Brexit : Boris Johnson suspend le Parlement

Actualités - Cette semaine, le Brexit transforme le Royaume-Uni en champ de bataille politique. Le Premier ministre a obtenu la suspension du Parlement, en vertu de la tradition britannique de la prorogation, qui précède normalement le discours de la reine. Nous dirigeons-nous vers un Brexit sans accord ?

Brexit : Boris Johnson suspend le Parlement

(Conception : Mathilde Hodouin – Création : Charlotte Thomas)

Cette semaine, un vent de folie semble souffler au Royaume-Uni. Dans la nuit du 9 au 10 septembre, le Parlement a entériné la suspension de ses travaux pour cinq semaines, sur demande du Premier ministre Boris Johnson. L’opération s’est déroulée dans une grande confusion, sous les protestations de l’opposition. Ce mercredi 11 septembre dans son dernier Momentum, notre expert Waldemar Brun-Theremin, Directeur des gestions chez Turgot Asset Management, parlait d’un processus de Brexit « aussi incompréhensible qu’un match de cricket ». Sept semaines avant la date théorique, la confusion va-t-elle se répercuter sur l’économie ? Ce mercredi, la livre sterling se maintenait près de ses pics de six semaines dans un contexte d’apaisement des craintes d’un Brexit sans accord.

Entre autoritarisme et tradition

La suspension du Parlement ne va pas de soi. Ce mercredi, la plus haute instance judiciaire d’Ecosse a jugé que cette décision était illégale et devrait être annulée, rapporte l’agence Reuters. C’est Joanna Cherry, élue du Parti national écossais (SNP), qui a saisi les trois juges de l’Inner Court of Session d’Edimbourg. Dès leur décision rendue, elle a réclamé la réouverture immédiate du Parlement de Westminster. « On ne peut pas enfreindre la loi impunément, Boris Johnson ! », s’est-elle exclamée. Plusieurs députés se sont réunis dans la journée devant Westminster. De son côté, le gouvernement Johnson a décidé de faire appel de cette décision devant la Cour suprême du Royaume-Uni. L’affaire devrait être examinée mardi prochain 17 septembre.

Boris Johnson réfute tout autoritarisme. La procédure de prorogation durera jusqu’au 14 octobre, date à laquelle Elizabeth II prononcera le « discours de la reine », préparé par son gouvernement et ouvrant formellement une nouvelle session parlementaire. C’est une tradition de la monarchie parlementaire britannique, qui consiste à suspendre les travaux de Westminster avant un discours de la reine. Dans le contexte actuel, cette procédure — annoncée le 28 août dernier — passe cependant très mal. L’opposition parlementaire y voit une manœuvre pour la museler. Les députés craignent que Boris Johnson ne cherche ainsi à ignorer leurs objections, afin d’imposer un Brexit sans accord à la date du 31 octobre prochain.

Vers de nouvelles élections ?

Les juges écossais abondent dans le sens des députés de l’opposition. Depuis qu’il a succédé à Theresa May à la tête du cabinet conservateur, Boris Johnson martèle que le Royaume-Uni sortira de l’UE à la date prévue, avec ou sans accord. L’ex-maire de Londres a même décidé de passer par-dessus la loi votée par l’opposition — avec l’apport de voix d’élus conservateurs rebelles — qui le forçait à demander un nouveau report de trois mois du Brexit, si aucun accord de retrait n’était obtenu d’ici au 19 octobre. « BoJo », comme le surnomment les médias britanniques, a même déclaré devant la presse qu’il préférait encore « crever la gueule ouverte » plutôt que d’obtempérer. Neutraliser Westminster sert donc les intérêts du Premier ministre, qui ne dispose plus de la majorité à la Chambre des communes.

Depuis le 3 septembre dernier, les Communes ont voté à six reprises contre lui, lui refusant notamment un retour anticipé aux urnes. Son propre frère a préféré démissionner de son poste ministériel. Jo Johnson — membre du parti conservateur — a également renoncé à se présenter pour un nouveau mandat de député. Le palais de Buckingham n’a fait aucun commentaire, considérant qu’il s’agissait d’une question relative au gouvernement. Les conservateurs ne sont pas les seuls à se diviser au sujet du Brexit. Les tensions apparaissent également dans les rangs du Labour. Tom Watson, le numéro deux du parti, s’est prononcé ce mercredi pour un nouveau référendum avant la tenue d’élections législatives anticipées. Ce n’est pas l’avis du dirigeant travailliste Jeremy Corbyn, pour qui les élections doivent se tenir d’abord. A suivre.

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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