Brexit : l’UE va-t-elle obtenir un deal avec Boris Johnson ?

Actualités - Cette semaine, les discussions sur l'accord post-Brexit sont au point mort, après l'annonce d'un nouveau cas de Covid-19 dans l'équipe des négociateurs. Quelles sont les chances de parvenir à un accord avant l'échéance du 31 décembre ?

Brexit : l'UE va-t-elle obtenir un deal avec Boris Johnson ?

(Conception : Mathilde Hodouin – Réalisation : Amandine Victor)

La Covid-19 aura-t-elle raison des négociations post-Brexit ? Ce jeudi 19 novembre, les discussions ont été suspendues entre le négociateur de l’UE Michel Barnier et son homologue britannique David Frost. Cette décision fait suite à l’annonce d’un cas de Covid-19 dans l’équipe européenne, a expliqué le Français sur Twitter. « Avec David Frost, nous avons décidé de suspendre les négociations à notre niveau pour une courte période », a écrit Michel Barnier. « La santé de nos équipe passe avant tout », lui a répondu David Frost sur le réseau social. Cet énième aléas risque de ralentir encore des négociations qui ont déjà pris beaucoup de retard.

Un désastre annoncé ?

« Les équipes poursuivront leurs travaux dans le plein respect des règles », précise Michel Barnier. Mais en auront-elles le temps ? La période de transition post-Brexit — durant laquelle le Royaume-Uni applique encore les normes européennes — prendra fin le 31 décembre. Sans traité commercial (« no deal »), Londres et Bruxelles risquent un nouveau choc économique. Il viendrait s’ajouter aux conséquences de la pandémie de Covid. D’après une étude KPMG publiée ce mercredi 18 novembre, le produit intérieur brut (PIB) du Royaume-Uni devrait augmenter de 4,4 % en 2021, contre 10,1 % si le pays était resté dans le marché unique.

D’après le cabinet de conseil, le scénario le plus probable reste celui d’un accord a minima — qui n’inclurait pas les services. Avec un vaccin anti Covid-19 qui serait prêt à être déployé dès début 2021, le Royaume-Uni pourrait s’attendre à une croissance d’environ 7,2 % l’an prochain. « Le Brexit va mettre le Royaume-Uni en marge des économies avancées l’an prochain », estime Yael Selfin, cheffe économiste de KPMG UK. Elle encourage notamment le gouvernement britannique à augmenter les investissements dans les infrastructures et la formation, pour limiter l’impact sur la croissance — déjà bien entamée par la pandémie.

Souveraineté britannique

Les négociateurs du Brexit doivent conclure un accord suffisamment tôt avant la fin de l’année, afin de permettre sa ratification par le Royaume-Uni, mais aussi par le Parlement européen — dont la dernière réunion de l’année doit se tenir la semaine du 14 décembre prochain. Londres et Bruxelles ont déjà raté la date butoir de mi-novembre, mais tout n’est pas perdu. « C’est une source de motivation pour aboutir à un accord, même si nous assisterons sans doute à des effets de manche et qu’il y aura des tensions avant qu’un accord puisse être bouclé », a déclaré Simon Coveney, ministre irlandais des Affaires étrangères, le 15 novembre dernier.

Les négociations butent sur plusieurs obstacles : la concurrence équitable, l’accès aux zones de pêche britanniques ou encore la future gouvernance. Boris Johnson se veut intraitable. « Nous n’accepterons aucune proposition dans les négociations qui porterait atteinte à notre statut de pays souverain et indépendant ! » a-t-il martelé dans un communiqué. Mais dans le même temps, il apparaît de plus en plus isolé sur la scène internationale. Après la défaite de son allié Donald Trump à la présidentielle américaine, le premier ministre britannique s’est séparé de son conseiller Dominic Cummings — partisan notoire du « hard Brexit ».

Course contre la montre

Une manière de se ménager les coudées franches, pour enfin parvenir à un compromis ? L’élection de Joe Biden — d’ascendance irlandaise — aura-t-elle avoir une influence diplomatique sur le statut de l’Irlande du Nord ? Boris Johnson préfère communiquer sur ses investissements dans l’armée, symbole selon lui de la souveraineté du pays. L’absence d’accord post-Brexit a cependant déjà un impact économique. L’indice de confiance chute, et les ventes de détail sont en hausse pour le mois d’octobre. « Les Britanniques se préparent au pire », résume Philippe Waechter, économiste en chef chez Ostrum Asset Management.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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