans l’alliance [Renault-Nissan, NDLR] », affirme-t-il.

Dans ce contexte, l’alliance Renault-Nissan a procédé à une vaste refonte des organes de direction. Le groupe automobile a lancé en avril dernier un plan de redressement opérationnel, avant d’annoncer une chute de 70 % de son résultat opérationnel trimestriel en novembre. L’affaire Carlos Ghosn a pris une dimension internationale. Les investigations se poursuivent au Japon et en Turquie, où le jet a fait escale. D’après le Wall Street Journal, les douaniers turcs auraient notamment saisi la malle truquée — avec des trous dans le fond pour permettre de respirer — qui aurait permis à Carlos Ghosn de quitter le territoire japonais en toute discrétion.

Une extradition vers le Japon ?

Carlos Ghosn — visé par une notice rouge d’Interpol sur demande du Japon — a été entendu ce jeudi 9 janvier par le procureur général de la République libanaise, Ghassan Oueidat. L’homme d’affaires n’a pas le droit de quitter le pays et doit maintenir les autorités informées de son lieu de résidence. La justice libanaise a demandé au Japon de lui transmettre son dossier sur Carlos Ghosn. Outre l’avis de recherche, Carlos Ghosn a également été interrogé sur sa visite effectuée en Israël en 2008. Dans ce cadre, il avait rencontré le Premier ministre Ehud Olmert, déjà chef du gouvernement lors de la guerre de 2006 contre le Hezbollah libanais.

L’ex-dirigeant a expliqué s’être rendu en Israël en tant que citoyen français et dirigeant de Renault, à la demande du conseil d’administration du constructeur. Carlos Ghosn était venu signer un contrat avec une entreprise israélienne pour la distribution de véhicules électriques. Il a présenté ses excuses pour ce déplacement. De leur côté, les autorités japonaises ont qualifiées d’« intolérables » les accusations de Carlos Ghosn à leur égard. La ministre japonaise de la justice Masako Mori a déclaré que le Japon allait tenter de trouver un moyen pour rapatrier Carlos Ghosn du Liban, bien que Tokyo n’ait aucun accord d’extradition avec Beyrouth.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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